Le trou noir de la crise sécuritaire : 200 officiers nommés dans des fonctions civiles depuis 2013

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e sujet peut fâcher, mais il est poignant et mérite d’être abordé. En effet, l’armée malienne est décapitée par la nomination des officiers supérieurs à des postes civiles, alors que le pays a réellement besoin d’eux au moment où la guerre s’impose pour nous libérer du joug des narco terroristes. Mais si ceux qui sont formés pour faire la guerre désertent le terrain, qui mènera alors les combats à leur place ? C’est cette vérité, amère mais importante, qui est à l’ordre du jour. Il doit être abordé pour attirer l’attention sur cette pratique nuisible à notre sécurité nationale.

Depuis le jour du coup d’état qui a chassé ATT du pouvoir, le 22 mars 2012, à chaque conseil de Ministres, on assiste à des nominations d’officiers supérieurs à des postes civils dans les ministères (Haut fonctionnaire de défense, Conseiller technique, Directeur général, Directeur général adjoint des finances et du matériel, Conseiller consulaire, ce dernier est une nouvelle trouvaille, etc…). Nous avons constaté que déjà dans le gouvernement d’union national, formé depuis avril 2012, les quatre plus gros départements en termes d’importance et de budget annuel (Défense, Administration territoriale, Sécurités intérieure, Transports et Infrastructures routières) étaient occupés par des représentants au nom de l’armée malienne.

Comme si cela ne suffisait pas, on a continué à nommer nos valeureux officiers, ceux la même qui ont été formés dans les prestigieuses écoles de guerre en France, en Allemagne, aux USA, en Afrique du sud, en Union Soviétique, en Chine etc…, à des postes administratifs civils. Cela a contribué à affaiblir notre armée. Ces officiers supérieurs ont appris dans ces grandes écoles, les stratégies modernes de guerre. En plus ils connaissent le terrain au nord pour y avoir séjourné.

Nous constatons qu’il y a environ 200 officiers supérieurs qui sont à des postes administratifs depuis le coup d’état de mars 2012. Peut-on encore parler d’armée nationale capable sur le plan tactique et stratégique si ce sont les autres qui viennent nous sauver ? Peut-on être fier de notre armée si plus de 200 officiers sont redéployés dans les différents ministères de la République et dans les ambassades du Mali au moment où le nord est interdit aux autorités maliennes et l’intégrité du territoire est violée, même si la Cour Constitutionnelle dit le contraire.

Peut-on être fier de notre armée si les soldats sont tués à tout bout de champ de guerre, suite à des embuscades qu’on peut éviter par une couverture aérienne ?

Peut-on être fier de notre armée, lorsque les familles de ceux qui perdent la vie aux combats sont abandonnées à leur sort ? Peut-on être fier de notre armée lorsqu’une loi de programmation militaire d’un montant de 1 230 milliards sur quatre ans peine à être financé ? Peut-on être fier de notre armée lorsque la France et nos dirigeants l’empêchent d’aller à Kidal ? Peut-on être fier de notre armée si l’insécurité résiduelle selon la Cour Constitutionnelle a empêché que 59 communes du nord et du centre participent pas aux élections communales de novembre 2016? Peut-on être fier de notre armée lorsque la Cour Constitutionnelle nie le fait que des forces étrangères n’occupent pas une partie de notre territoire ?

Peut-on être fier de notre armée, si les réalités sont cachées aux décideurs, en leur disant que l’armée malienne possède les moyens pour reconquérir les zones occupées par les djihadistes alors que la réalité est tout autre ?

Peut-on être fier de notre armée si les 9 généraux nommés sous la 2ème République, les 8 généraux nommés par Alpha Oumar Konaré, les 50 généraux nommés par ATT, les 4 généraux nommés par le Professeur Dioncounda, les 9 généraux nommés par IBK sous la 3ème République soit au total 80 généraux, et 700 colonels ont manqué d’utilité pour la sécurisation et le maintien de la sécurité du Mali ?

