Modibo Sidibé, président des Fare « La révision est illégitime et inopportune »

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Dans un entretien qu’il nous a accordé, le président des Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence (Fare An Ka Wuli), Modibo Sidibé, donne son point de vue sur la révision constitutionnelle et sur la politique nationale. Ici, nous vous livrons la première partie de cet entretien.

Les Echos : Le débat sur la réforme constitutionnelle fait rage. Quelle est votre position ?

Modibo Sidibé : C’est vrai que le pays est plongé dans un débat pour nous qui n’a aucune raison d’être en ce moment. Nous avions dit et depuis longtemps notre approche aux Fare. C’est que quand on a connu ce qu’on a subi en 2012, il est important que notre peuple, nous puissions nous réunir de la base au sommet pour parler pour revisiter notre culture, nos pratiques démocratiques.

Pour nous, un pouvoir légitime démocratique doit organiser rapidement un vrai dialogue national refondateur duquel allait sortir des orientations majeures dont les Maliens seraient convenus quant à l’avenir de notre pays, quant à notre infrastructure institutionnelle, notre vouloir républicain et démocratique et quant à la façon dont nous voudrions désormais que la justice, la redevabilité, soient désormais ce qu’on en attend et que les populations ne soient plus l’objet de frustrations dont ils se plaignent et que l’aménagement du territoire, de façon consensuelle et dans une approche visionnaire partagée, le pays puisse avoir cette prévisibilité. Que les rationalités de développement prévalent sur les considérations partisanes.

Voilà tout ce que nous entendons par dialogue social. Ce sont les orientations issues de ce dialogue social que nous aurions voulu, que le problème du Nord, ce n’est qu’un problème du Mali, puisse être approché à travers cette grille.

Que toutes réformes politiques soient le fruit de ce grand dialogue. Autrement dit, nous remettons fortement en cause le processus. On peut discuter du contenu, cela n’est pas fondamental. Devant le comité des experts, nous avons dit que la démarche est fondamentalement politique et que ce sont les politiques qui doivent porter d’abord cette réforme. Malheureusement, nous n’avons pas entendu notre président nous dire quelles sont les réformes majeures qu’il voulait et les points dont il voudrait que les Maliens débattent.

Deuxièmement, nous n’avons vu aucune autorité gouvernementale politique expliquer aux Maliens quelles sont les dispositions de l’accord qui auraient valeur constitutionnelle. S’il n’y a pas la légitimité, il n’y a aucune raison que nous nous inscrivions dans cette dynamique. La même chose, en tant que nouveau pôle politique, nous avons dit que nous n’entrerons pas dans des discussions d’amendements. Nous leur avons dit que le processus est illégitime et inopportun et qu’il faut par contre avoir les orientations des Maliens pour refonder.

Voilà donc comment nous voyons les choses. Il faut l’opinion des Maliens pour réussir un vrai décollage. Tous ceux qui l’ont réussi, on a eu à faire à un moment ou à un autre cette production endogène d’infrastructure institutionnelle dans laquelle elles se reconnaissent. Donnons aux Maliens cette chance historique de se parler et de se dire ce qu’ils veulent construire.

Les Echos :La Conférence d’entente nationale n’est-elle pas une base pour ce dialogue ?

M.S. : Non ! Vous savez, on n’écoute pas assez. Nous avons dit l’accord, comme il a été négocié, n’aurait pas dû l’être. Dans la contribution nous avons indiqué que ce dialogue national refondateur était essentiel. Parce que, quel que soit les griefs formulés par les populations, c’est l’Etat qui était interpellé.
Il était important qu’on aille avec ce que les Maliens veulent pour leur pays et leur devenir. Là, nous aurions eu un accord négocié par les Maliens eux-mêmes dans une vision malienne.

Mais, la CEN a été ce qu’elle a été. Nous avions dit qu’il n’était pas bon qu’on touche à la Constitution. Parce qu’on ne peut pas aller dans un accord qui touche à la Constitution alors qu’on n’a pas parlé avec tous les Maliens.

