Leçon de géopolitique : La fuite en avant d’un pouvoir en vue de la révision constitutionnelle, Ne jamais réviser la Loi fondamentale la dernière année d’un mandat…

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Si au début des années 1990, un vent de démocratisation soufflait en Afrique, il est aisé d’affirmer de nos jours, que c’est au tour du vent de la révision constitutionnelle. Deux pays voisins du Mali, le Sénégal et le Côte d’Ivoire ont réussi à changer leur Loi fondamentale, sans trop d’accros. Au Mali, les autorités peinent à obtenir un consensus autour de ce que l’on présente volontiers, dans le camp présidentiel, comme le salut de la Nation car devant renforcer l’application de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation. A y voir de plus près, l’on se rendrait compte que l’Etat a fait preuve de maladresse et d’un manque d’anticipation, d’où aujourd’hui la grande hostilité d’une grande partie de la population contre le projet de révision de la Constitution.
Ne jamais réviser une Constitution la dernière année d’un mandat
L’on se demande encore pourquoi l’Administration IBK attende les derniers instants d’un mandat pour se mettre à la tâche alors qu’elle savait pertinemment, dès son installation, que la Constitution du 25 février 1992 devait être révisée pour la rendre conforme à l’Accord pour la Paix. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, le processus de révision de la Loi fondamentale a commencé suffisamment tôt pour obtenir l’adhésion d’une grande frange de la population mais aussi pour avoir la latitude nécessaire de corriger les incohérences et autres erreurs.
Dans ces deux pays, le oui l’a emporté, malgré un rejet plus ou moins prononcé de l’opposition politique qui ne faisait, en réalité, que jouer son rôle. Aujourd’hui, IBK devrait amèrement regretter ce retard coupable. Il devrait, plus qu’aucun autre cadre de ce pays, se rappeler de la grave leçon qu’avait tiré le président Alpha Oumar Konaré lorsqu’il intenta lui aussi de modifier la constitution : « ne jamais réviser la constitution la dernière année d’un mandat ». Car il s’agit d’un moment sensible où très souvent, les frustrations ont pignon sur rue et où l’Etat est débordé par des dossiers brulants.
Toujours rendre public les détails du processus de la révision constitutionnelle
L’Administration IBK voulait-elle faire passer la nouvelle constitution au forceps ? La question mérite d’être posée d’autant plus que le grand public n’a eu connaissance du document qu’après adoption des députés. Pourquoi ne pas se baser sur les premiers pas de la démocratie malienne en organisant, à nouveau, une Conférence nationale pour jeter les bases d’une nouvelle constitution ? En procédant ainsi, le projet aurait bien pu gagner le consensus populaire. Mais, au lieu de cela, la démarche du pouvoir ressemblait à une attitude sournoise et très peu ordonnée de faire adopter une nouvelle Loi fondamentale. Une bonne partie de la population dénonça cet état de fait.
Principal leitmotiv de la révision, l’Accord pour la Paix…. Mais de quel Accord s’agit-il ?
Qu’est ce qui correspondrait à l’Accord pour la Paix dans le projet de révision à part le Sénat ? Rien ! La tentative de révision initiée par le président de la République ressemble plus à un bricolage de forme que de fond. Toute autre innovation ajoutée au projet entre plus dans le cadre de la continuité de l’Administration (Section des comptes, Conseil d’Etat, députés des maliens de l’extérieur, interdiction du nomadisme politique…).
Et d’ailleurs, il se murmure que des sommes faramineuses ont été versées aux groupes rebelles pour obtenir leur adhésion au projet. Si l’information doit être prise avec des pincettes, elle ne doit point choquer de malien. L’Etat du Mali s’est depuis longtemps embourbé dans cette démarche malsaine qui consiste à gâter financièrement les rebelles. Le oui des rebelles, surtout ceux de la CMA, n’est que de circonstance et non d’adhésion.
Le camp présidentiel fait campagne pour le oui avant même l’ouverture de la campagne référendaire
Etonnante scène à laquelle on assiste. Alors que le projet de constitution fut envoyé pour une seconde lecture par la Cour Constitutionnelle et que la campagne est loin d’avoir commencé, l’Etat se presse à défendre le oui, à coups d’affiches et de meetings. Et Cela, suite aux multiples marches et rassemblements des opposants au projet qui demandaient le retrait pur et simple.
La démarche des opposants ne saurait être qualifiée de campagne avant l’heure car pour battre campagne, il faut clarifier sa position pour ou contre le projet. Certainement, se sentant menacé, le camp présidentiel est désormais dans l’arène à travers le slogan ‘oui An sona’ tout en expliquant les grandes lignes du projet de Constitution. Expliquer les contours du projet, c’est ce qu’il fallait faire avant de presser les députés à le voter.
Tout ce remue-ménage prouve amplement, l’impréparation de l’Administration IBK par rapport à cette initiative. Les charrues ont été mises avant les bœufs, et l’on a confondu vitesse et précipitation tout en dansant plus vite que la musique. Le tout en cherchant midi à 14 heures. Une première en Afrique est bien possible ; le projet de révision de la constitution risque fort d’être rejeté par la population malienne.
Ahmed M. Thiam
thiam@journalinfosept.com

Source : aBamako

aBamako

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