Mali: l’ONU veut éviter une extension régionale du conflit, selon le général Deconinck

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La Mission de l’ONU au Mali tente dans la mesure de ses moyens d’éviter que le conflit au Mali – aux causes à la fois ethniques, criminelles et djihadistes – « ne devienne trop régional », a affirmé cette semaine son commandant, le général-major belge Jean-Paul Deconinck, à la tête des quelque 13.000 Casques bleus de 48 nationalités déployés dans cet immense pays, vaste comme 2,5 fois la France. « Le problème ici, il n’est pas malien. Il est régional », a expliqué cet officier à un trio de journalistes en visite à Bamako à l’occasion du passage de témoin mercredi entre deux autres généraux belges, Peter Devogelaere et Bart Laurent, à la tête de la mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM-Mali), une autre composante des efforts de la communauté internationale pour tenter de stabiliser le pays, en soutien au gouvernement central.
Des zones entières du pays échappent encore, quatre ans après le lancement en janvier 2013 par la France de l’opération Serval destinée à arrêter la progression de djihadistes venus du nord du pays face à la menace d’une offensive vers Bamako (sud), au contrôle des forces maliennes, françaises et de l’ONU. Ces forces sont régulièrement visées par des attaques, malgré la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et les différents belligérants.
« On évite, avec les partenaires, que le problème ne devienne trop régional et exporté », a souligné le général Deconinck, qui est « Force commander » (commandant de la force des Casques bleus) de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, en faisant référence aux pays voisins, eux aussi en proie à l’insécurité, souvent causée par des mouvements islamistes.
Il a cité le Niger, victime notamment d’attaques attribuées à des groupes djihadistes maliens liés au Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et le Tchad, « un peu moins » touché.
« On essaye de contingenter (entre les pays et régions), c’est que qu’on essaye de faire », a expliqué le général Deconinck, entré en fonction le 11 avril dernier après avoir commandé la composante Terre de l’armée belge.
Le représentant spécial des Nations unies en Afrique de l’ouest, Mohamed Ibn Chambas, a toutefois prévenu jeudi que le conflit au Mali s’étendait désormais au Burkina Faso et au Niger, avec une forte augmentation des attaques de groupes extrémistes dans les régions frontalières ces derniers mois.
« Au Sahel, l’instabilité persistante au Mali se fait sentir jusqu’au Burkina Faso et au Niger, avec des attaques mortelles dans les zones frontalières », a déclaré M. Chambas devant le Conseil de sécurité de l’ONU à New York, mentionnant particulièrement les provinces du nord du Burkina Faso et les régions de l’ouest du Niger.
Trafiquants de drogue – le trafic « qui rapporte le plus », selon le général Deconinck -, d’êtres humains et marchands d’armes font fi des frontières, établissant une présence provisoire avant de se déplacer vers de nouvelles zones, selon M. Chambas, alors que le mandat de la Minusma est aussi d’appuyer le processus politique de dialogue entre le gouvernement central et les différents groupes armés.
Selon le général Deconinck, des « soubresauts » de violences touchent effectivement le nord et le centre du Mali – et dans une moindre mesure le sud, bien qu’une attaque contre un club de loisirs de Bamako revendiquée par le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans », la principale alliance djihadiste du Sahel liée au réseau terroriste Al-Qaïda, ait fait cinq morts le 18 juin, dont un sergent portugais de la mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM-Mali).
Au delà des motivations prétendument religieuses, « on a affaire à des groupes qui tiennent absolument à protéger leurs acquis, leurs routes, leurs flux économiques », a relevé l’officier belge, évoquant la « superposition » et l' »imbrication » des trafics en tout genre et des réseaux djihadistes.
Il a expliqué les nombreuses attaques menées par des groupes armés contre les Casques bleus de la Minusma dont le mandat de la force onusienne, renouvelé le 19 juin, a pour objectif de « rétablir l’ordre et la sécurité » au Mali, tout assurant la protection de la population civile.
« Nous sommes là pour rétablir l’ordre et la sécurité, les autorités nationales et (permettre de) redéployer les forces de sécurité – Forces armées maliennes (FAMa), gendarmerie et police. Cela veut dire que l’on les dérange » dans leurs activités, a-t-il dit en faisant référence aux groupes armés et aux réseaux criminels, souvent étroitement imbriqués.
Le Conseil de sécurité a adopté en juin, sous l’impulsion de la France, une résolution saluant le déploiement d’une force conjointe de 5.000 hommes des pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) pour combattre les djihadistes dans la région.
Mais le Conseil de sécurité n’est pas allé jusqu’à mettre cette force G5 Sahel sous mandat de l’ONU, les États-Unis s’inquiétant des obligations de financement onusien que cela aurait engendré.
La Minusma, considérée comme la mission onusienne de maintien de la paix la plus dangereuse du monde en raison du grand nombre d’attaques dont elle fait l’objet, compte 12.500 Casques bleus et policiers.
Avec la force Barkhane, la France dispose également de 4.000 soldats qui luttent contre les djihadistes dans l’ensemble du Sahel.
Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes islamistes liés à Al-Qaïda, en grande partie chassés par l’intervention militaire internationale Serval lancée en 2013 à l’initiative de la France.

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Source : Africatime

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