Situation environnementale en 4è région : Le ministre Keïta Aïda M’Bo tire la sonnette d’alarme

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Déforestation avancée, insalubrité grandissante, manque d’ouvrages d’assainissement, sous équipement des services régionaux de protection de l’environnement, entre autres, tel est le constat amer fait par le ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, lors d’une visite de 2 jours dans la région de Ségou

Nous sommes lundi 17 juillet 2017. Aux environs de 12 heures, Mme Keïta Aïda M’Bo, accompagnée du directeur national des Eaux et Forêts, Mamadou Gackou, du directeur général de l’Agence du bassin du fleuve Niger (ABFN), Adourahamane Oumarou Touré, et de quelques membres de son cabinet, est accueillie par le gouverneur de la Région, Georges Togo. Après les salutations d’usage, le convoi met le cap sur les locaux des différents services techniques régionaux rattachés au département de l’environnement. A la direction régionale des Eaux et Forêts, le ministre et sa délégation ont été reçus par le premier responsable du service, Moussa Sissoko et son personnel. S’en est suivie une visite guidée des locaux. L’immensité de la cour et les nombreux bureaux qui s’y trouvent contrastent avec l’insuffisance des moyens de travail (matériels informatiques, moyens logistiques, etc.) et du personnel. Le même constat ressort de la visite des locaux de la direction régionale de l’assainissement, du contrôle des pollutions et des nuisances (DRACPN). A l’antenne régionale de l’ABFN, la situation n’est pas plus reluisante.
Au cours de la rencontre avec les autorités politiques et administratives de la région et les différents responsables de ces services régionaux (directeurs régionaux, chefs de divison et de section), un tour de table a mis à nu les principales difficultés. Le directeur régional du service des Eaux et Forêts a évoqué la déforestation qui a pris une proportion presque irréversible. « La région de Ségou est devenue la porte du désert », alerte-t-il. Aujourd’hui, l’exploitation abusive et anarchique des ressources forestières de la localité a dénudé le couvert végétal.

La satisfaction des besoins en bois de chauffe est assurée par ce qu’on appelle des brindilles dans le jargon forestier. C’est-à-dire, de petits arbres aux branches minces. « On a atteint le seuil critique », s’inquiète le responsable forestier. A ce sujet, beaucoup de pistes de solutions ont été proposées. Le ministre a souligné l’application stricte de la loi en la matière qui, selon elle, est le premier outil à la disposition des agents. Elle a ensuite suggéré l’utilisation des énergies de substitution au bois et au charbon telles que les briquettes combustibles, le gaz butane et l’énergie solaire.

L’actualisation et l’application des plans d’aménagement forestiers ont été recommandées. Cependant, les solutions doivent d’abord être locales, car les difficultés ici relevées sont transversales et concernent l’ensemble du pays, a estimé le ministre Keita Aïda M’Bo avant de confirmer l’engagement du département auprès des services techniques dans l’accomplissement de leur mission de protection de l’environnement. Un autre problème, qui est cette fois-ci, particulier à la ville de Ségou, est la présence massive des hippopotames dans le fleuve Niger. La quiétude dans cette partie du fleuve et l’abandon de leur braconnage par les chasseurs ont favorisé la mise-bas de ces mammifères, qui, pour protéger leurs petits, deviennent souvent très agressifs. Ce qui a conduit malheureusement à la mort de deux jeunes pêcheurs il y a quelques jours. Le ministre a rendu visite aux familles des victimes et leur a remis une enveloppe symbolique, après avoir présenté ses condoléances au nom de l’ensemble du gouvernement.
La question des hippopotames est complexe, dira le directeur régional des services forestiers. Car, les bêtes sont dans leur milieu naturel et jouent un rôle important dans la biodiversité aquatique. Leur présence dans une partie du fleuve accroît la population halieutique (poisson) qui se nourrit de leurs excréments. Ceci attire les pêcheurs et crée parfois une situation de conflit entre ces derniers et les hippopotames. En guise de solution, le conseiller technique du ministère de l’Environnement chargé de la question, Baïcoro Fofana préconise la vigilance et la prudence. L’abattage des animaux n’est pas une solution viable, indique-t-il. Car, il sont indispensables dans le maintien de l’équilibre de nos écosystèmes aquatiques. Leur disparition représente un danger écologique pour notre pays, avertit l’officier supérieur des Eaux et Forêts. Il faudra, dès lors, concilier l’activité de pêche avec la présence des hippopotames donnant aux acteurs des informations précieuses sur leur localisation, le nombre de la population de femelles, leurs mouvements, etc., pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise plus.

Au plan de l’assainissement et de l’amélioration du cadre de vie, la région, et singulièrement la ville de Ségou, souffre d’un manque criard d’ouvrages d’assainissement. La capitale régionale ne dispose que de 2 dépôts de transit contre 13 prévus dans son schéma directeur d’assainissement. Dans le cadre de la collecte des déchets, ce sont les véhicules à traction animale qui sont utilisés. A cela s’ajoute l’absence totale de décharge finale pour accueillir les déchets solides. Les responsables de l’assainissement de la région ont égréné un chapelet de préoccupations parmi lesquelles, la difficulté de réalisation des activités d’études d’impact environnemental, avec comme conséquence, la non disponibilité des permis d’études d’impact environnemental pour les usagers. Par exemple, l’abattoir et la tannerie industrielle qui ont été visités par la délégation ministérielle, sont des entreprises polluantes et ne respectent pas les normes en termes d’impact environnemental.

En termes de personnel, la direction régionale de l’assainissement ne compte que 25 agents pour toute la région, contre 206 agents prévus par le cadre organique. Malgré ce nombre réduit, le personnel manque de locaux pour travailler. Par solidarité administrative, les agents des services locaux d’assainissement sont logés par leurs collègues des Eaux et Forêts ou d’autres services administratifs.

Cette situation entrave de façon considérable les actions de protection de l’environnement et d’amélioration du cadre de vie des populations de la région, reconnaît le ministre. « Il faut se parler», conseille-t-elle. «Chacun doit se sentir concerner par la gestion du pays. Il faut que nous changions notre façon de travailler, sinon nous n’arriverons à rien. » Elle a insisté sur l’information et la sensibilisation au quotidien des différents acteurs de la protection de l’environnement. Car la méconnaissance des textes et de certaines pratiques néfastes conduisent aux mauvais comportements.

Cheick Amadou Dia

Source : aBamako

aBamako

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