Passe d’armes entre parlementaires au sujet des Collèges Horizon : L’opposition rate le coche

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Le lièvre levé par le député de la majorité, le président de la commission des législations Zoumana N’Tji Doumbia, sur la problématique des établissements scolaires ‘Collège Horizon’, a refait surface à l’hémicycle à travers une autre interpellation du gouvernement sur le même sujet. L’opposition en a ainsi fait ses choux gras, mais il n’est point évident qu’elle ait réussi à le savourer à hauteur d’attente. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tenté une récupération. Peu satisfaits de se délecter des divergences entre l’Exécutif et sa propre majorité parlementaire sur la question, les députés VRD, SADI et ADP, etc., ont choisi d’enchaîner en braquant à nouveau les projecteurs sur le Gouvernement. Pour son second passage à l’hémicycle sur le même sujet, ce dernier a eu recours à un autre format avec le recours aux ministres en charge des Maliens de l’extérieur et de l’Administration territoriale pour épauler celui de l’Education. Mohamed Ag Erlafet ses collègues ont ainsi tenu la dragée haute aux compagnons de Soumaìla Cissé, lesquels se sont probablement encombrés d’une démarche superflue pour n’être pas allés plus loin que les mêmes refrains déjà rabâchés : la fermeture des établissements turcs d’obédience Fetullah Gülen ainsi que ses conséquences sur plus de 3000 élèves et leurs enseignants nationaux, puis les motivations profondes de cette mesure gouvernementale. Autant de questionnements sur lesquels le ministre de l’Education a dû se répéter dans ses réponses, en rassurant les parlementaires sur l’alternative satisfaisante que représente la ‘’Fondation Maarif’’, une structure conçue par l’Etat turc pour combler le vide que pourrait engendrer la suppression des Collèges. Le ministre Ag Erlaf a notamment indiqué qu’un peu partout en Afrique l’expérience s’est avérée concluante avec une nette augmentation des effectifs due à une baisse des tarifs de scolarisation sans incidence sur la qualité de l’enseignement. Et de laisser entendre, par la même occasion, que les mêmes gages ont été données par la partie turque et sont consignés dans un protocole qui fixe les bases juridiques de la reprise des établissements litigieux. Raison parmi tant d’autres, selon le ministre, pour que le gouvernement accède à la requête des autorités turques pour mettre un terme à l’aventure des ‘Collèges Horizon’. Qui plus est, poursuit-il, leurs promoteurs traînent les préjugés et présomptions de contribuer à la culture du prosélytisme, entre autres arguments évoqués par les officiels turcs en soutien à leur sollicitation de leur fermeture. Quid de l’attitude de la partie malienne en cas de prestation moins satisfaisante que l’ancienne formule ? À cette question d’un député de l’opposition, le ministre n’a point tremblé en rétorquant que les parents d’élèves peuvent toujours recourir aux nombreuses écoles privées qui pullulent au Mali ou même aux écoles publiques, capables d’offrir un enseignement tout aussi performant en disposant de la même manne financière que les ‘Collèges Horizon’ engrangent auprès de la clientèle malienne. Cette réponse – tout comme les autres développements et détails apportés par le représentant du gouvernement – n’auront pas été suffisants pour que la séance d’interpellation soit préservée d’échanges de propos alambiqués entre opposition et majorité. La passe d’armes est allée plus loin que les chahuts ordinaires lorsque que le député Kané, élu sous les couleurs du PRVM, a sans ménagement qualifié le Mali d’Etat voyou et de démocratie bananière indigne du respectable legs des pères de l’indépendance en matière de relations internationales. Et d’en déduire que le “ministre de l’Education devrait démissionner” pour avoir déshonoré le Mali et que la salle des plénières de l’hémicycle ne mérite plus d’être associée au nom d’une figure historique comme Modibo Keita. Il n’en fallait pas plus pour déclencher un torrent de réactions de la part de la majorité. “Une démocratie bananière avec une opposition dotée d’un statut”, a relevé le ministre de l’Education, tandis que la plupart des députés de la mouvance présidentielle ont dénoncé une opposition peu responsable, peu courageuse et moins constructive qu’elle n’est prompte à récupérer les situations. C’est l’accusation portée en l’occurrence par Hadi Niangadou, député élu en commune II, qui déplore que le camp adverse se préoccupe plus du sort d’une école privée turque pendant que des dizaines de milliers d’enfants sont déscolarisés du fait de la crise ou du phénomène islamiste selon qu’ils sont du nord ou du centre du pays. Même son de cloche du côté de sa collègue du groupe RPM, Belco Samassekou de Mopti. Pour elle, l’opposition n’a nul droit de nier au pouvoir la prérogative de juger des choix diplomatiques qu’il croit bon pour les citoyens. Une position respectivement défendue par le 1er vice-président de l’AN Moussa Timbiné ainsi que par le ministre Abdramane Sylla assurant l’intérim de celui des Affaires Étrangères. Le second a soutenu en substance que “Les pays ont des intérêts à préserver”, après que le premier a déboulé en ces termes : “Le peuple a plus intérêt dans la consolidation de ses rapports avec l’Etat turc qu’avec un groupe de particuliers”. Et le ministre Tieman H. Coulibaly de l’Administration territoriale de renchérir en insistant sur les motivations sécuritaires de la démarche des autorités maliennes, en s’engageant par la même occasion de travailler à “démasquer” d’autres niches de prosélytisme à travers le pays. Ainsi étouffée par la salve de répliques qu’elle a elle-même provoquée, l’opposition parlementaire devrait avoir appris à ses dépens que l’opportunité de porter un coup compte autant que la force de frappe en politique. En réduisant les problèmes de l’école malienne à la seule dimension des Collèges Horizon, elle donne pour le moins l’impression d’être plus portée sur le sensationnel que la réelle portée publique des sujets. A Keïta Source : aBamako aBamako