Moussa Mara et la CMP : Les petits secrets d’un divorce

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L’ancien Premier ministre, non moins Président du parti « Yèlèma Le Changement », n’a pas digéré les manœuvres des barons du RPM visant à l’écarter de la présidence de la Convention de la Majorité Présidentielle (CMP), une force qu’il a conçue avec ses plus proches collaborateurs. La suspension de la participation de Yèlèma à toutes les activités de la CMP n’est qu’une première étape d’un divorce entre Moussa Mara et la majorité présidentielle.
Le week-end dernier, un communiqué laconique annonçait que le Parti « Yèlèma Le Changement » de l’ancien Premier ministre Moussa Mara a suspendu « sa participation à toutes les activités de la Convention de la majorité Présidentielle (CMP) mais réitère son soutien aux actions du Président IBK pour le reste de son mandat». Ce communiqué n’est que la première étape d’un divorce entre Moussa Mara et la CMP, une structure conçue par le plus jeune Premier ministre de l’histoire du Mali mais récupérée par les barons du RPM. « Le Challenger » relève les petits secrets de ce désamour qui remonte à la création de cette entité regroupant les soutiens du Président IBK.
Le 23 avril 2014, Moussa Mara, alors Premier ministre, rencontre les responsables des partis membres de la majorité présidentielle à l’auberge « Le Lagon » sur la route de Koulikoro. En allant à cette rencontre, le deuxième chef du gouvernement sous l’ère IBK est venu avec deux documents qui lui tenaient à cœur : le statut de l’opposition et le mémorandum du Parena intitulé : « IBK, 8 mois après le Mali dans l’impasse ». Pour apporter une riposte juste et appropriée aux agissements de l’opposition et soutenir les actions du Président de la République et celles du gouvernement, le Premier ministre a suggéré la création d’un comité de coordination de la majorité présidentielle composé de 13 à 14 membres sous la houlette d’un coordinateur.
Fronde des tisserands contre Mara, Rokiatou N’Diaye évincée
Le dossier est traité avec diligence par le Chef de Cabinet du Premier, Amadou Diop, le fils d’un ex-baron du Congrès National d’Initiative Démocratique (CNID-FYT). En août 2014, le cabinet du Premier ministre a pratiquement fini le montage des documents de la coordination de la majorité présidentielle sous les ordres directs du locataire de la Primature. Ainsi, la présidence de cette coordination revenait de droit au Premier ministre en qualité de chef de la majorité présidentielle. Dans ses fonctions, le chef du gouvernement devra être secondé par la Vice-présidente du Rassemblement pour le Mali (RPM) de l’époque, Mme Kéïta Rokiatou N’Diaye. Cette monture du texte reçoit l’aval de l’ancien ministre de la santé sous le président Amadou Toumani Touré qui assurait l’intérim du président du parti depuis l’élection d’IBK à la magistrature suprême mais, fâche certains barons du RPM. Les responsables du RPM organisent une fronde contre le Premier ministre Moussa Mara pour le contrôle de la majorité présidentielle. A l’interne, des manœuvres sont entreprises. Première victime : Mme Kéïta Rokiatou N’Diaye, accusée d’avoir trahi ses camarades, elle est évincée de la présidence du parti. Mise à l’écart, Mme Kéïta disparait des radars du marigot politique malien. C’est dans ces conditions que Dr Boulkassoum Haïdara est désigné intérimaire. Deuxième victime : le Premier ministre Moussa Mara. Les frondeurs rencontrent le Président IBK en sa résidence à Sébénikoro pour lui faire part de leur position. Jusque là, Moussa Mara résiste. Les tisserands entreprennent des rencontres informelles avec certains partis de la mouvance présidentielle pour enfin organiser le 16 août 2014 une grande manifestation au Centre International de Conférence de Bamako. Très fâchés, Dr Boulkassoum Haïdara et ses camarades envisagent de déclarer à la face du monde entier la majorité qu’ils entendent constituer. La stratégie était simple : constituer une majorité et obliger le Président de la République à choisir entre celle-ci et celle qui gravite autour du Premier ministre.
Les bons offices de Blaise Sangaré
La nouvelle sème la panique à la Primature. Moussa Mara décroche son téléphone pour appeler Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise, Président de la Convention Sociale Démocrate (CDS-Mogotiguiya). Médiateur hors-pair, grand manœuvrier politique, Blaise Sangaré jouit d’une très grande respectabilité auprès des hauts responsables du RPM. Et Dr Boulkassoum Haïdara a beaucoup d’estime et de considération pour le Président de la CDS-Mogotiguiya, pour son intelligence et son courage politique. Au sein de la cellule politique de la Primature composée entre autres, d’Assétou Sangaré du Parti Yèlèma, Siaka Diarra de l’UFD et Sidiki Coulibaly de l’ADP-Maliba, un comité de crise mis en place se réunit d’urgence. La réunion qui s’est achevée le mardi 12 août dans le bureau du Premier ministre, a décidé de saisir le bureau politique national du RPM avec le projet de nouveaux statuts de la coordination de la majorité présidentielle. Il s’agissait là d’une preuve de bonne volonté de Moussa Mara qui atteste devant les frondeurs du RPM qu’il a réellement renoncé à la présidence de cette structure.
En sa qualité de médiateur, le leader charismatique de Bougouni arrive à convaincre les responsables du RPM de surseoir à leur manifestation du samedi, afin de préserver la cohésion au sein de la majorité présidentielle. Le meeting est donc reporté sine die. Dans les nouveaux textes, toutes mentions du Premier ministre ont disparu. Moussa Mara renonce à présider la majorité qui s’organise autour du RPM. Les textes élaborés par le cabinet du Premier ministre et remis aux tisserands connaîtront par la suite quelques retouches. La structure fédératrice de tous les soutiens du Président de la République change de nom pour devenir la Convention de la Majorité Présidentielle en lieu et place d’une Coordination.
Le 15 novembre 2014, la Convention de la majorité présidentielle tient sa rentrée politique au CICB, une rencontre à laquelle le Premier ministre Moussa Mara manque au profit d’une mission dans la zone de l’Office du Niger.
Après son départ de la Primature, le Président de Yèlèma s’affiche rarement aux côtés de la CMP et s’offre une liberté de parole en critiquant souvent la gestion des affaires publiques.
Cette suspension de la participation du parti Yèlèma à toutes les activités de la majorité donne plus de liberté de ton à l’ex-chef du gouvernement et lui permet de ne plus étouffer sa stature de candidat pour les présidentielles de 2018. En attendant la deuxième étape de ce divorce, le leader de Yèlèma se libère lentement mais surement d’un lourd fardeau.
Chiaka Doumbia

Source : aBamako

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