Révision constitutionnelle : voilà un calme factice qui s’installe

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Un calme qui pourrait faire croire aux partisans du «oui» que lorsque les partisans du «non» seront épuisés, le projet passera en douce. C’est une erreur. Les gens pensent juste que leur message a été compris et que celui dont dépend la décision finale a entendu leur message.
C’est pourtant le moment que choisissent ceux qui avaient gardé un silence coupable, pour venir jouer les défenseurs de la révision. Sans doute pour justifier leurs portefeuilles, sans doute suspectent-ils que le projet ne sera pas maintenu en l'état et pour ne pas se voir accusés par qui de droit de ne pas l’avoir suffisamment soutenu, ils font maintenant le service minimum. Cela n’est pas sans rappeler le Tartuffe de Molière, personnage de cour, qui trompe celui qu’il est supposé aider.
Je n’aime prononcer les noms que positivement, aussi dirais-je que Maître Tapo, même s’il se trompait, lui au moins s’est battu pour ce qu’il croyait juste. Cela ne me semble pas être le cas de ces combattants de la 25ème heure. Or, s’ils veulent réellement servir la nation, s’ils veulent vraiment assister le président de la République en cela, il ne leur appartient pas de venir jouer les faucons aujourd’hui. J’ai vu sous ATT nombre de courtisans et laudateurs, fuir chez le capitaine dès la première nuit du coup d’État, je les ai vus ensuite courtiser Dioncounda Traoré, puis chercher refuge auprès d’IBK. Aujourd’hui, ils sont tapis auprès de lui, le flattant de la même manière, sachant qu’au moindre danger, ils iront s’accrocher à la branche d’un autre grand arbre. Seulement, leur jeu aujourd’hui est dangereux pour eux-mêmes car il apparaîtra qu’ils n’aident ni le chef de l’État, ni le peuple qu’ils sont supposés servir.
Volonté venue d'ailleurs
Dans le Contrat Social liant les gouvernants au Peuple Souverain, les lois ne peuvent se plier aux événements au jour le jour. Or, c’est ce qui adviendra si le projet de révision est maintenu. Au-delà de l’acte juridique, la Constitution détermine comment vivre ensemble. Et les changements imposés par cette révision sont trop conséquents pour que cela se fasse à la va vite, loin de la sérénité. Or, Constitution à l’origine signifie «établir ensemble». Cette révision semble être l’expression de volontés particulières, tantôt de la communauté internationale, tantôt au nom de groupes armés qui d’ailleurs ne trouveront pas satisfaction. Loin des aspirations des Maliens noirs ou blancs.

Or, «À l'instant que le peuple considère en particulier un ou plusieurs de ses membres, le peuple se divise en parties inégales». En clair, nous allons vers la fracture sociale et ethnique. Et substituer la force au droit conduit au chaos. Le peuple souverain est un être collectif, il ne peut être divisé ou exclure quiconque sans quoi il ne serait plus que l’expression d’une faction. La raison voudrait que l’accord soit décliné en actions faisant l’objet de lois dans le cadre de la constitution actuelle. Cette même raison voudrait que l’on évite de créer l’étincelle qui conduirait chacun d’entre nous vers une destination inconnue.
L’accord de paix, prétexte de cette révision, ne fait lui-même pas l’unanimité et chaque jour la colère du peuple gronde. D’aucuns, sujets à l’orgueil, affirment qu’un retrait est impossible, comme s’il s’agissait d’un impératif sans lequel le Mali n’existerait plus. Or, c’est le forcing qui risque de coûter cher à la stabilité de notre pays. Dieu veille.
Madani TALL

Source : aBamako

aBamako

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