Pour dénoncer 42 mois de détention sans mandat de dépôt et du dépassement de délai de détention préventive : Trois militaires détenus au Camp I de la gendarmerie en grève de la faim depuis hier dimanche 13 août

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Dans nos parutions précédentes, nous annoncions les conditions exécrables de détention des militaires et paramilitaires détenus au Camp I de la gendarmerie. Aujourd’hui, force est de constater que ce lieu de privation des libertés des hommes en uniformes est un véritable symbole de la violation des droits de l’homme et toutes les dispositions légales du Code de procédure pénale (CPP). Il est caractérisé par des détentions extrajudiciaires, des cas d’expiration de mandat de dépôt, de dépassement de délai de détention préventive en application au dispositif du CPP.

En effet, pour dénoncer ces manquements à la loi et aux droits de l’homme, trois militaires, détenus depuis plus de quatre ans sans mandat de dépôt couplé du dépassement de délais de détention préventive, ont entamé depuis hier, dimanche 13 août, une grève de la faim. Et ce, jusqu’à leur libération pure et simple. Il s’agit du Maréchal des logis (MDL) Aly Mahamane Touré, du Caporal Saïba Lamine Sangaré et du Caporal Hamedy Sissoko, tous arrêtés entre février et mars 2014.

Joints par nos soins, ils nous ont livré les raisons de cette décision qui selon eux constitue la seule voie de montrer à l’opinion publique nationale et internationale les conditions humiliantes et inhumaines infligées, en silence, aux porteurs d’uniformes détenus au Camp I de la gendarmerie et sous le regard complice et coupables de toutes les autorités militaires, administratives et judiciaires de notre pays.

Pour le MDL Aly Mahamane Touré, dans la matinée du 2 mars 2014, pendant qu’il était à son poste, une demande de mise à disposition émanant de la direction de la sécurité militaire lui a été notifiée. Quelques heures après, il s’est rendu à ladite direction où il a été finalement conduit à la direction générale de la Sécurité d’État (DGSE). « J’y ai été détenu pendant plus de quatre mois dans des conditions que je tairais pour des raisons de sauvegarde de l’honneur de ma patrie et non-divulgation de secret. Le 25 juin 2014, cagoulé et menotté, j’ai été conduit par les agents de la DGSE au bureau du juge d’instruction Yaya Karambé où les seules questions qui m’ont été posées étaient celles de mon identité qui ne correspondaient pas avec l’identité de la personne qui en principe devrait se trouver devant le juge », a-t-il renchéri.

Bien qu’étonné de la différence de nom de famille, de l’identité de son père et de sa mère, de sa date et son lieu de naissance, du nombre d’enfants, le juge Karambé a décidé de le placer sous mandat de dépôt sous le prétexte qu’il sera interrogé dans la semaine qui suivra (mois de juin 2014) après avoir apporté les corrections qui s’imposaient. « Depuis le 25 juin, je suis en détention au Camp I de la gendarmerie sans pouvoir me faire entendre par le juge Yaya Karambé, malgré mes multitudes demandes aux autorités judiciaires et militaires du Camp I », a-t-il déploré.

Il rappellera que le 26 juin 2015 soit neuf jours de dépassement de délai requis pour le renouvellement de son mandat, un gendarme, en lieu et place d’un huissier de justice, lui a apporté un procès-verbal de notification d’ordonnance de prolongation de délai de détention, « j’ai fait constater par un huissier de justice le dépassement de délai et j’ai aussi fait mention de cette irrégularité sur ledit procès-verbal avant d’y apposer ma signature. Le 25 juin 2017, conformément au Code pénal et au CPP, j’ai épuisé les limites des trois ans de la détention préventive et près de deux mois de dépassement de délai pour dernier renouvellement, je demeure toujours en détention », a précisé le MDL Touré.

Quant au Caporal Saïba Lamine Sangaré, il dit être arrêté en février 2014 au-delà de minuit dans sa résidence à Kati, en violation de toutes les dispositions légales en vigueur dans notre pays et reconnues dans les pays respectueux des droits humains. À le croire, son arrestation musclée s’est déroulée sous la présence du juge Yaya Karambé en personne. Au cours de laquelle, il dit avoir reçu plusieurs balles au niveau de sa cuisse, de son épaule et de sa tête ainsi des coups de grosses au niveau de sa hanche ayant entrainé une paralysie de ses membres inférieurs pendant plus d’une année. « Après mon arrestation sanglante, j’ai été conduit au domicile du juge Yaya Karambé pour y recevoir des soins. J’ai également reçu des injections dont j’ignore encore la nature, à la suite desquelles j’ai perdu connaissance. Curieusement, à mon réveil, je me suis retrouvé dans les geôles de la DGSE où j’ai été détenu pendant plus de quatre mois dans les conditions inhumaines. Avant d’être présenté au juge le même jour que le MDL Aly Mahamane Touré et le Caporal Hamedy Sissoko, c’est-à-dire le 25 juin 2014 », a-t-il laissé entendre.

Et de poursuivre que depuis ils sont en détention sans être présentés à un juge. Évoquant les raisons de son arrestation, le Caporal Saïba Lamine Sangaré est formel : « Mon arrestation avait un seul but. Elle visait à m’assassiner et faire porter le chapeau au Général Amadou Haya Sanogo. Ma chance a été qu’au moment de mon arrestation j’étais avec ma fiancée et deux de ses sœurs ».

Selon eux, pour dénoncer ces conditions de détention et violation des droits élémentaires, ils ont décidé d’entamer une grève de la faim jusqu’à leur liberation pure et simple, car rien ne justifie leur présence dans les geôles du Camp I sans mandat de dépôt et après le dépassement du délai de détention préventive, comme pour dire plutôt la mort que la honte. Ils se disent convaincus que d’autres détenus entameront également une grève de la faim afin de mettre fin au calvaire infligé aux militaires et paramilitaires détenus au Camp I.

Il convient de noter que tous les pensionnaires du Camp I dénoncent l’absence totale de services pénitenciers. De ce fait, les responsables en l’occurrence le Commandant du service judiciaire d’investigation de la gendarmerie, le Colonel Sékou Sidibé ignorent les règles élémentaires en matière de droits des personnes en détention.

Précisons également qu’informées de la situation qui prévaut au Camp I, des organisations des droits humains sont à pied d’œuvre auprès des plus hautes autorités du Mali pour ériger le Camp I en un service pénitencier digne de ce nom.

En attendant la réaction des autorités militaires, administratives et judiciaires, les prochains jours seront déterminants dans l’issue favorable de cette affaire.

Mama PAGA

Source : aBamako

aBamako

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