Ibrahima Poudiougou : Antè a bana une manière d’exprimer le refus »

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Entretien. Derrière la victoire des opposants au projet de modification constitutionnelle, ce chercheur décrypte la revanche des "cadets sociaux". Explications. Après plus de deux mois de grogne sociale, Ibrahim Boubacar Keïta a fini par jeter l'éponge. Le 19 août dernier, il a abandonné son projet de réviser la Constitution malienne de 1992. « J'ai constaté que ce qui était à l'origine des divergences est hélas devenu au fil du temps de profonds clivages menaçant d'ébranler durablement notre cohésion nationale. J'ai enregistré avec inquiétude la montée des radicalités », a déclaré le chef de l'État malien. Cette révision constitutionnelle, présentée comme une tentative de moderniser l'État, était notamment inscrite dans l'accord de paix signé entre le gouvernement, les groupes armés pro-Bamako et l'ex-rébellion à dominante touaregue du nord du pays. Adopté le 3 juin à l''Assemblée nationale, le projet devait être soumis à référendum le 9 juillet. Il prévoyait notamment la création d'un Sénat et d'une Cour des comptes. Mais ses détracteurs, dénonçant un texte qui autorise le chef de l'État à nommer un tiers des sénateurs ainsi que le président de la Cour constitutionnelle, s'y sont obstinément opposés. En juin et en juillet, des milliers de personnes se sont mobilisées à l'appel de la plateforme Antè a Bana – Touche pas à ma Constitution, un rassemblement hétérogène de militants de la société civile, d'artistes ou d'hommes politiques. Les images d'une marée humaine investissant les rues de Bamako ont inondé les réseaux sociaux. Face à eux, des partisans d'une révision constitutionnelle ont aussi battu le pavé. Pour le jeune chercheur malien Ibrahima Poudiougou, la mobilisation en faveur du « non » à la modification de la Constitution a inauguré une forme d'interpellation inédite des autorités politiques et religieuses et des notabilités, en bousculant la tradition, et en n'hésitant pas à choquer. « La période où le respect lié au fait d'avoir un âge avancé et d'être entouré de milliers de soutiens semble bien révolue », écrit-il dans un article publié sur le site Le Sahélien. Chercheur associé à la chaire d'études africaines comparées de l'Université Mohamed VI polytechnique de Rabat et membre de la Mission ethnologique italienne en Afrique subsaharienne de l'université de Turin, Ibrahima Poudiougou revient sur ce mouvement social malien pour Le Point Afrique. Le Point Afrique : pouvez-vous présenter le mouvement « Antè a bana - Touche pas à ma constitution » ? Ibrahima Poudiougou : Le slogan « Antè a bana » signifie littéralement en bambara « non, c'est fini ». C'est une manière d'exprimer le refus, et en l'occurrence, celui de toute modification de la Constitution. D'où sa transposition en français : « Touche pas à ma Constitution ». Ce mouvement a rassemblé des acteurs d'horizons divers. On y retrouve des rappeurs contestataires de la vieille école, tels que Master Soumy et Ramsès da Maarafa. En 2012, lors du coup d'État militaire, ils avaient sorti un morceau dans lequel ils interpellaient les autorités politiques maliennes, donc il y avait déjà ce substrat. Le mouvement a aussi été incarné par Ras Bath. C'est un animateur radio qui a glissé assez récemment vers la dénonciation dans ses chroniques, en pointant le manque de vision collective voire l'incompétence des responsables politiques, à un moment où chaque décision des autorités échouait ou tombait à l'eau… Comme si les hommes politiques lui avaient donné le bâton pour se faire battre. Il a réussi à gagner l'opinion et à capter la jeunesse de Bamako, non pas parce qu'il disait quelque chose de nouveau, mais parce qu'il osait dire tout haut ce que nombre de Maliens pensaient tout bas. Dire par exemple ouvertement d'un ministre qu'il est « voleur », « indigne », ou « irresponsable », peu de gens osent le faire au Mali. Parmi les autres acteurs de la plateforme « Antè a Bana » se trouvait aussi Madou Kanté, l'auteur de l'émission « Madou Ka journal » diffusée sur Youtube. Il est connu pour ses critiques très virulentes de la politique. On a vu aussi des représentants de l'opposition tels que Soumaïla Cissé ou Oumar Mariko rallier la plateforme, ainsi que plusieurs associations. Lire la suite sur : http://afrique.lepoint.fr/actualites/ibrahima-poudiougou-ante-a-bana-une...
  Source : Africatime Africatime

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