La Belgique joue un rôle de premier plan au Mali et au Tchad: mais pourquoi doit-on être présent sur place?

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Cette semaine, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders s'est rendu au Mali et au Tchad, deux pays du Sahel confrontés au terrorisme et où la Belgique joue un rôle de premier plan. Nos envoyés spéciaux Jean-Pierre Martin et Xavier Gérard ont accompagné cette visite diplomatique pour RTL. Deux ânes paissent tranquillement à proximité du fleuve Niger quand un hélicoptère de l'ONU vient perturber leur tranquillité. Quelques dizaines de mètres plus loin, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders se pose au centre d'entraînement Boubacar Sada Sy de Koulikoro, dans lequel 186 soldats belges participent à la mission européenne de formation EUTM Mali. Ce n'est pas la première fois qu'un responsable politique européen de haut rang fait le déplacement jusque Koulikoro. En décembre 2014, le ministre de la Défense Steven Vandeput s'était rendu sur place. Des ministres espagnols et allemands, les deuxième et troisième contingents les plus importants après celui de la Belgique, sont aussi venus visiter les installations au sein desquels 576 militaires assurent, encadrent et protègent la formation de soldats des Forces armées maliennes (FAMa). Depuis avril 2013, plus de 11.000 soldats maliens ont été formés ici, soit environ un tiers des effectifs du pays. Deux généraux belges dirigent les opérations militaires La Belgique assure le commandement militaire de la mission depuis juillet 2016. Les généraux de brigade Eric Harvent, Peter Devogelaere et Bart Laurent se sont succédé à la tête de l'EUTM depuis lors. Ce dernier est entré en fonction le 12 juillet 2017 et se dit très satisfait des hommes placés sous ses ordres. "C'est une fantastique expérience de travailler avec 28 nationalités différentes", explique-t-il. "Il y a évidemment des défis à relever dans ce genre d'organisation, mais la collaboration se passe très bien". Le colonel Christian Vanhove, commandant de l'Education Training Task Force, loue la mentalité des soldats maliens. "Ils sont très motivés et apprennent très vite! Ils sont également très reconnaissants et tissent de vrais liens d'amitié avec leurs instructeurs", raconte-t-il après que l'un de ses "élèves" le salue en souriant sur son chemin. Sur le terrain, le sergent malien Mamadou Samba Coulibaly affiche son enthousiasme quant à la formation, qui allie "la doctrine malienne à l'expérience européenne". Une doctrine qui consiste en fait en l'adaptation aux besoins, nous glisse-t-on à l'oreille. Le sous-officier se dit convaincu que cette mission permettra à terme d'assurer la victoire des forces gouvernementales sur les groupes djihadistes qui ont pris pied dans le nord du Mali depuis janvier 2012. La formation des soldats maliens peut durer de trois à douze semaines selon son objet: infanterie, artillerie, logistique, instruction ou encore guidage aérien. Le plus gros bémol concerne le matériel des FAMa, souvent daté et en portions congrues. Ce jour-là, des artilleurs font une démonstration à l'occasion de la visite du ministre. Ils s'activent autour d'un obusier soviétique D30, ce qui fait sourire le lieutenant-colonel Lieven Geeraert, responsable de la formation pratique et des forces de protection à Koulikoro. "Il y a 30 ans, nous devions étudier ce type d'armes parce qu'on risquait d'y être confrontés en cas de conflit. Aujourd'hui, nous formons les Maliens à les employer". Assistant à un exercice d'infanterie, il salue lui aussi l'énergie investie par les soldats maliens dans leur formation. Il déplore cependant que la mission ne soit pas étendue aux écoles maliennes militaires, interarmes et des sous-officiers. "Nous pourrions ainsi convaincre les cadres de l'armée du modèle de leadership, ce qui percolerait jusqu'aux soldats". Les soldats belges ravis Les soldats belges sont également ravis de l'expérience africaine acquise pendant la quinzaine de semaines de service à Koulikoro. L'un d'eux souffle qu'ils sont bien plus utiles au Mali qu'à faire le pied de grue devant les ambassades installées à Bruxelles, dans le cadre de l'opération Vigilant Guardian. La délégation se rend alors à l'hôpital de campagne du camp, placé sous responsabilité allemande. Le colonel Vanhove le présente comme "la meilleure unité médicale du pays". L'hôpital répond aux standards allemands, qui sont sans doute les plus élevés au monde de ce domaine, ajoute-t-il. Les installations sont pourvues entre autres de deux blocs opératoires et d'un cabinet de dentisterie. Soixante personnes y travaillent, dont des chirurgiens, et une trentaine de patients pourraient être accueillis en cas de crise, "même s'il y a très rarement plus de deux personnes alitées en même temps", nous explique l'officier. L'établissement est évidemment réservé en priorité aux militaires, mais des civils de la région peuvent être soignés ici en cas d'urgence médicale. Si les soins médicaux requis sont plus importants, le blessé doit être préparé pour être transporté jusqu'en Europe le plus vite possible. A la cantine, des soldats belges, allemands, lettons, britanniques, grecs et mêmes serbes et monténégrins font la file pour prendre leur dîner. Les Maliens disposent d'un autre réfectoire dans le camp. Plusieurs enfants jouent à proximité, alors qu'une mère garde un oeil bienveillant sur eux quelques mètres plus loin. Les familles des soldats locaux sont en effet autorisées à entrer dans le site. Les Européens ignorent leur nombre exact, mais des précautions et des renseignements sont discrètement pris, fait savoir un militaire. La Belgique cédera le commandement de l'EUTM Mali à l'Espagne à la fin du mois de janvier 2018. La présence belge va alors considérablement se réduire, passant de quelque 180 militaires à une vingtaine seulement. Parallèlement, l'engagement belge s'intensifiera dans la mission onusienne de maintien de la paix MINUSMA, au nord et au centre du Mali, actuellement commandée par le général-major belge Jean-Paul Deconinck. Source : aBamako aBamako

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