Mali Justice Project : Haro sur la violence contre les femmes

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La tête couverte avec un foulard noir légèrement transparent, une victime de violence sexuelle explique comment elle a été enlevée et violée par un ami de sa famille, devenu terroriste au nord du Mali. Le témoignage glaçant de cette dame ayant requis l’anonymat a renforcé la conviction des partenaires de Mali Justice Project, un programme d’assistance judiciaire en faveur des femmes dont le lancement a eu lieu le 27 juillet 2017 à Bamako.
«J’étais enceinte de deux mois, il m’a enlevé et m’a gardé pendant six mois en brousse avec lui. Au bout de six mois, il est venu me jeter dans la rue, et c’est ma famille qui a pris soin de moi », a déclaré la victime devant une salle transie d’émotion. «Je ne pouvais même pas m’asseoir bien à cause des douleurs liées aux abus sexuels que j’ai subis lors de mon enlèvement par l’ami de mon mari», a-t-elle poursuivi.
C’est pour briser le silence autour des crimes de ce genre, afin de rendre justice aux victimes, que Mali Justice Project est né, selon Diawara Bintou Coulibaly, membre du cadre Hakew Sabatili. Ce cadre est un espace de dialogue entre plusieurs organisations de la société civile et les acteurs de l’administration judiciaire dans le but de rendre la justice accessible aux victimes de violence contre les femmes, surtout dans les milieux ruraux.
Plusieurs autres victimes de violence ont eu le courage de témoigner, malgré le regard que la société pourrait avoir sur elles. «J’étais mariée, je partais à l’école à Yirimadio; mais nous sommes allés au divorce parce que je ne m’entendais pas avec mon mari », a témoigné une jeune fille qui porte encore des morceaux de balles dans son corps après une opération chirurgicale devant être suivie pour qu’elle retrouve une bonne santé.
L’ex-mari de la jeune dame ayant regretté, voulait se racheter à travers des négociations qui ont échoué. Et le garçon avait proféré des menaces de mort contre elle avant de passer à l’acte. « Il m’a poursuivi trois fois pour me frapper; à la troisième fois, j’ai porté plainte contre lui. J’ai demandé à la police qu’on face un PV (Procès verbale, Ndlr) pour qu’il soit transféré à la justice. Ils ont négligé pendant quarante jours et il est allé tirer sur moi au marché là où ma mère vend », a expliqué la jeune dame.
Nathan V. Holt, le chargé d’Affaires de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique au Mali, a rappelé que la crise qui frappe le Mali, avec ses conséquences dévastatrices sur la sécurité humaine, oblige à redoubler d’efforts. « Mieux encore, elle oblige à la collaboration et la créativité dans la lutte contre les violences faites aux femmes », a affirmé Nathan V. Holt.
La jeune dame a dû renoncer à ses études de droit privé dans une université publique de Bamako. En attendant, elle doit réunir 18 millions de FCA pour extraire 92 morceaux de balles de son corps « meurtri » alors qu’elle n’a aucun moyen financier.
Soumaila T. Diarra

Source : aBamako

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