Lettre ouverte à son Excellence, Monsieur Ibrahim Boubacar Keïta, Président de la République du Mali

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« Faisons en sorte que les maliens ne perdent le contrôle de l’économie du pays à la sortie de cette crise multiforme »
Monsieur le Président,
Faisons en sorte que les maliens ne perdent le contrôle de l’économie du pays à la sortie de cette crise multiforme. En effet, au moment où les leaders politiques, les leaders d’opinion et même certains leaders religieux maliens se battent pour des positionnements politiques, notre pays est envahit de jour en jour, par des émigrés économiques asiatiques qui s’accaparent de tous les secteurs économiques.
Pour cela, le Mouvement vert jaune rouge voulait attirer votre attention sur le fait, qu’à l’instar de la plupart des Etats de ce monde, il est temps, grand temps que l’Etat du Mali s’inscrive dans la logique de protéger ses citoyens et son économie, en prenant des mesures similaires à celles qui sont appliquées sur ses ressortissants dans un certain nombre de pays à travers le monde.
D’entrée de jeu, nous tenons à rassurer les uns et les autres que notre initiative ne s’inscrit dans aucune logique de promotion d’une certaine xénophobie.
Partant du principe que toutes les âmes sont égales, nous pensons que le Mali doit appliquer sans gène le principe de la réciprocité. En effet, le Mali doit désormais réserver aux ressortissants étrangers non africains, le même traitement que leur Etat réserve aux ressortissants maliens chez eux.
Nous sommes conscients du fait que nombreux sont les filles et fils du Mali qui vivent dans la légalité et souvent dans l’illégalité, en dehors de notre pays. Et, nous constatons que dans ces pays, la vie n’est pas du tout rose pour nos concitoyens qui sont dans la légalité, à plus forte raison pour ceux d’entre eux qui sont dans l’illégalité.
Monsieur le Président,
Pas plus tard que le 5 juillet 2017, le ministère des maliens de l’extérieur et de l’intégration africaine, par un communiqué informait les maliens : « Par Note Circulaire N° 214333/4/8 du 26 mars 2017, le Gouvernement saoudien a informé les missions diplomatiques et consulaires accréditées auprès du Royaume d’Arabie Saoudite du déclenchement d’un programme national de poursuite des étrangers en situation irrégulière ainsi que ceux qui violent les lois du travail en vigueur et la sécurité des frontières. Face à cette situation, le Gouvernement du Mali informe ses citoyens que toutes les dispositions seront prises pour le rapatriement des candidats au retour volontaire ».
Cette décision du Gouvernement saoudien, malheureusement, n’est pas un cas isolé dans le monde. C’est fort de ce constat que le Mouvement vert jaune rouge n’arrive pas à comprendre qu’au moment où au nom d’un protectionnisme décadent et outrancier, des maliens et des africains, sont l’objet de traitements inhumains dégradants, dans certains pays à travers le monde, que les pays africains et notre pays en particulier, continuent à dérouler le tapis rouge pour recevoir leurs ressortissants.
Monsieur le Président,
Appauvris par les politiques néolibérales de la Banque mondiale et du FMI et surtout par la mauvaise gouvernance, les pays africains, dont le notre, sont condamnés à assister impuissants à la mort d’une partie de leurs bras valides dans la traversée du Sahara ou de la méditerranée, vers un Eldorado (l’Europe) qui se barricade de jour en jour.
Il faut que les Etats africains aient le courage de dénoncer la politique migratoire européenne qui tue des milliers de migrants africains dans la méditerranée et accueille à bras ouverts les migrants syriens. L’on n’est-t-il pas aujourd’hui en droit de s’interroger si la politique migratoire européenne n’a pas tété à la mamelle du racisme.
Monsieur le Président,
Aujourd’hui, au moment où le continent africain attire tous les « rapaces » du monde, parce que présenté comme un continent à fort potentiel économique dans un futur proche, l’africain, pour ne pas dire le noir, n’est pas le bienvenu en Inde, au Pakistan, au Liban, en Chine et dans plusieurs pays du moyen orient.