La CEN veut dire que les parties entre elles vont parler de ce que l’accord a cadré, mais, ce n’est pas refondateur. Et c’est pourquoi nous n’étions pas là-bas. Et nous avons dit pourquoi nous n’y étions pas. L’argument pour les réformes, c’est de dire qu’on veut les faire pour tenir les engagements du Mali. Et alors, pourquoi on n’a pas tenu les engagements du Mali après les accords de Ouaga qui prévoyaient de commencer les négociations deux mois après l’élection du président de la République ?

Pourquoi on appelle tout ce monde de tous les côtés du Mali pour venir parler des causes profondes et de la mise en place d’une Charte de réconciliation nationale pour que le matin de l’ouverture, on annonce que le gouvernement et les parties signataires se sont mis d’accord sur cette question et qu’elle n’appartient plus à la CEN ? Pourquoi, de la même façon, le gouvernement, compte tenu des priorités, convenir que cette question ne peut pas être traitée sur la base uniquement de la question sénatoriale et qu’il serait bon qu’on voit comment refonder, aborder des institutions dans lesquelles nous nous reconnaissons, comment établir les règles du jeu économique, politiques et sociales qui feraient que les Maliens, véritablement, arriveront à ce qu’ils veulent : un Mali de l’effort, de l’entente, un Mali en paix avec lui-même. On le dit, on le répète, nous avons été, oui, d’accord, mais, ce qui compte, c’est comment être pour compter demain. Voilà la vraie question. La révision constitutionnelle n’apporte rien à cela.

Les Echos : Pensez-vous que l’insécurité au Mali est seulement résiduelle ?

M.S. Je voudrais d’abord m’incliner devant la mémoire de nos militaires, de nos forces de sécurité, de tous ceux qui nous accompagnent dans la lutte contre ce que notre pays n’a pas choisi.
Ce faisant, je trouve que c’est dramatique, devant tant de pertes en vies humaines, malheureusement quotidienne, que nous ne pouvons pas oublier ces morts silencieux, ces gens empêchés d’aller aux champs, dans les foires, que l’on qualifie cela d’insécurité résiduelle. D’ailleurs, il faut qu’on se comprenne : le Mali n’est pas sorti de crise. Il est dans la partie la plus difficile qui est la stabilisation. Cette stabilisation est fondamentale.

J’ai beaucoup entendu dire, parlant de l’article 118 de la Constitution qu’on se referait à l’histoire d’un autre pays, mais quel est l’esprit en réalité ? L’esprit, c’est de mettre en place une loi qui va charpenter nos droits individuels et collectifs, nos obligations, nous projeter. Quand on parle de cela, il s’agit de se parler sereinement.

L’insécurité pèse. Les Maliens sont inquiets du manque de perspectives. Est-ce que c’est le moment, sans débat préalable et de fond, d’amener une révision constitutionnelle ?

L’insécurité est là, des groupes armés sont sur le terrain, qui essayent de contrôler des zones, qui s’affrontent, qui attaquent l’armée. Il y a une inexistence ou une fragilité de l’administration sur le terrain. Les autorités intérimaires n’ont pas encore démontré leur efficacité sur le terrain. Je crois que dans ces conditions, la raison voudrait que l’on trouve un autre moment.

Après la grande crise que nous avons connue, il est important de faire une introspection pour, à la lumière de cet exercice, tout refonder, de se donner une nouvelle infrastructure institutionnelle. Quand on n’a pas compris cela, que l’on pense qu’on peut, au sortir d’une crise comme ça, s’installer, c’est qu’on a rien compris. Le pays ne peut plus être géré comme avant. Nous avons besoin d’un vrai renouveau citoyen. Nous qui avons été avant d’autres, et qui sommes encore, nous avons besoin de conforter cela.
Les Echos : Que proposent les Fare au président IBK comme alternatif au référendum ?