Peut-on être fier si des officiers responsables de la sécurité du président manquent à leur responsabilité et laissent tabasser à mort le Président de la République jusqu’à Koulouba, symbole du pouvoir et se voient récompenser en se faisant nommer Ambassadeurs du Mali à l’extérieur ?

Peut-on être fier de notre armée, si des éléments de la fanfare passent au grade de commissaire sans aucune formation, si du personnel féminin est gradé à cause des marmites et autres ?

Le contexte est mal choisi, car en période de guerre, les militaires ne doivent pas occuper des fonctions civiles. Cela a été une trouvaille du Président Alpha Oumar KONARE en son temps pour distraire l’armée et éviter un coup d’Etat. ATT aussi n’a pas trouvé mieux que de continuer la même chose. Le constat est que de 1960 à 1991, considéré comme la période de dictature au Mali, a doté entretenu et vitalisé l’armée malienne, tandis que la période de 1992 à 2017 considérée comme celle de l’ouverture démocratique a dépouillé, dévitalisé et délaissé l’armée. Le résultat a été le manque d’opérationnalité de l’armée, l’abandon de la sécurité des régions du nord entre les mains des rebelles intégrés de l’armée malienne et des djihadistes qui se sont livrés à toutes sortes de délinquances dans la zone. Au lieu de remettre l’armée sur pieds, en l’a réorganisant, en le dotant en l’encadrant, pour être performante à un moment où la guerre nous est imposée par les enfants gâtés de la démocratie et de la République. Le régime profite de l’opération de reéquipement de l’armée pour faire de la surfacturation et à un moment où ce sont les français et les frères d’armes de pays africains qui acceptent de se sacrifier au prix de leur vie pour sauver la nation malienne y compris son armée privée de ses vaillants stratèges et hommes de terrain en les nommant à des fonctions civiles.

Comment pouvez-vous comprendre que le 1er poste de positionnement de l’armée malienne depuis des mois à Konna après sa débâcle ait été brisé en 24 heures par les djihadistes ? Le manque de matériels pouvait expliquer cela, avant l’arrivée de nos armes de Conakry. Mais dès l’instant où nos armes sont entre nos mains, aucune autre explication, ne pouvait convaincre les maliens.

Heureusement, que le président Dioncounda a eu le flair d’appeler l’armée française au secours, pour éviter que Mopti, Ségou et même Bamako ne soient pris par les djihadistes. Dans une humiliation totale, Laurent Fabius, Ministre français des affaires étrangères dit avec fierté ‘’que si ce n’était pas la France, on ne parlerait plus du Mali’’. Une semaine après le déclanchement de la guerre totale contre les djihadistes qui contrôlaient le nord du pays, l’opération ‘’serval’’ portant le nom de ce petit carnivore du désert, considérée au début comme une entreprise militaire franco-française, a connu une nouvelle dimension au plan diplomatique avec le soutien accrus renouvelés de certaines puissances occidentales sous l’égide des Nations-Unies ainsi que des ralliements d’autres pays qui étaient encore en reste de cette aventure contre les djihadistes.

En fin de compte, les forces chargées de stabiliser le nord atteignent 13 000 hommes avec des engins modernes de guerre y compris des avions de chasse.Cette présence massive des forces internationales n’a pas permis au Mali de recouvrer toute son intégrité territoriale . Ce constat est général aussi bien du côté du Secrétaire général des Nations-Unies, Monsieur Antonio Guterres, que du côté des français et des allemands. Dans ce contexte d’insécurité sur notre territoire, IBK et sa Cour Constitutionnelle trouvent que le pays n’est pas occupé par des forces hostiles à l’autorité centrale. Quel déni.

Avec une telle idée, le régime d’IBK est entrain de conduire le Mali vers sa chute !

Ivette GUINDO

Source : aBamako

aBamako