Au même moment, où ces états se ferment aux noirs, nos villes et nos campagnes sont pris d’assaut par leurs ressortissants qui pour ouvrir boutique pour faire le commerce, qui pour installer en quelques jours une entreprise et qui pour s’installer dans la coupe abusive du bois ou dans l’orpaillage traditionnel au mépris des règles minima de protection et de préservation de l’environnement. Pire, souvent spécialisées dans le paiement illicite de dessous de table, ces entreprises raflent tous les marchés publics au nés de leurs concurrentes africaines.
De craintes que leurs pratiques illicites ne soient dénoncées, des responsables de services publics maliens, à la limite, ont cessé toute collaboration avec des opérateurs économiques maliens ou des entreprises maliennes. Ils s’adonnent à cœur joie et sur le dos du contribuable malien, à leur jeu favoris avec les chinois, et laisse mourir des entreprises maliennes par défaut de marchés.
Certains parmi ces immigrés économiques asiatiques, vont jusqu’à nous vendre des sandwichs dans la rue.
Actuellement, même le simple piment consommé chez nous au Mali, dans des sachets, nous vient de la Chine.
C’est le lieu de rappeler que l’exercice de certaines catégories de boulots doit être strictement réservés aux nationaux et aux africains.
Monsieur le Président,
Dans une précédente lettre ouverte, nous avons insisté sur le cas chinois, parce que la décision de leur pays de refuser le visa à des commerçants maliens est révoltante.
Au moment, où des pans entiers de notre économie sont envahis par les chinois, c’est le moment que ce pays qui se positionnait comme un espoir pour le tiers monde, a décidé de nous montrer sa vraie face.
Le Mouvement vert jaune rouge estime que le refus des autorités chinoises de donner des visas de séjour aux commerçants détaillants maliens, est une décision incompréhensible et inadmissible. Surtout, quand on sait que cette décision est motivée par le fait que la Chine veut simplement imposer aux commerçants maliens de se ravitailler chez des opérateurs économiques chinois qui sont entrain de s’installer dans notre pays.
Monsieur le Président,
Face à de telles décisions, nous exigeons la réciprocité dans les conditions d’octroi de visas et d’installation d’opérateurs économiques.
Le cas des chinois est d’autant plus inquiétant qu’ils ne sont motivés que par le profit. Moins regardant des différentes réglementations, ils sèment à la limite une pagaille révoltante.
Si rien n’est fait dans l’urgence dans le secteur de l’environnement, il faut craindre que l’Afrique de l’ouest perde ses nombreux cours d’eau. Avec la technique du dragage, les chinois se sont lancés dans l’orpaillage traditionnel sur nos cours d’eau qui deviennent de jours en jours l’ombre d’eux-mêmes.
Monsieur le Président,
Vous vous souvenez sûrement de ce conflit qui a longtemps opposé des populations du cercle de Kita à des chinois qui exploitaient de manière sauvage et en contradiction totale de toute la réglementation en la matière, le bois de vène.
Tout récemment, nous avons été tous témoins de la course effrénée pour la disparition des arsins que des opérateurs économiques chinois ont bien voulu imposer à tous les pays du Sahel. N’eut été les dispositions urgentes prises par nos différents Etats, l’âne allait en espace de deux ans disparaître de notre environnement de sahélien.
Monsieur le Président,
Protéger les maliens et l’économie malienne devient aujourd’hui, une urgence pour l’Etat malien. Et, aucune fuite en avant du genre, « les jeunes maliens sont mal formés », ne saurait résister à l’analyse.
En effet, c’est à l’Etat malien de réunir les conditions meilleures pour la formation de sa jeunesse. L’Etat malien a aujourd’hui, l’obligation de former et de mettre la jeunesse malienne au travail, afin qu’elle exploite de façon conséquente le fort potentiel économique de notre pays.
Aussi, le Mouvement Vert Jaune Rouge voudrait attirer votre attention sur le fait que désormais la seule obtention du visa d’entrée, ne devrait plus pouvoir donner le droit de travailler sur le territoire malien aux étrangers non africains. La réciprocité doit être de rigueur, parce que leurs Etats exigent des permis de travail à nos concitoyens africains sur leur territoire.
Monsieur le Président,
A l’instar de la plupart des Etats de ce monde, l’Etat du Mali doit s’inscrire dans la logique de protéger ses citoyens et son économie.
Et, nous vous encourageons à prendre des textes dans ce sens, avant qu’il ne soit trop tard.
Bamako, le 15 juillet 2017
Yagaré Baba Diakité
Président du Mouvement Vert-Jaune-Rouge

Source : aBamako

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