Modibo Sidibé: La proposition des FARE c’est que si le Président de la République veut faire l’histoire, qu’il comprenne que la démocratie, comme le disait l’autre, c’est aussi et avant tout, le débat public autour d’un projet commun. Manifestement ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Donc ce que nous souhaitons, qu’il retire le projet de révision et qu’on réfléchisse comment peut se tenir ce dialogue national, qui n’a rien à voir avec une conférence nationale souveraine, absolument rien à voir ; qui doit permettre simplement aux maliens de se prononcer, de dire ce qu’ils veulent, de construire ensemble un avenir qui leur est commun, disons de passer un nouveau contrat social pour l’avenir.

Pour cela, retirer le projet et s’inscrire dans cette dynamique : le chemin de l’histoire. Ce n’est pas une course contre la montre. Nous parlons du Mali des dix, quinze, vingt ans à venir ; qu’on prenne un ou deux ans, cela n’a pas d’importance, pourvu que le processus soit lancé. Qu’il se concentre sur les priorités de l’heure parce que cette révision n’apporte rien d’essentiel à la mise en œuvre de l’accord pour la paix. Aujourd’hui, quelles sont les priorités ? C’est que tous les engagements et arrangements sécuritaires soient mis en œuvre par toutes les parties à l’accord, avec l’appui net et plus engagé de tous nos partenaires en la matière. Quand on fait cela et qu’on va même au mode offensif, il faut engager aussi les actions de relèvement (santé, éducation…), redonner un peu confiance aux maliennes et aux maliens. A partir de là, apporter un souffle politique dans la mise en œuvre de l’accord. Je le redis, l’accord pour l’accord ne peut pas être un horizon politique pour le Mali. La stabilité du Mali, la « stabilité structurelle » du Mali, demande que le souffle politique soit le dialogue national et non pas aujourd’hui le tête à tête entre le gouvernement et un certain nombre de partis. Le peuple malien veut se mobiliser pour en être, il doit connaître de son avenir et…

Voilà ce que nous disons : retirer le projet de loi de révision, bien se dire que les orientations et les transformations ne peuvent venir que des maliens réunis et que les gouvernants légitimes du moment auront à cœur et la volonté de porter au nom des maliens et tous les autres qui viendraient parce que cela va s’étaler sur des années voir des mandats, et que ce consensus là sur l’essentiel, sur le socle de ce qui va être le Mali de demain – c’est pourquoi les FARE parlent de « Mali Horizon 2030 » – se mette en place.

Au total, retrait, mise en œuvre de tous les engagements et arrangements sécuritaires de l’accord et opérations actives de relèvement, lancer le processus d’un vrai débat national.

Gouverner comme dit l’autre, c’est parler à son peuple, c’est donner le cap, la direction ; sans cela il n’y a rien de plus terrible que l’absence de perspectives.

A plusieurs reprises, nous avons interpelé la majorité gouvernante sur l’absence de vision, de cap ; qu’on a l’impression qu’elle n’a pas un agenda stratégique du mandat que les maliens leur ont confié ; leur dire que l’année 2016 par exemple est une année charnière, donc l’année des grandes réformes et que ces réformes impliquent que les maliens se parlent.

Aujourd’hui, le gâchis peut-il être encore évité ?gâchis politique et financier ? Je le pense, si le Président de la République veut bien s’engager dans le processus de dialogue national. Il est le Président de tous les maliens, il a vocation à incarner la nation et à rassembler – il est le symbole de la Nation et de l’Unité – il n’est donc pas souhaitable qu’il parle d’une certaine manière de certains de ces concitoyens. La majorité gouvernante doit se garder aussi de cela. Le pays a besoin d’apaisement, nous sommes des républicains et des démocrates.

Les Echos : Vous avez été invité à Paris, à un grand congrès politique pour prendre la parole. Quelle lecture peut-on faire de cette invitation ?

