Tension sociale : Il faut trouver une réponse à cette colère

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Le débat autour de la révision constitutionnelle, s’est finalement transformé en une forme de manifestation de colère d’une population déchainée. Une colère dont le président Ibrahim Boubacar Kéita devra se méfier. Et pour cause. Des hommes politiques dont certains ne doivent leur survie qu’aux réseaux sociaux, ont vite trouvé un tremplin, un fonds de commerce. En ignorant cette colère, Koulouba commettra une erreur gravissime.

Les réseaux sociaux, les medias traditionnels et les rues s’animent désormais, parfois avec des arguments les plus farfelus sur le projet de révision constitutionnelle. Les acteurs, parfois sans scrupules, s’adonnent à toutes sortes d’argumentations et tentent de ratisser large au sein de la population pour non seulement s’opposer aux reformes, mais aussi et surtout exiger du président le retrait pur et simple de ce projet. Le spectacle quotidien auquel, ils se livrent n’exclus aucun moyen. Pour exemple, nous entendons dire par certains qui se targuent d’être des hommes de droit que la nouvelle constitution autoriserait le mariage homosexuel, car faisant référence à la charte africaine de droits de l’homme. Quelle ineptie ? L’Algérie, la République islamique de la Mauritanie, La Tunisie, sont entre autres pays africains qui ont pourtant souscrit à cette même charte et n’ont jamais légalisé le mariage homosexuel. Cette argumentation farfelue, n’est en réalité que le reflet des intentions inavouées de leurs auteurs. En clair ; il ne s’agit pas d’un débat crédible autour du texte, mais plutôt de la manipulation politique. Une manipulation qui semble malheureusement fonctionner. Pourquoi ?

Les deux manifestations populaires que la plateforme du refus a organisé démontrent bien que le gouvernement n’a fourni aucun effort pour informer et sensibiliser les populations sur le projet en question. Sinon, comment comprendre qu’après les multiples concertations organisées autour dudit projet pendant de longues périodes, des acteurs politiques réussissent à créer un tel tolet populaire ? Difficile ! Mais la vérité pourrait bien se trouver ailleurs que dans la capacité de mobilisation d’acteurs politiques sans aucune légitimité populaire.

Ce tolet est beaucoup plus l’expression d’une colère populaire chez la jeunesse et une majorité de la société civile.

Et pour preuves. Récemment à Kayes, la population a manifesté pour le retour du train voyageur, à Koulikoro, les populations exigent la réouverture de HUICOMA, à Gao c’est le départ du gouverneur qui provoque l’ébullition populaire, tandis que Kolondièba veut se débarrasser du président de son tribunal. Les litiges de toutes formes ont éclaté partout dans le pays sans compter les frustrations des recalés des différents concours de recrutement et les commerçants spoliés au profit d’une catégorie d’hommes d’affaires privilégiés.

Bref ! Pendant les quatre dernières années de ce mandat, les frustrations se sont accumulées au sein de la population à l’indifférence totale des gouvernants.

La kyrielle de grèves de certaines couches socio professionnelle avait progressivement éloigné le président Ibrahim Boubacar Kéita et les 77 pourcent de Maliens qui l’avaient brillamment élu.

Ayant perdu son temps avec un premier ministre somnambule, (Modibo Keita) et laissé prospérer le sentiment de mépris envers les forces vives de la Nation, IBK a commis l’erreur de paraitre comme un président indifférent aux préoccupations majeures de la population.

Ceci s’explique par une première attitude qu’aucun de ses conseillers n’a eu le courage de lui faire remarquer. De son investiture à nos jours, le président IBK, n’aurait jamais accepté de recevoir les partis et associations qui ont soutenu sa candidature et qui ont participé à son plébiscite.

Ceux-ci sont toujours restés à la marge espérant le minimum. C’est-à-dire un geste de reconnaissance qui n’est jamais venu. Si la plus part de ces hommes et femmes restent encore accrochés, d’autres ont purement et simplement quitté le navire pour aller grossir aujourd’hui les rangs des mécontents.

Ils ne sont pas seuls.

Depuis son élection, les humiliations se sont enchainées autour de lui. Inutile de citer tous les cas mais on se souvient du limogeage de plusieurs cadres dont la plus part lui était bien dévoué. Le dernier exemple se rapporte à un ministre qui pourtant demeure le seul cadre ayant remporté les municipales et dans son village natal et dans sa commune qui n’a même pas eu de place au sein du bureau politique national. Un bureau animé par des cadres qui n’ont souvent aucune légitimité.

Ensuite, de milliers de Maliens dont certains battent le pavé aujourd’hui, s’étaient engagés à soutenir le président IBK mais qui pour des raisons qu’il est facile de deviner ont choisi finalement de le combattre.

Pourtant, Ibrahim Boubacar Kéita devrait savoir que son parti d’origine seul ne fera pas le poids, loin s’en faut. C’est d’ailleurs à ce niveau qu’il faut craindre qu’il ne commette une erreur supplémentaire. C’est-à-dire croire qu’il peut compter sur les maigres forces de la CMP (Convention de la Majorité Présidentielle). Un regroupement fragilisé par le manque de ressource et d’engouement de ses membres. En réalité, selon nos investigations, aucun parti membre de la CMP n’est prêt à engager ses propres ressources pour la campagne référendaire. Le drame ne s’arrête pas là. Malheureusement. Miné par les conflits de leadership, le RPM lui-même ne respire pas la cohésion et pourrait dans un proche avenir faire éclater ses contradictions sur la place publique.

Comprenez donc que le président n’est pas encore sorti d’affaire si l’on tient compte du nombre croissant de révoltés contre son système qui visiblement ne fait rien pour calmer la colère populaire. Or, il est impératif que le gouvernement se ressaisisse et qu’il revienne à l’écoute de la population qui s’agite peut être pour autre chose que le référendum. Ce serait une erreur de croire que tous ces gens qui ont pris la rue sont opposés à la révision. Nous en connaissons qui veulent simplement exprimer leur ras le bol.

Pour le bonheur du Mali, il faut que le président leur accorde une écoute attentive évitant ainsi de donner l’occasion à des hommes politiques sans vergogne de rebondir d’outre tombe. Eux qui veulent installer le pays dans une situation insurrectionnelle jusqu’en 2018, au pire, faire tout basculer. D’ailleurs certains commencent déjà à parler de nouvelle transition.

Loin d’être une fronde contre la révision, il y a un malaise qu’il faut savoir écouter.

Abdoulaye Niangaly

Source : aBamako

aBamako