Ahmed Ouyahia et le dossier du conflit au Mali

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Le Premier ministre M. Ahmed Ouyahia, a reçu le dimanche 27 août 2017, au palais du gouvernement, le représentant spécial du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour la Libye, chef de la Mission d'Appui des Nations unies pour la Libye (MANUL), M. Ghassan Salamé, qui a effectué une visite de travail en Algérie. Les entretiens ont porté sur la situation en Libye, à la lumière des derniers développements intervenus dans ce pays et les efforts déployés en faveur de la mise en œuvre d’une solution politique, visant à préserver l’unité nationale et l’intégrité territoriale, ainsi que la cohésion du peuple libyen. Il a été question également de la nécessité de la réappropriation par l'ONU de son rôle-clé dans l’orientation des discussions entre les parties libyennes. La nomination d’Ouyahia, le 15 août 2017, n’a pas tardé à capter l’attention des analystes les plus avertis. Ahmed Ouyahia a déjà occupé plusieurs fois le poste de chef du gouvernement et de premier ministre. Il a contribué en tant que médiateur, au nom de l’Algérie, à la signature de l’accord de paix entre les autorités maliennes et les mouvements et fronts unifiés de l’Azawad du Mali en 1992 à Bamako. Faut-il voir en la nomination d’Ahmed Ouyahia un traitement différent de la question malienne ? Les raisons de sa nomination se trouvent-elles, à la fois dans son bilan et son parcours africain ? Ouyahia aura-t-il toute la lattitude ou va-t-il redevenir médiateur dans ce dossier sahélien ? Comment gérer un chantier malien vieux de plusieurs années ? La visite du représentant onusien en Algérie intervient après l’adoption d’une résolution (la situation en matière de sécurité dans la région sahélo-saharienne), par l’assemblée parlementaire paritaire Afrique Caraïbes Pacifique-Union européenne (ACP-UE), lors de sa 33e session (19-21 juin 2017) qui s’est tenue à Malte. Le texte de la résolution indique notamment que "l’instabilité a été exacerbée par les récents conflits qui ont touché la région, notamment au Mali, au Nigeria, en République centrafricaine et en Libye; que le conflit libyen en particulier a eu de graves répercussions sur le plan de la sécurité régionale; que le retour des combattants et le trafic d’armes en provenance de Libye ont eu des répercussions négatives sur la sécurité de pays tels que le Mali, le Tchad et le Niger, et ont encore considérablement amplifié les difficultés auxquelles la région était déjà confrontée". En outre, la résolution "insiste sur l’importance de la coopération régionale et interrégionale pour résoudre la crise de sécurité au Sahel et dans la région du lac Tchad, notamment en ce qui concerne la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, dont il est regrettable que les progrès soient si lents". Dans le cadre de l’application de cet accord de paix signé en mai 2015, certaines dispositions ne peuvent être guidées sans un aménagement législatif ou constitutionnel. Ces entraves politiques et juridiques ont orienté le Président malien à envisager la révision de la constitution dans le but de corriger les insuffisances et les lacunes révélées par la pratique institutionnelle, notamment. Toutefois, une question se pose : quels sont les enjeux d’une révision constitutionnelle imposée par l’accord d’Alger ? L’article 3 de l’accord issu du processus d’Alger (2015) mentionne que "les institutions de l’Etat malien prendront les dispositions requises pour l’adoption des mesures règlementaires, législatives, voire constitutionnelles nécessaires à la mise en œuvre des dispositions du présent Accord, en consultation étroite avec les Parties et avec le soutien du Comité de suivi prévu par le présent Accord". Le projet de révision de la constitution du Mali secoue depuis plusieurs mois la scène politique. Dans un message à la nation malienne, que le président Keita a adressé le vendredi 19 août, il a annoncé qu’il va surseoir finalement au projet de révision constitutionnelle. Les échanges de points de vue et les arguments développés, au cours de ces derniers mois sur le contenu de la loi portant révision constitutionnelle et sur l’organisation d’un référendum pour l’adopter ont agité la classe politique : le rapport général de la conférence d’entente nationale qui s’est tenue du 27 mars au 02 avril 2017, à Bamako (Mali) formule plusieurs recommandations générales : la prise en compte dans la révision de la Constitution de toutes les dispositions de l’Accord à portée nationale, notamment. Selon les travaux menés par l’assemblée nationale du Mali, une partie de l’opposition politique conteste le projet de révision constitutionnel avec comme arguments entre autres que l’article 118 de la constitution de 1992, "s’oppose à toute révision quand il est porté atteinte à l’intégrité du territoire national". Le gouvernement malien n’ayant pas réussi à convaincre les avantages que la révision constitutionnelle apporterait au rétablissement de la paix, au renforcement des institutions et à l’amélioration de la gouvernance, a décide de surseoir à l’organisation d’un référendum sur la révision constitutionnelle. Cette déstabilisation politique qui prévaut au Mali se propage dans les Etats frontaliers, il est indispensable de consolider la coordination à l’échelle de la région, de façon à combattre les dangers qui guettent le Mali. Le dernier rapport du secrétariat général de l’ONU sur la situation au Mali du 6 juin 2017 souligne que "le renforcement de la coordination entre les forces maliennes et françaises, le G5 Sahel et la Minusma sera essentiel, tout comme l’officialisation de la coopération régionale en matière de sécurité, notamment grâce à un pacte de sécurité". Cependant, deux interrogations méritent d’être posées : 1/ Comment résoudre la problématique de l’adaptation et du partenariat entre le CAERT, le CEMOC et le G5 Sahel ? 2/ Comment aboutir à un pacte, persuader les partenaires et porter dès septembre prochain, devant l’assemblée générale des Nations unies ce projet, alors que l’adhésion multiple est créatrice à ce niveau davantage de rivalités que d’un regroupement ? Les résultats sur le terrain sont amplifiés par les désaccords politiques entre les Etats de la région sur les réponses à apporter au défi sécuritaire. Pour ne prendre qu’un exemple concret parmi les questions abordées : étudier la possibilité de revoir l’article 29 de la constitution algérienne qui stipule que "l'Algérie se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d'autres peuples. Elle s'efforce de régler les différends internationaux par des moyens pacifiques". À quelques jours de la 72e session de l’Assemblée générale de l’ONU, qui s’ouvrira le 12 septembre prochain à New-York (ONU), qui portera la voix du régime politique algérien à la tribune des Nations unies ? Affaire à suivre. Benteboula Mohamed-Salah, géographe. Auteur du livre "La diplomatie algérienne à deux têtes" Source : Africatime Africatime

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