M.S.: Il ne s’agissait pas d’un congrès politique, mais plutôt de participer à la 5ème édition du Colloque les « Bonnes Nouvelles de l’Afrique », organisé les 1er et 2 juin dernier par la Fondation Prospective et Innovation, présidée par l’ancien Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin, en partenariat avec la Municipalité de Bordeaux, dont le maire est Alain Juppé, ancien Premier Ministre.

Ils m’ont fait l’amitié de m’inviter à leur coté à intervenir à la conférence inaugurale sur le thème « Démocratie, Sécurité et Développement », le vendredi 2 juin 2017 à l’hôtel de ville de Bordeaux.

Le choix d’une personnalité du Mali compte tenu de la crise qui prévaut dans notre pays, était pertinent pour venir parler des liens entre la démocratie, la sécurité et le développement. C’est dans ce cadre que je situe mon intervention.

Il convient, aussi, de rappeler que c’est un colloque de haut niveau qui voit la participation de politiques, de non politiques, de décideurs et d’experts français, européens, africains et d’ailleurs dans une sorte d’équilibre permettant de parler librement en terme de réflexion et de prospective.

Cette démarche prospective, résonne en moi car en tant que Premier Ministre, comme vous le savez, j’avais créé une cellule d’Analyse et de Prospectives (CAP) à la Primature, dont l’objectif était d’appréhender l’ensemble des grands défis du Mali et ceci tous secteurs confondus. Cette cellule avait pour ambition de doter le gouvernement du Mali d’une capacité d’anticipation.

C’était aussi, l’occasion pour moi de rappeler ce que nous pensions des relations existant entre la sécurité, la démocratie et le développement, notamment à partir du cas malien.

En partant du cas malien, on peut dire par exemple que face au terrorisme, la réponse ne peut être que sécuritaire. Elle se doit d’être aussi politique, économique, culturelle et sociale.

Ainsi au Mali, elle doit s’articulée autour d‘une vraie politique globale, cohérente et stratégique de notre géographie, en répondant à notre responsabilité dans la stabilisation de notre pays et dans celle de notre sous-région.

Forte et cohérente cette approche globale et volontaire devrait commander notre politique institutionnelle, notre politique sécuritaire, notre politique économique et socioculturelle, notre politique d’aménagement du territoire et prendre en compte les enjeux démographique et écologique. Seule cette démarche nous conduira à une stabilité structurelle.

Aussi, nos Etats doivent changer. Ils doivent comprendre la nécessité d’être respectés et respectables pour retrouver cette reconnaissance et crédibilité nécessaires pour apaiser les populations et permettre aux citoyens de comprendre qu’en chacun des Etats, ils trouveront un Etat protecteur et seront protégés sur l’ensemble de nos territoires.

Projeter le développement sur l’ensemble du territoire, de façon équitable et solidaire permettent à la fois d’anticiper et de résoudre les problèmes de démocratie, de sécurité et de développement.

L’émergence de la citoyenneté, d’une vraie citoyenneté telle qu’on le voudrait à la suite de notre dialogue national, d’un renouveau démocratique permettront assurément de résoudre à un certain nombre de problème que nous rencontrons aujourd’hui.

Enfin, nous devons comprendre que les capacités régionales à construire telles que le G5 et autres dispositifs, doivent être articulés autour d’une démarche qui engage les gouvernements et leurs peuples en faisant de la construction régionale sécuritaire un objet de consensus, consolider une « capacité de réponse rapide, collective et efficace » à même d’innover face à un ennemi non conventionnel.

Aussi, nos Etats doivent sortir de leurs tranchés par rapport à leur souveraineté et faire d’avantage confiance à une gestion régionale mutualisée de cette menace asymétrique.

