Secteur Socio-sanitaire au Mali : le ras-le-bol du d’un jeune médecin Face aux mauvaises conditions d’accueil des patients

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Face aux mauvaises conditions d’accueil des patients et de leurs proches…Dr Brehima Cissoko, nutritionniste diététicien dénonce avec responsabilité le comportement de certains de ses confrères.  L’accueil du patient et de son entourage est le premier soin. Sa qualité influence la relation future. Il est le lien qui lui permet de s’exprimer tout au long du séjour et favorise un climat de confiance entre le soignant et le soigné.

De nos jours, personne n’est sans savoir que l’accueil des malades figure au nombre des facteurs négatifs de la politique sanitaire de notre Pays. Alors que ce volet demeure un principe de valeur parmi les fondamentaux de la santé, dans les hôpitaux publics de Bamako, voire les unités sanitaires des villes et villages de l’intérieur, la situation n’est guère reluisante. En réalité, nombreux sont les personnels de  santé qui ne réservent pas un bon accueil aux patients et leurs accompagnants. Au Mali, les soins de santé aux malades restent un fait complexe dans les hôpitaux. Les gens viennent à l’hôpital parce qu’ils ont un problème de santé et il y a des personnes qui ont choisi comme métier d’aider ceux qui souffrent. Malheureusement, après leur formation elles voient, vivent et pratiquent ce choix différemment. Les malades arrivent et on les traite comme si c’était une faveur qu’on leur faisait. Chers collègues agents de santé, l’admission du malade dans un hôpital est une période difficile pour le malade et son entourage. En effet, ils sont généralement inquiets ; l’attitude et le comportement du personnel hospitalier jouent un grand rôle. Un accueil aimable et un intérêt réel pour le malade l’aide à surmonter son désarroi. Accueillir le malade avec amour et compréhension n’exige pas un surcroît de travail. De plus, il est important que le malade puisse conserver son identité personnelle. Des attitudes peu orthodoxes de certains praticiens ne font que rendre les clients plus malades. Le problème d’accueil se pose aujourd’hui dans tous les hôpitaux et centres de santé au Mali, alors que le bon accueil est un gage de la qualité des soins. Le sens de l’accueil, c’est le respect de l’éthique et la satisfaction des citoyens car c’est une façon de comprendre ou d’accepter le contrat de soins établi entre patients et soignants. En effet, l’accueil dans nos hôpitaux est devenu une pratique en voie de disparition ou prend d’autres formes, alors qu’autrefois dans nos sociétés traditionnelles, voire de nos jours dans les campagnes, l’accueil est naturel et spontané. Malheureusement, dans nos cités urbaines il est devenu une valeur marchande et dans les structures hospitalières la dimension est tout simplement scandaleuse. L’accueil étant un aspect des relations humaines en milieu hospitalier, le malade a besoin d’une ambiance sympathique, il doit avoir l’impression qu’il est attendu, considéré et respecté. Le comportement du personnel donnera l’impression favorable d’être accueilli en hôte et traité avec courtoisie et discrétion, impression dont il gardera le bienfait par la suite. Accueillir bien le patient et son entourage, c’est faire preuve de respect de la déontologie médicale et de professionnalisme dont les racines remontent à Hippocrate et que je voudrais vous résumer en trois grands principes : Principe de la primauté du bien-être des patients : Ce principe repose sur la volonté de servir les intérêts du patient. L’altruisme contribue à la confiance qui est essentielle au rapport soignant-soigné. Les forces du marché, les pressions de la société et les exigences administratives ne doivent en aucun cas compromettre ce principe. Principe de l’autonomie des patients : Les agents de santé doivent respecter l’autonomie des patients. Ils doivent être honnêtes avec ceux-ci et les habiliter à prendre des décisions avisées sur leur traitement. Les décisions des patients sur leurs soins doivent être prépondérantes, sous réserve qu’elles soient conformes à la déontologie et qu’elles ne donnent pas lieu à des demandes de soins inadaptés. Principe de la justice sociale : La profession médicale doit promouvoir la justice dans le système de soins de santé, notamment en assurant la répartition équitable des ressources destinées aux soins de santé. Les agents de santé doivent s’évertuer à éliminer toute discrimination dans les soins de santé, que celle-ci soit fondée sur la race, le sexe, la situation socio-économique, l’ethnicité, la religion ou toute autre catégorie sociale. Chers confrères de la santé, nous devons améliorer la satisfaction de nos malades par la qualité d’accueil et d’orientation. Ceci permettra l’accès facile aux soins et favorisera une fluidité des mouvements à l’intérieur du centre hospitalier. Les perspectives à mon humble avis sont les suivantes :
  • Les cadres des milieux hospitaliers, dont particulièrement les administrateurs et les Chefs de service ont un rôle déterminant et des responsabilités précises dans la définition des missions, des orientations et du système de valeur de l’organisation en regard de l’accueil des patients et de leur entourage.
  • Les administrateurs des milieux hospitaliers doivent favoriser par tous les moyens possibles mis à leur disposition, la formation continue de tous les soignants pour que ces derniers puissent augmenter leurs habiletés et leurs compétences en lien avec l’accueil des patients.
  • Des outils validés et faisant l’objet d’une évaluation régulière doivent être mis à la disposition des soignants dans le but de baliser les pratiques d’accueil des personnes.
  • Les pratiques professionnelles rencontrant les critères de qualité doivent être reconnues et valorisées par l’ensemble de l’organisation des soins.
Le bon accueil dans nos structures sanitaires est synonyme d’humanisation des soins de santé. Il serait plus que nécessaire que de larges campagnes de sensibilisation s’imposent afin de rappeler à l’ordre tout le personnel hospitalier. Il doit être une affaire de tous et un pôle qui doit travailler avec toutes les équipes de santé. Je conclu ce passage avec une citation personnelle que j’ai élaborée lors de la 3ème édition de la semaine du médecin malien : « Être médecin est un sacrifice. … un don de soi. Ce sacrifice n’a d’égal que la satisfaction du patient. Le médecin se doit d’être la terre sur laquelle les patients doivent marcher, il doit être le soleil qui éclaire le chemin des patients, il doit être ce baobab pour offrir de l’ombre aux patients, encore faut-il le dire, il doit être patient lui-même avec les patients. Il ne saurait avoir de grand médecin sans patience. Être médecin, c’est être patient ».  Dr Bréhima CISSOKO, Médecin Nutritionniste diététicien ============== Concours d’entrée à la fonction publique: l’anticipation de la date des examens des D.E.S en médecine fait des mécontents Quelques semaines après le lancement du concours d’entrée à la fonction publique,  les coordinateurs  des Diplômes d’Études Spécialisées (DES) ont décidé d’anticiper la date des examens des étudiants finalistes. Initialement prévue du  23 au 27 octobre, ils comptent le faire du 03 au 04 octobre 2017. A la faculté de médecine, l’anticipation du concours d’entrée à la fonction publique fait  monter le mercure. Certains DES sont très remontés contre leurs coordinateurs. Pour ces derniers,  cette anticipation risque de diminuer considérablement leur chance d’accès à la fonction publique. ‘’Cette décision  d’anticiper la date des examens se fera au détriment de certains anciens DES qui sont déjà sur le marché de l’emploi’, dénonce un DES, sous couvert d’anonymat ’’ Et de craindre du favoritisme vis-à-vis de ceux qu’il qualifie de ‘’protégés’’ des coordinateurs. ‘’Nous avons des bonnes raisons de nous inquiéter car certains de nos encadreurs ont leurs protégés dans le lot. Pourtant, ce sont eux (les encadreurs) qui auront en charge le choix et la correction des sujets’’déplore-t-il. Notre informateur a ému le souhait d’une implication des  autorités compétentes, notamment les départements en charge de la question pour le maintien du concours à la date initiale. Cependant cet argument n’est pas partagé par tous les DES. Car, un autre DES  en cours de formation, fustige les allégations de favoritisme et revendique l’ouverture du concours à tous les candidats éligibles. ‘Nous sommes tous des Maliens et avons tous le droit de postuler aux différents concours’’, conclut-il. KANTAO Drissa Source : Maliweb Maliweb
  • Dr TENKIANO Moise S. D

