Souleymane Traoré, président de l’association d’appui aux communautés de base : « Le taux de scolarité en est une chose et le niveau en est une autre »

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Dans notre livraison du mercredi 27 septembre sur l’Association d’appui aux communautés de base, cette fois ci, nous avons reçu le président de la dite association pour une interview afin de donner plus d’informations sur cette association qui existe depuis 2009 et qui est entrain d’apporter une expérience remarquable dans l’apprentissage de base. Il s’agit de Souleymane Traoré, professeur d’enseignement secondaire et président de l’A.A.C.B. Entretien ! Pouvez-vous nous parler de l’Association d’Appui aux communautés de base ? L’Association d’appui aux communautés de base a été tout d’abord un regroupement dans les Communes rurales pour venir en aide aux couches les plus vulnérables qui sont les femmes, les jeunes qui s’adonnaient à la coupe de bois mort. Donc, nous avons jugé nécessaire par les activités comme la fabrication du savon, la fabrication d’acide de batterie et la transformation de certains produits de base comme le karité en savon pour soulager la peine de ces populations. Ce sont là, les premières activités. En 2019, nous avons obtenu un récépissé qui nous permet désormais d’apporter notre expérience dans le milieux scolaire, parce que ce volet nous a beaucoup intéressé compte tenu de la dégradation du niveau des élèves notamment dans les Communes rurales où il y a une crise notoire d’enseignants, donc nous nous sommes beaucoup appesantis sur ce problème là. Votre association a mis un système d’apprentissage en place appeler ‘’Méthode de Singapour’’ que vous continuez de pratiquer dans certains établissements, alors pensez-vous qu’il y a nécessité d’emprunter un autre système pendant qu’il existe déjà un système en place ? Tout le monde est d’avis que notre système scolaire connait une crise très profonde, c’est de notoriété publique. Donc nous avons jugé nécessaire de mettre un système en place parce que le système qui existe déjà ne répond pas en réalité aux attentes des populations et de nos apprenants. Une preuve récente est que, dans le rapport de la Banque mondiale 2017 sur le développement dans le monde, on dit qu’il y a une disparité entre le temps passé à l’école et les acquis en connaissance scolaire et qu’en Afrique au sud du Sahara, le Mali est en queue de pelletons dans le système. Exemple : sur 100 élèves choisis, seuls 7% ont un niveau qui correspond exactement au temps passé à l’école. Cela veut dire que le taux massif de scolarité n’a rien à voir avec le niveau. C’est aussi pour dire que si le taux est une chose, le niveau en est une autre. Spécifiquement, qu’est-ce que cette méthode dite de « Singapour » apporte de plus aux anciens systèmes qui existent déjà ? Cette méthode dite de Singapour, on s’est juste inspiré de ça sinon ce n’est pas ce qu’on appelle du couper coller que nous faisons. Nous avons vu un système qui marche très bien et que tout le monde connait sa valeur dans le monde aujourd’hui, surtout la compétence des acquis dans ce système. Donc nous nous sommes inspirés d’abord de l’approche pédagogique du système qui est basé sur le concret, l’image et l’abstrait, parce que tout part d’une situation concrète. Donc nous, nous avons conçu des documents spécifiques pour vraiment essayer d’amener l’enseignement mathématique particulièrement sur une telle base et qui permet de pouvoir permettre aux enfants de faire des connaissances scientifiques à partir même de nos langues maternelles. On a rendu les mathématiques accessibles et explicables par nos langues nationales. Donc on a conçu des documents à cet effet. Par exemple, avec ce système, on ne dira plus + ou – , mais on a fait l’historique de la théorie des ensembles, les entiers naturels, les entiers relatifs qui sont venus par la suite que l’homme fait le commerce : c’est dire le bénéfice est +, la perte est – et ni perte ni bénéfice c’est 0. Donc nous expliquons tout cela en fonction d’un principe. Avez-vous déjà obtenu des résultats avec ce système ? Alors par ce système, nous avons appliqué surtout le volet verbalisation à partir des terminales TSCE notamment dans les classes des sciences expérimentales et avec des parents d’élèves, nous avons fait l’expérience et les résultats sont très encourageants, puisque tous ceux qui ont subi ce système là de 2015, 2016 jusqu’à maintenant ont pu avoir le Bac avec mention. Certains parents d’élèves comme le maire élu de la Commune rurale de Kalaban-Koro M. Diarra en est un exemple palpant. Il est un parent d’élève, c’est aussi une autorité communale qui a tout fait pour pouvoir sortir sa Commune de l’ignorance en expérimentant d’abord avec ses propres enfants et il est disposé avec la complicité d’autres parents d’élèves à ce que nous propagions l’expérience dans toute la Commune. Nous avons aussi fait des séries de science dans la Commune rurale de Dialakoroba et les résultats sont sans commentaires. Ce système peut permettre à un analphabète de lire dans un intervalle d’un mois. Avez-vous un soutien de l’Etat par exemple le ministère de l’Education ou l’appui des autorités communautaires ? Bon l’appui du gouvernement, nous ne l’avons pas cherché pour le moment, mais nous comptons sur la mobilisation des parents d’élèves et les élèves eux-mêmes pour perfectionner la méthode avant de la proposer à l’Etat. Parlant des parents d’élèves, comment sont vos relations ? Nos relations sont très bonnes et ils sont très satisfaits des premières expérimentations en tout cas pour ceux qui ont bénéficié l’expérience notamment les terminales scientifiques. Dans notre système, nous avons priorisé la verbalisation par ce que, pour nous, l’enfant doit pouvoir verbaliser sa pensée. Pendant les cours, nous recensons également toutes les lacunes chez l’enfant et on en fait un document spécial sur ça pour pouvoir corriger ses lacunes. Souvent quelqu’un qui est en terminale a les lacunes de la 7e année, donc il faut vite revenir sur ça (genre aide mémoire) très rapidement. L’Association a-t-elle les moyens pour appliquer le système dans les six Communes du district de Bamako ? Non, pour le moment nous n’avons pas ces moyens, mais il faut reconnaitre qu’une école est déjà à notre disposition pour que nous travaillions ensemble courant scolaire 2017-2018 c’est le lycée la Chaine Grise. Donc à partir de là, on va voir ce qu’on peu faire. Nous avons aussi une association partenaire qu’on appelle « Tenkegneton » qui est très dynamique. En résumé, nous avons une grande ambition dans ce projet et nous comptons vraiment aller beaucoup plus loin. Amadou Kodio Source : aBamako aBamako

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