Cette lutte contre le terroriste et l’insécurité se fait, également à moyen et long terme et non seulement à court terme. Donc, au-delà des Gouvernements, les peuples doivent se sentir concernés et impliqués, c’est ce qui donnera la profondeur stratégique nécessaire au succès des luttes, au rétablissement de la stabilité et de la sécurité, et donc à l’émergence des forces solides à la fois nationales et régionales.

Nous nous focalisons sur la lutte contre le terrorisme et le djihadisme, mais nous oublions la problématique de l’insécurité au quotidien que connait chacun de nos pays et qui doit être combattue avec les moyens qu’il faut. Ces moyens dans l’immédiat – tant pour la lutte contre le terrorisme et contre l’insécurité -sont importants et lourd pour nos pays.

Nous devons y consacrer un maximum de budget sans effet d’éviction du financement de l’éducation et de la santé. Ce qui demande une implication forte des populations. De plus, nous devons convenir avec nos partenaires que la sécurité est « un services public ». Car, il faut aujourd’hui reconnaitre que le concept de sécurité recouvre à la fois la sécurité de l’Etat et la « sécurité humaine ». Elles sont toutes deux nécessaires pour le renforcement de la démocratie en Afrique et son développement. Elles doivent se renforcer réciproquement.

Aussi, le financement de la sécurité et du développement doit être complémentaire. Ce financement doit se faire sur la base d’un processus de dépérissement de l’assistance au profit de l’émergence de forces capables de maîtriser, de contrôler et de défendre nos territoires nationaux respectifs et de défendre notre espace collectif régional.

Les Echos : Qu’est-ce que ça cache ?

M.S.: Quelles lectures politiques voulez-vous en faire ? Je pense que le plus important pour nous c’est que, à travers ma modeste personne le nôtre pays a été à l’honneur pour dire à partir de son expérience sur les problématiques de sécurité et de développement, car notre pays vit une crise.

J’ai eu l’occasion de le dire, l’expérience malienne qui pour nous met en cause la question de l’Etat, et qui se retrouve partout dans nos pays sur le continent. Il y a une besoin d’Etat, il y a un problème d’Etat. Aussi, par l’analyse du cas du Mali, on peut tenter de résoudre toutes cette problématique en cohérence et en cohésion.

Maintenant l’intérêt qu’il y en tant qu’homme politique, c’est de discuter et échanger avec d’autres hommes politiques d’autres espaces.

Les Premier Ministre Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin ont invité des hommes et des femmes avec lesquels ils pourraient discuter avoir peut être d’avoir des pensées convergentes et essayer de faire valoir les différents points de vue qui permettrons des deux côtés de la méditerranée de faire face aux enjeux et aux défis de nos deux continents.

Donc, n’y voyons pas autre chose.

Les Echos : Le débat sur la réforme constitutionnelle fait rage. Quelle est votre position ?

M.S.: Le pays est plongé dans un débat, qui pour nous, n’a aucune raison d’être en ce moment. Nous l’avions dit et depuis fort longtemps que notre approche aux FARE c’est que quand on a subi ce qu’on connut en 2012, qu’on a qualifié de crise multidimensionnelle, une crise d’une telle gravité. Il était important que notre peuple, les population que l’on se réunisse pour parler, de la base au sommet pour parler pour revisiter nos institutions, nos pratiques démocratique et parler surtout des maux dont souffre le pays.

Des interrogations très forte que je peux résumer ainsi : quelle modernité et quel avenir pour notre Peuple et pour notre pays ?

Aussi pour nous, il nous paraissait indispensable que dès les lendemains des élections présidentielles et législatives de 2013, pour le nouveau pouvoir légitime démocratiquement et fortement élus d’organiser rapidement un vrai dialogue national refondateur, car le Mali sortait d’une crise multidimensionnelle sans précédent.

