Démocratie malienne: L’Opposition joue-t-elle son rôle ?

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En démocratie, l’Opposition critique et propose. Dans cette peau, elle défend et promeut ses droits, empêche le pouvoir de s’installer dans l’arbitraire et la mauvaise gouvernance. Le rôle de l’Opposition est donc essentiel en démocratie. Cependant, en Afrique, et quasiment partout dans le monde, son action est mal comprise. Dans sa dénonciation des tares du pouvoir en place, elle est accusée, à tort ou à raison, d’être un syndicat d’apatrides. Pourtant, l’absence d’une opposition dans une démocratie peut conduire à l’atteinte aux droits et libertés individuels et collectifs. Au Mali, l’Opposition joue-t-elle son rôle ? Notre analyse !
On désigne par Opposition, les partis politiques ou les mouvements n’appartenant pas à la majorité parlementaire. Pour corroborer cette assertion, l’article 5 du statut de l’Opposition précise clairement que dès lors qu’un parti entre dans le gouvernement, il quitte l’Opposition. Aujourd’hui, tous les partis qui se réclament de l’Opposition ne participent pas à la gestion du pouvoir. D’où l’existence de deux blocs : la Convention de la Majorité présidentielle (CMP) et l’Opposition, avec un chef de file, Soumaïla Cissé.
Aujourd’hui au Mali, peut-on dire que l’Opposition joue son rôle ? La réponse est oui, et cela sur la base de deux baromètres.
D’abord, elle ne participe pas du tout à la gestion du pouvoir au plus haut sommet. Autrement dit, l’Opposition n’a été membre d’aucun gouvernement depuis l’arrivée du président Ibrahim Boubacar Kéïta au pouvoir et, aucune des institutions constitutionnelles n’est dirigée par un leaders ou responsable de l’Opposition.
Ensuite, tous les partis de l’Opposition dénoncent les scandales, les bavures, la mauvaise gouvernance du gouvernement. Elle multiplie les sorties et les déclarations fracassantes à chaque fois que le régime prête le flanc. Ainsi, le contrat d’armement, les engrais frelatés, les 1000 tracteurs du président, la gestion du problème du nord, la situation sécuritaire, la révision constitutionnelle, le référendum, l’installation des autorités intérimaires, la Conférence d’Entente nationale, le non-respect du quota des femmes dans le gouvernement, ont été et/ou sont autant de choux gras qui ont défrayé la chronique suite à des sorties de l’Opposition.
Particulièrement, le Parena se fait remarquer par ses dénonciations, avec des preuves, souvent irréfutables. Mieux, il va plus loin en organisant des ateliers, des séminaires, des débats d’intérêt national, assortis de propositions concrètes.
Au-delà des critiques, l’Opposition a fait des marches, pas plus tard que samedi 15 juillet dernier (ici, en tandem avec la société civile).
Dans le sens de la construction, l’Opposition a participé à une marche-recueil unitaire avec la CMP, après le massacre du MOC à Gao, le 18 janvier 2017.
Faudrait-il rappeler que l’Opposition a plusieurs fonctions dans un régime démocratique.
Tout d’abord, elle constitue un contre-pouvoir en permettant d’éviter que la majorité, une fois parvenue au pouvoir, n’ait la tentation de mener une politique portant atteinte aux droits et libertés individuels et collectifs. Pour cela, l’opposition dispose de plusieurs moyens pour exprimer sa désapprobation face à la gestion du pouvoir: la mise en cause de la responsabilité gouvernementale devant l’Assemblée nationale par la motion de censure, les marches, les sit-in etc
L’Opposition représente aussi la possibilité d’une alternance politique : elle participe à l’existence du pluralisme politique, qui est une des bases de la démocratie. Ce pluralisme permet de choisir ses gouvernants. Or, il n’y a de choix véritable que si l’électeur peut se prononcer entre plusieurs possibilités. Ainsi, l’Opposition, en proposant un nouveau cours à la politique nationale, permet aux citoyens éventuellement mécontents de disposer d’un recours. Avec les moyens, évoqués plus haut, à la disposition des parlementaires, elle peut manifester son désaccord envers la politique suivie et tenter de retarder sa mise en œuvre.
Enfin, l’Opposition permet de renouveler le personnel politique : lorsque la majorité perd le pouvoir, une nouvelle génération d’hommes politiques peut trouver une place de choix dans l’Opposition et se préparer ainsi à assumer des fonctions importantes à l’occasion d’une victoire à venir.
Mais, l’Opposition a un seul problème, quasiment partout en Afrique : elle est incomprise dans ses prises de position. Pourtant, elle doit jouer son rôle ! Comme au Mali, actuellement.
Hassana Traoré

Source : aBamako

aBamako

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