Circulation des véhicules CH : Non aux deux poids deux mesures de la Police !

35

Le phénomène peut non seulement encourager et amplifier le banditisme et le terrorisme dans notre pays, mais constitue un important manque à gagner pour le Trésor public.
Un particulier àbord d’un véhicule non immatriculé passe difficilement à l’insu de l’agent de police au carrefour. Mais, il suffit qu’un petit béret soit posé à l’avant de la cabine d’un véhicule avec immatriculation CH et portant le drapeau national à la fin de la plaque pour que le policier en poste ferme les yeux. Comme pour dire qu’au Mali, les mauvaises pratiques ont la vie très dure, surtout quand elles concernent les forces de coercition notamment les militaires, les gendarmes, les policiers, ainsi que les corps paramilitaires.
C’est le cas de la mise en circulation des véhicules non immatriculés comme sur cette Mercedes 190 appartenant probablement à un gendarme, en tout cas, c’est le béret de la gendarmerie qui était posé sur la cabine de ladite voiture quand on faisait la photo au niveau de la gare routière de Sogoniko, le 14 juillet dernier aux environs de 10 heures. Il avait à son bord, un chauffeur en civil et une vieille femme. Le véhicule appartient-il effectivement à un gendarme ? Cette question renvoie à la notion de l’insécurité que le phénomène peut amplifier. D’où la grosse inquiétude des citoyens en plus du manque à gagner qu’il entraine au niveau des recettes publiques.
Et pourtant au Mali, il existe un texte qui accorde aux porteurs d’uniformes et aux honorables députés, des exonérations et facilités de dédouanement même si à la pratique, c’est tout à fait le contraire. Nombreux sont des véhicules qui circulent aujourd’hui dans la capitale avec les numéros de châssis accompagnés du drapeau national :Vert,Or et Rouge souvent avec des insignes des différents corps militaires.
Cette Nouvelle pratique illégale imposée par les porteurs d’uniformes et les défenseurs des lois est non seulement un manque à gagner pour l’Etat, mais aussi elle peut contribuer à amplifier une situation sécuritaire déjà délétère, notamment le grand banditisme enoffrant un terreau fertile au terrorisme. C’est dans cet esprit qu’un moment, les pouvoirs publics avaient instruit l’arrêt de tous les véhicules non immatriculés. Des instructions fermes avaient été données à la police nationale de conduire à la fourrière, tous les véhicules qui se feront appréhender sans les documents administratifs autorisant la mise en circulation.
Moins de deux ans après, cette mesure est restée lettre morte. Les autorités politiques et administratives, initiatrices de la mesure ont tellement de préoccupations à gérer qu’elles ne se souviennent même plus de cette mesure. Mais, les agents publics qui doivent mettre en œuvre la mesure, ne serait-ce que pour leur propre sécurité, ont foulé aux pieds la décision. Le plus grave est que ce sont eux-mêmes qui refusent de se plier à la mesure. Du coup, ils donnent des idées à des personnes de mauvaises intentions. Quelle différence, il y a entre le véhicule d’un terroriste portant une immatriculation CH avec les Couleurs nationales et celles d’un Général de la Police, de la Gendarmerie ou de l’Armée ?
Les lois sont d’abord et avant tout des instruments de protection du citoyen, les fouler au pied revient à s’amuser avec sa propre vie. Surtout que les autorités douanières font tout leur possible pour que force reste à la loi. Mais, cette vision ne semblepaspartagée par une frange de la population, en particulier les porteurs d’uniforme, les élus de la nation auxquels des exonérations sont accordées par l’Etat. Dans le seul but de leurfaciliter la procédure en vue de les décourager à enfreindre à la loi. Mais hélas ! Par cupidité, la plus part d’entre eux troquent cette facilité contre espèces sonnantes et trébuchantes. Ils sont également nombreux,les responsables politiques et judiciairesà circuler dans des véhicules non dédouanés.
Ces indélicats (des super citoyens) pensent que se plier à la loi est un manque de civilisation. Il n’est pas étonnant d’entendre dans les grins que ce sont les « gaou » qui appliquent la loi. Or, en plus de l’insécurité qu’elle amplifie, la pratique constitue un important manque à gagner pour l’Etat. Les députés qui votent chaque année la loi de finances savent que les manques à gagner sont incommensurables pour le Trésor public. Tandis que les mêmes agents ne cessent de réclamer de meilleures conditions de travail. Cet argent qu’ils réclament sans cesse descend t-il du ciel ? Qu’est-ce qui les rend doncinsensibles aux difficultés du pays malgré les avantages faramineux qu’ils réclament ? Pourquoi un super citoyen et un citoyen ordinaire ? Ce sont des interrogations qui sont au bout des lèvres.
Abdoulaye Coulibaly, commandant de la Compagnie de la Circulation Routièrea expliqué qu’ils organisent très souvent des opérations conjointes avec la police militaire pour obliger les militaires qui ont des véhicules avec plaque ardoise et même certains véhicules de l’Etat qui ont des titres de propriété, à se mettre en règle avec des numéros d’identification. Parce que selon lui, même en cas d’accident, cela permettra de les identifier rapidement.
Pour lui, cette nouvelle forme d’immatriculation ne doit pas être encouragée car en plus d’être un manque à gagner pour l’Etat, cela favorise le banditisme et même le terrorisme. Il appelle les populations à penser à ces dangers et demande aux chefs de services de prendre leurs responsabilités afin que les citoyens concernés se mettent en règle.
Moussa Sékou Diaby

Source : aBamako

aBamako