C’est de ce dialogue national refondateur allait sortir les orientations majeures dont les maliens et les maliennes seraient convenus quant à l’avenir de notre pays ; quant à l’infrastructure institutionnelle de notre Etat, quant à notre vouloir républicain et démocratique ; quant à notre vivre ensemble dans une république et une Nation apaisée et enfin quant à la façon dont nous entendons désormais que par exemple que la justice, la redevabilité, l’administration soient ce que l’on en attend, à savoir répondre aux exigences de l’intérêt général et aux frustrations dont les populations font l’objet et dont elles se plaignent au quotidien.

Toujours dans le cadre de ce dialogue nationale, il s’agissait aussi de parler de l’aménagement du territoire, de façon consensuelle et dans une approche visionnaire partagée, pour que l’ensemble du pays puisse avoir cette prévisibilité et que les rationalités économiques de développement et d’équité prévalent sur les considérations partisanes.

Voilà tout ce que nous entendons par dialogue National. C’est sous les bénéfices des orientations issues d’un tel dialogue national que nous aurions voulu que le problème du Nord, qui n’est qu’un problème du Mali, puisse être abordé. Et que toutes réformes institutionnelles et politiques soient le fruit de ce grand dialogue national refondateur.

Autrement dit, nous remettons fortement en cause ce processus de révision constitutionnelle. On peut discuter du contenu, mais à ce stade cela n’est pas fondamental. Devant le comité des experts, nous avons dit que la démarche est fondamentalement politique et que c’est une vision politique qui doit d’abord et avant tout porter cette réforme.

Malheureusement, nous n’avons, toujours pas entendu le Président de la République énoncer à son Peuple cette vision politique ainsi que les réformes majeures et les points dont il voudrait que les maliens débattent ensemble.

Deuxièmement nous n’avons entendu aucune autorité gouvernementale expliquer aux maliens quels sont les dispositions de l’accord qui auraient « valeur constitutionnelle ».

A défaut de la légitimité d’un vrai débat national, il n’y a aucune raison que les FARE s’inscrivent dans cette dynamique. La même chose, en tant que Nouveau Pôle Politique (NPP), nous avons dit que nous n’entrerons pas dans des discussions d’amendement. Nous leur avons dit que le processus est illégitime et inopportun et parce qu’il faut avoir les orientations des maliens pour refonder.

Voilà donc comment nous voyons les choses. Il nous faut une adhésion forte et une participation active des maliennes et des maliens pour réussir le vrai décollage de notre pays.

Toutes les Nations qui ont réussi leur processus de décollage économique et social, ont eu à faire à un moment précis de leur histoire cette production endogène d’infrastructures institutionnelles dans lesquelles ils se reconnaissent, qui répondent à leurs préoccupations du moment et de l’avenir.

Replaçons donc le Peuple au cœur de ce processus. Revenons au citoyen du Mali. Enfin redonnons aux maliens et maliennes cette chance historique de se parler, de faire le point et de dire ce qu’ils veulent construire ensemble pour leurs pays en tant que Nation.

Les maliens ont besoin de se mobiliser, de se parler et de débattre ensemble sur l’avenir du Mali. Ils aspirent à être acteur et actrice de leur avenir et de celui de leur pays. En témoigne la forte mobilisation contre le projet de referendum sur la révision constitutionnelle.

Pour conclure, je réaffirme ici que ce projet de révision constitutionnelle est tout simplement illégitime dans son processus et inopportune dans le contexte du moment.

Les Echos : La conférence d’entente nationale n’est-elle pas une base pour ce dialogue ?

M.S.: Non ! Vous savez, Nous ne sommes pas assez écoutés. Nous avons dit de l’Accord pour la Paix, tel qu’il a été négocié, n’aurait pas dû l’être.

Dans la contribution que nous avons indiqué que ce dialogue national refondateur était essentiel. Parce que quel que soit les griefs formulés par les populations sur l’ensemble du territoire, interpelle fortement l’Etat et ses démembrements (la justice qui était interpellé.

Il était important que nous allions avec ce que les maliens veulent pour leur pays et leur devenir. Là, nous aurions eu un accord négocié par les maliens eux-mêmes dans une vision malienne. Et cet accord serait porteur d’un horizon pour le Mali entier.

