Le RPM, le Référendum et l’Arrêt: « l’autorité de l’Etat doit s’affirmer »

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Le processus référendaire et l’Arrêt de la Cour constitutionnelle saisie par l’Opposition pour déclarer l’inconstitutionnalité de la Loi de révision de la Constitution de 1992 étaient les deux principaux points au menu d’une conférence de presse organisée, hier mercredi, par le Rassemblement pour le Mali (RPM) dans la salle de conférence du Conseil national du patronat du Mali (CNPM).

Pour cet exercice, qui s’inscrit dans une tradition du parti au pouvoir de se prononcer chaque fois que l’actualité l’exige, les responsables du Tisserand ont sorti la grosse artillerie. Le présidium était occupé par les ministres Baber GANO, secrétaire général ; Hamadoun KONATE, secrétaire politique ; Abdrahamane SYLLA, secrétaire politique adjoint ; l’honorable Kouriba ; Mme DIAWARA Aïssata Lady TOURE, présidente du Bureau des femmes RPM.
D’autres ministres, élus, cadres du parti ou de la Majorité présidentielle ont effectué le déplacement : Soumeylou Boubèye MAIGA ; Amadou KOITA ; N’DIAYE Ramatoulaye DIALLO ; Harouna Modibo TOURE ; Oumar Ag Ibrahim…

Le devoir de réserve
En campant le décor, le secrétaire général, Baber GANO, a expliqué les raisons du silence de la Majorité.
Primo, en tant que membre d’une équipe gouvernementale, un devoir de réserve s’imposait ; un devoir qui n’existe plus dès lors que la Loi constitutionnelle a été votée par l’Assemblée nationale et que la Cour a rendu son Arrêt déclarant la constitutionnalité de ladite loi.
Secundo, a fait savoir le conférencier, il y a un porteur du projet, Me TAPO qui fait du bon travail. Il n’était donc pas nécessaire de saturer l’information, a-t-il fait savoir.
M. GANO a cependant dénoncé ‘’une grande campagne d’intoxication, de calomnie, de mensonge’’ tendant à sortir le débat de son cadre normal.

Un projet sans équivoque
Parlant du processus d’adoption du texte constitutionnel, le secrétaire général a souligné que toutes les composantes de la Nation ont été entendues. La Commission des Lois de l’Assemblée a procédé à des écoutes et recueilli les recommandations pour améliorer le texte. Elle est même allée plus loin en faisant des auditions pour lesquelles elle s’est rendue dans les régions.
À l’issue des audiences, a rappelé le conférencier, l’Assemblée a fait des recommandations. Des amendements ont été soulevés autant par la Majorité que par l’Opposition. Le texte a été adopté à une écrasante majorité de 111 députés pour et 35 contre.
Selon M. GANO, le projet de loi est sans équivoque sur l’intégrité, l’unité nationale. Il a été initié par le Président de la République qui en a la prérogative. Pourquoi une telle initiative ? Le secrétaire général répond par l’insuffisance constatée dans la pratique de la Loi. Il rappelle opportunément les initiatives du Président KONARE, dont le texte a été déclaré inconstitutionnel par la Cour constitutionnelle et du Président TOURE à qui la Cour a demandé de surseoir à son projet, parce que le territoire faisait l’objet d’une agression extérieure.
Dans la foulée, un coup d’État est survenu et la Constitution suspendue. Donc, aucune institution ne tenait. C’est alors que la CEDEAO est intervenue pour obtenir un accord a minima portant sur le cessez-le-feu et la tenue de l’élection présidentielle.

Des exigences
M. GANO, qui a souligné que la paix et la réconciliation faisaient partie du programme du candidat IBK, a indiqué qu’il ne pouvait qu’en faire une priorité. D’où, les pourparlers d’Alger qui ont pris 8 mois. L’Accord qui en a découlé, a-t-il martelé, est le fruit d’un engagement pris avec la Communauté internationale que notre pays a l’obligation de respecter. Il prévoit la libre administration des Collectivités par des représentants élus des populations. Le Gouvernement a préconisé une ‘’régionalisation poussée’’.
C’est également dans le souci d’une large représentation des populations que la création d’un Sénat a été adoptée. Toute chose qui n’est pas une nouveauté.
Pour autant, a indiqué M. GANO, cette disposition n’est pas une création puisqu’elle a permis de lancer la décentralisation sous le 1er régime de la 3e République.
Outre l’engagement pris avec la Communauté internationale, le conférencier a fait remarquer que nous sommes dans une Communauté (UEMOA) qui exige la création d’une Cour des comptes pour que les fonds publics ne soient pas dilapidés. Ce qui n’est pas prévu par l’actuelle Constitution.
Le secrétaire général du RPM a été clair : ‘’Tout ce qui concerne les dispositions fondamentales, n’est pas touché. À moins que la dérive ne soit par présomption ou par anticipation’’.

