Scandale autour de la subvention des engrais : Le DNA et le ministre rattrapés par leurs malices

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Cette année, le gouvernement du Mali a mis 25 milliards de FCFA pour la subvention des engrais, dont 15 milliards de FCFA pour la Direction nationale de l’Agriculture (DNA) et 10 milliards de FCFA pour la CMDT. En plus, le ministre Boubou Cissé vient d’accorder la semaine dernière, 3 milliards de FCFA au ministère de l’agriculture pour la campagne 2017- 2018. Ces 3 milliards viennent donc s’ajouter aux 15 milliards pour le secteur agricole. A la date d’aujourd’hui, cette masse d’engrais fait l’objet d’une gestion des plus ahurissante, tant au niveau de la répartition de l’engrais que de la gestion des cautions octroyées aux fournisseurs, leur permettant d’avoir de l’argent au niveau du trésor. Fait gravissime, les fournisseurs et l’encadrement vendent les cautions sans pour autant livrer l’engrais aux producteurs.

Lors de la campagne dernière 2016- 2017, le gouvernement avait pu relever le défi de la gestion des exonérations et des engrais, à travers une certaine rigueur dans le suivi de la gestion. Ainsi des mesures avaient été prises dont la limitation du nombre de fournisseurs à 12 entreprises, à travers la lettre 011-26 du 20 juin 2016. « Ces 12 fournisseurs ont été retenus sur la base de leurs expériences à la matière », nous indique un cadre du département de l’Agriculture. Une deuxième mesure avait consisté à négocier et à fixer le prix des engrais.
Ce qui a permis de faire une économie de 16 milliards 364 millions 459.300 FCFA sur le prix de cession des engrais aux fournisseurs. Et une troisième mesure consistait le contrôle de la qualité des engrais au niveau des laboratoires au Pays-Bas et aux laboratoires des sols-eaux-plantes de Sotuba, ainsi que la mise en place d’une commission des réceptions des engrais au niveau de toutes les communes, afin de faire le point des quantités reçues et celles enlevées, et la vérification des cautions livrées aux fournisseurs par rapport aux quantités stockées.
A cela s’ajoutent de nombreuses visites des autorités du département au niveau des magasins témoins, des entretiens avec les producteurs pour la satisfaction de leurs besoins, la vérification des quantités d’engrais enlevées et utilisées par les producteurs dans leurs parcelles, la mise en place de commission au niveau des cercles frontaliers pour empêcher la sortie des engrais vers d’autres pays, explique le cadre de ministère de l’Agriculture.
La mise en œuvre de toutes ces mesures qui aura permis à notre pays d’engranger lors de la campagne dernière des productions records de 8 millions 849.551 tonnes de céréales et de 647.000 tonnes de coton graine. A cet effet, notre pays occupe le rang de deuxième producteur de céréale après le Nigeria en Afrique de l’Ouest et du Centre ; et de deuxième producteur de coton en Afrique au Sud du Sahara après l’Egypte.
Le programme de répartition des engrais de la campagne de cette année est arrêté à 147 845 tonnes et a plutôt favorisé des régions moins productives. En outre, c’est que des trafics de cautions sont organisés au niveau des secteurs agricoles. C’est à ce niveau également que les fournisseurs et l’encadrement vendent les cautions sans pour autant livrer l’engrais aux producteurs.
A cet effet, les producteurs venus à la recherche de l’engrais peuvent passer plusieurs jours sans être servis, par ce que l’engrais n’est pas disponible pour les producteurs au niveau des communes et des secteurs agricoles. Mais pourtant les cautions sont livrées par le personnel d’encadrement de la DNA. Au jour d’aujourd’hui les quantités livrées aux paysans laissent à désirer.
Dans la région de Kayes sur un quota de 6.465 tonnes, à peine 50% des engrais sont enlevés et il n’y a apparemment plus d’engrais. Concernant Tombouctou, sur 11.778 tonnes à peine 40% de la quantité est enlevée et là aussi il n’y a apparemment plus d’engrais et pourtant les fournisseurs ont reçus leurs cautions, selon nos sources.
Les efforts du gouvernement consentis pour environ 30 milliards de FCFA risquent de ne rien servir. Les pauvres paysans n’auront tout simplement pas d’engrais, mais les fournisseurs, eux, auront leurs cautions. Avec une telle gouvernance de la production agricole, comment notre pays peut-il avancer ? Est-ce une complicité active entre le Directeur national de l’Agriculture et le ministre sur le dos des paysans ? En plus, le gouvernement seraient entrain de prendre de l’argent avec les mêmes fournisseurs pour battre campagne pour la révision constitutionnelle. Les cadres du monde agricole s’interrogent, ou le DNA prépare sa retraite, ou alors le ministre prépare la campagne de 2018. Affaire à suivre !
Daou

Source : aBamako

aBamako