Mais, la CEN a été ce qu’elle a été. Nous avions dit qu’il n’était pas bon qu’on touche à la constitution. Parce qu’on ne peut pas aller dans un accord qui touche à la Constitution alors qu’on n’a pas parlé avec tous les Maliens.

La CEN veut dire que les parties entre elles vont parler de ce que l’accord a cadré, mais, ce n’est pas refondateur. Et c’est pourquoi nous n’étions pas là-bas. Et nous avons dit pourquoi nous n’y étions pas.

L’argumentaire avancé pour justifier la révision constitutionnelle, est de dire que autorités veulent tenir les engagements pris par le Mali dans l’Accord pour la Paix. Je leur concède, alors dites-moi, pourquoi n’avons-nous pas tenu ceux relatifs aux Accords de Ouaga qui prévoyaient de commencer les négociations deux mois après mise en place du Gouvernement ?

Pourquoi avoir convoqué une Conférence d’Entente Nationale pour parler des causes profondes et de l’adoption d’une charte de réconciliation nationale, pour que le matin de l’ouverture officielle de ladite Conférence, il est annoncé aux participants que le Gouvernement et les parties signataires se sont mises d’accord sur cette question et que ladite charte n’appartient plus à la CEN ?

Pourquoi, de la même façon, le Gouvernement, compte-tenu des priorités enjeux du moment, ne peut-il convenir avec les mêmes signataires du fait que cette question ne peut pas être traitée sur la base uniquement de la création d’un Sénat et qu’il serait bon qu’on voit comment refonder, aborder les institutions dans lesquelles nous nous reconnaissons, comment établir les règles du jeu économique, politique et social qui feraient que les maliens, véritablement, arriveront à ce qu’ils veulent : un Mali de l’effort, de l’entente, un Mali en paix avec lui-même.

On le dit, on le répète, « Nous avons été », oui ! Mais, ce qui compte, c’est « comment être aujourd’hui pour compter demain ?», c’est « comment de donner un horizon pour les maliennes et les maliens ? C’est quelle perspective à construire avec notre jeunesse ». Voilà les vraies questions qui attendent des réponses. Or, la révision constitutionnelle n’apporte aucune réponse à cela.

Les Echos : Pensez-vous que l’insécurité au Mali est seulement résiduelle ?

M.S.: Je voudrais d’abord m’incliner devant la mémoire de nos militaires, de nos forces de sécurités et de tous ceux qui nous accompagnent dans la lutte contre ce que fléau qui frappe notre pays.

Ce faisant, je trouve que c’est indécent – devant tant de pertes en vies humaines victimes du terrorisme sans oublier l’insécurité quotidienne qui frappe les populations. Nous ne pouvons pas oublier ces morts silencieux, ces gens empêchés d’aller aux champs dans les foires qui font l’économie rurale, l’absence d’écoles dans les zones d’insécurité, tant de détresse en réalité – que l’on qualifie cette situation d’insécurité résiduelle.

A noter que la définition de « résiduelle » permettra de comprendre que quand c’est résiduel c’est que tous ce qui a été mis en œuvre ne permettent de juguler le problème.

D’ailleurs, il faut que l’on se comprenne : le Mali n’est pas sortie de crise. Il a avec ses amis à affronter la partie la plus aigüe de la crise. Nous somme dans la partie qui est la plus difficile qui est la stabilisation qui nous devrait nous conduire à la normalisation. Cette stabilisation est essentielle et fondamentale.

Aujourd’hui, ce qui est plus le plus important c’est de faire face à la sécurité, de garantir une stabilité basé sur la mise en avant de tous les dispositifs et arrangements sécuritaires existants. Voilà, à mon sens, les priorités et l’urgence du moment.