Une épreuve de force
Parlant de l’Arrêt de la Cour constitutionnelle et de l’accueil qui en a été fait, M. GANO attire l’attention : ‘’une opposition doit être républicaine. Tout le monde doit se soumettre à la loi’’. Il poursuit : ‘’après avoir épuisé toutes les voies de recours, elle s’inscrit dans une logique insurrectionnelle, de défiance vis-à-vis du pouvoir avec une sorte de société civile empoisonnée, instrumentalisée’’.
Pour le conférencier, la donne est claire : ‘’l’Etat garantit les libertés, mais pas de prime à l’impunité. L’autorité de l’État doit s’affirmer, et elle va s’affirmer’’. Il alerte aussi par rapport au charivari de l’Opposition : ‘’2018, c’est maintenant. On est en train de tester votre capacité de mobilisation ; votre réaction face à une crise post-électorale. Nous avons 2 millions d’électeurs ; ce n’est pas un millier de personnes dans les rues qui nous feront peur. La légitimité est connue. Les scrutins l’ont démontré’’.
Le secrétaire général poursuit : ‘’nous avons une capacité de riposte et nous allons riposter’’. Pour cela, il a invité les sections à s’organiser. Occasion pour lui d’annoncer des missions à la base.

Une opportunité de vérité
Pour Abdramane SYLLA, cette levée de boucliers est une opportunité de vérité. ‘’Ce pays en a besoin’’, a-t-il insisté. Il relève qu’une frange de la population fait comme si les gens n’avaient pas de mémoire. Aussi, rappelle-t-il que 2012, c’était hier. ‘’C’est un euphémisme de dire que le pays était malade. Le dessein était la partition du territoire’’.
M. SYLLA rappelle également que le taux de croissance était de -1 %.
‘’Pendant que certains instrumentalisaient cette crise à leur seul profit’’, IBK mettait tout en œuvre pour qu’il n’y ait pas de résolution contre le Mali aux Nations Unies. ‘’Les Maliens savaient qu’il était et qu’il est un homme d’honneur et de dignité. C’est IBK qui dérange, puisque, lui, il est honnête face à des gens qui ne le sont pas ; des gens qui n’avaient pas un vélo qui ont des maisons aux États unis, au Canada’’.
Le secrétaire politique adjoint prévient : ‘’nous n’allons permettre à personne de nous déstabiliser. Il y a des gens qui savent que par la voie des urnes ils n’auront plus jamais rien au Mali. Mais nous ne ferons pas un combat de chiffonniers ; cherchons plutôt à nous développer. C’est cela le vrai combat. S’il faut sortir les muscles, ce serait pour apaiser.’’

L’appel à la sagesse
Hamadoun KONATE a souhaité que les procès d’intention cèdent la place à une véritable analyse. Il a rappelé certains événements majeurs depuis la prise de fonction du Président IBK : les états généraux de la décentralisation ; les Assises sur le Nord ; la nomination d’un Haut représentant du chef pour le dialogue inclusif intermalien. À cela, il a ajouté qu’en prélude aux pourparlers, il a été demandé aux mouvements armés de reconnaître la République du Mali dans son unité, son intégrité ; l’Accord préliminaire a été discuté à Bamako.
Le ministre KONATE a fait savoir qu’il y avait des éléments dans l’Accord qui nécessitent une réforme et dont certains sont contenus dans les actes des états généraux sur la décentralisation et les Assises sur le Nord. Ce qui est nouveau, a-t-il poursuivi, est la prise en compte des chefferies traditionnelles, une pratique payante dans les pays alentours.
Parlant du contexte, le secrétaire politique a souligné que tous les accompagnateurs du Mali sont restés tout le long du processus de paix et de réconciliation et sont engagés avec le Mali ; la réforme en cours dans les domaines de la défense et de la sécurité ; l’engagement des parties signataires est réel ; l’insécurité n’est pas le fait des Parties signataires.
Toutefois, a-t-il indiqué, les voies plates sont souvent les plus difficiles à emprunter, avec toutes sortes de dynamiques venant de gens qui ne sont pas exempts de tout reproche.
‘’On ne nous collera pas l’image de casseurs et de marcheurs, souvent pour des raisons qu’on ne connaît pas. Ceux qui sont de l’autre côté, ils peuvent ne pas nous rejoindre ; mais nous demandons de rejoindre le camp de la sagesse, de la vérité’’, a conclu M. KONATE.

Par Bertin DAKOUO Et Sandy TOURE

Source : aBamako

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