    Mon cher ami Dr CISSOKO, c’est un réel plaisir de te lire et de partager cette analyse que je trouve assez exhaustive d’une situation qui gangrène la quasi totalité des structures de soins en Afrique. Tu exposes bien le problème au Mali mais crois-moi cette haute trahison des valeurs nobles de la médecine n’est pas seulement un problème propre au Mali. Il s’agit d’une pandémie comportementale qui touchent les professionnels de santé en Afrique or rien qu’en faisant un feed-back sur ce qui est de notre médecine traditionnelle, on retrouve sans ambages les grandes valeurs humaines qui ont toujours caractérisées le guérisseur. Aujourd’hui nous qui devrions être le pont entre la tradition et la modernité, nous qui avons appris la médecine moderne et prestés le serment d’Hippocrate avec tout ce que cela implique, que sommes-nous devenus? Et que faisons-nous de notre métier ? Quelle image voulons donner à notre métier ? Avec ma petite expérience, je sais que 90% de nos bons diagnostics se posent en écoutant nos malades, en leur observant , en partageant leurs douleurs bref en étant plus proches d’eux. Cela n’est pas possible si le malade n’est pas bien reçu, s’il n’est pas mis en confiance pour se confier, ce n’est jamais aussi possible si le médecin n’a pas pour objectif premier de soigner car les soins commencent dès la réception du malade. Pour te rejoindre pleinement mon cher ami, je finirai en affirmant que ce n’est pas notre aptitude qui déterminera notre latitude dans ce métier mais plutôt notre attitude.
    Par ton ami de la Guinée-Conakry, Dr TENKIANO Moise