J’ai beaucoup entendu dire, parlant de l’article 118 de la constitution qu’on se referait à l’histoire d’un autre pays, mais quel est l’esprit en réalité ? L’esprit c’est de débattre d’une constitution qui est la loi fondamentale du pays qui va charpenter la vie institutionnelle, qui charpenter la place de chacun d’entre nous dans notre pays, nos droits individuels et collectifs, nos obligations, nos droits, nos devoirs, qui va permettre justement de nous projeter sur la société que nous voulons doit se débattre dans la sérénité.

L’insécurité pèse. Les Maliens sont inquiets du manque de perspectives. Est-ce que c’est le moment, sans débat préalable et sans débat de fond, d’amener une révision constitutionnelle ?

L’insécurité est là, les difficultés de déplacement sont là, des groupes armés sont sur le terrain contrôlent des zones de notre territoire national, s’affrontent, attaquent les positions de nos forces armées et de sécurité. Il y a un déficit voir une inexistence de notre administration sur le terrain. Dans de nombreuses zones le service minimum attendus des citoyens n’est plus assuré – l’école, la santé, la sécurité des biens et des personnes…- par notre Etat. Les autorités intérimaires n’ont pas encore démontré leur efficacité sur le terrain. Aussi, je crois que dans ces conditions, la raison et la sagesse voudraient que l’on choisisse un autre moment pour cette révision.

Aussi, il est important qu’on sache que, une fois qu’on n’a pas fait ce qui est souhaité qui est ce dialogue national refondateur, fait qu’aujourd’hui ils se sont complètement trompés. Ils se sont trompés parce que le départ n’a pas été bon. On nous dit vous étiez là quand il y a eu les autres projets de révision. Nous étions là et nous ne nous désolidarisons de rien ! A l’époque pour tous ces projets de révision, pour ne parler que de la dernière, il y a quand même eu une annonce politique, des mois, près de trois ans, de débats avant qu’un projet n’apparaisse et fasse l’objet encore de discussions ; et là sans un tel processus un projet est apparu.

D’un autre côté, tous ces projets antérieurs s’inscrivaient, disons dans une dynamique d’amélioration, de petites innovations de notre constitution. Mais aujourd’hui, après la grave crise multidimensionnelle, où les institutions ont été ébranlées, où les maliens s’interrogent sur leur démocratie – ils ne la rejettent pas – mas s’interrogent sur leur démocratie.

Après la grande crise que nous avons connue, il est important de faire une introspection pour, à la lumière de cet exercice, tout refonder. L’exigence de refondation, de se donner une nouvelle infrastructure institutionnelle. Quand on n’a pas compris cela que l’on pense qu’on peut, au sortir d’une crise comme ça, s’installer, c’est qu’on a rien compris. Le pays ne peut plus être géré comme avant. Nous avons besoin d’un vrai renouveau citoyen.

il y a une exigence de renouveau démocratique, de renouveau citoyen en frémissement et en phase avec cette demande de gouvernance, cette demande forte de démocratie qui souffle sur notre continent. Nous avons besoin, nous, qui avons été avant d’autres sur le plan de la démocratie et qui le sommes heureusement encore, nous avons besoin de conforter cela, nous n’avons pas envie de revenir en arrière, nous voulons aller de l’avant, parler de notre avenir.

La légitimité du processus nous semble primordiale. Qu’on ne vienne pas nous dire que la Cour constitutionnelle a tranché, elle a dit le droit sur ce qui lui avait été soumis. Mais la Cour n’a aucune compétence pour se prononcer sur la légitimité politique de la démarche, ni sur l’opportunité politique du moment. Ne confondons pas les choses. Nous restons sur l’idée d’un retrait pur et simple de ce projet de révision, nous mettons la légitimité du processus en cause, et cette légitimité ne peut provenir que des Maliens.

Nous qui avons été avant d’autres, et qui sommes encore, nous avons besoin de conforter cela.

Propos recueillis par Alexis Kalambry


Source : Africatime

Africatime