Poste du Mali : Vers une mort lente et douloureuse !

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Si, en 2015, la Poste du Mali a fêté en grande pompe les 100 ans de son existence, il nous a été cependant donné de faire le triste constat: tout n’y est pas rose comme certains tentent de le faire croire. En effet, cet héritage colonial, après avoir été longtemps une fierté nationale, se trouve aujourd’hui dans un état critique. D’où la nomination, suite à un appel à candidature, de Waly Traoré en qualité de Président-directeur général de la Poste du Mali, afin de donner un souffle nouveau aux services des Postes, pillés et laissés pour compte. Des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones) à la Poste du Mali, en passant par l’ONP (Office National des Postes), cette structure a connu tous les chamboulements perpétrés par la mauvaise gestion entretenue par ceux-là en qui l’Etat a placé sa confiance. De nos jours, ce service n’a plus son destin entre les mains. Il ressort de l’enquête menée par votre serviteur sur les causes de cette descente aux enfers que n’eut été la malversation financière de certains cadres manipulés par des syndicalistes, les retombées des prestations de ce service permettraient de renflouer les caisses de l’Etat. Faut-il laisser la Poste du Mali mourir à petit feu par la faute d’une poignée de cadres véreux, qui semblent régner en maîtres absolus? Une attention particulière du ministère de l’Economie numérique et de la Communication est fortement nécessaire pour renverser la tendance. Nul ne doute que le ministre Arouna Modibo Touré saura relever ce défi. Lui, qui a toujours su poser son empreinte partout où il est passé. Mieux vaut tard que jamais, a-t-on coutume de dire. Malgré la crise sécuritaire qui sévit dans le pays, une quarantaine de représentations est fonctionnelle sur le territoire national. Face à l’insuffisance des infrastructures routières et de moyens de transport adéquats, les postes et télécommunications rendaient un service de qualité non seulement aux Maliens de l’intérieur, mais aussi et surtout à ceux de la diaspora. En réalité, la Poste était pratiquement le seul moyen pour envoyer de l’argent et autres colis dans les 4 coins du monde et vice-versa, à un moment où on ne parlait ni de Money gram, ni de Western Union. A ce titre, les services des postes participaient au renflouement des caisses de l’Etat. Entre temps, beaucoup d’eau a coulé sous le pont, et voilà la Poste à l’agonie. Pour comprendre les causes profondes de cette situation, votre fidèle serviteur s’est rendu à la Direction générale des postes du Mali. En l’absence du PDG, Waly Traoré, en mission, La Lettre du Peuple a rencontré l’adjoint de ce dernier, en l’occurrence Boubacar Sidiki Traoré. Après avoir décliné son identité et exposé sa démarche au DGA, votre serviteur est ressorti avec une simple promesse de rendez-vous. Aux dires du DGA, une urgence du ministère des Affaires étrangères l’obligeait à se déplacer. Notre interlocuteur a néanmoins promis de nous revenir au moment opportun. Après une semaine d’attente, votre serviteur a décidé de revenir à la charge, en joignant au téléphone le DGA. Ce dernier fera savoir que le PDG a souhaité qu’il n’y ait pas d’écrit sur cette situation, au risque, dit-il, de soulever des tensions. Insatisfait par les arguments du DGA, votre serviteur s’est aussitôt rabattu sur d’autres sources qui ont révélé que de tout le temps, la structure a été confrontée à un problème de management. En effet, racontent nos sources, l’ancien PDG et son adjoint, conscients de leur mauvaise gestion qui a conduit la structure dans le gouffre, ont jeté le bébé avec l’eau du bain, en démissionnant pour aller vers d’autres services où l’herbe est plus verte. En claquant la porte de la Poste, ces deux hommes ont laissé derrière eux un trou de 200 millions de FCFA prélevés sur les salaires des postiers. Cette somme devait être reversée dans la caisse de la mutuelle. Mais rien ne fut, d’après nos sources. Où sont donc parties ces cotisations ? Cette autre cause del’effondrement de la Poste liée à la mauvaise gestion, c’est la réduction des subventions accordées par l’Etat. Selon certaines indiscrétions, il fut des temps où la Poste percevait des milliards à titre de subventions. Aujourd’hui, l’Etat a ramené cette aide à 400 millions FCFA. Et pour bénéficier de ces fonds, il faut faire le parcours du combattant. Aux dires de certaines de nos sources, la structure n’a perçu aucune retombée de la privatisation de la Sotelma sous le régime ATT. Mais, le gros du problème réside dans les querelles de clocher entre les différentes sections syndicales. D’un côté l’UNTM, et de l’autre les postiers affiliés à la CSTM. Durant des décennies, les rivalités entre ces deux camps ont considérablement affaibli la structure. Il nous revient que l’Union nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) a toujours imposé ses principes aux différents PDG qui se sont succédés à la tête de la Poste du Mali. L’attitude du DGA lors du passage de votre serviteur en dit long sur sa mauvaise foi. Il serait en effet manipulé par un certain Seydou Diarra, à la retraite, et qui se prendrait toujours pour le secrétaire général de l’UNTM, section de la Poste. Le nommé Seydou Diarra serait presque quotidiennement présent dans le bureau du DGA et serait l’un des complices de ceux qui combattent les militants de la CSTM, qui dénonçaient la mauvaise gouvernance économique, le clientélisme, le favoritisme et la démagogie au sein de leur entreprise. De 2009 jusqu’à la nomination de Waly Traoré, le secrétaire général des travailleurs de la Poste affiliés à la CSTM n’a jamais bénéficié de bons de carburant. Tandis que celui de l’UNTM avait non seulement droit aux bons d’essence, mais il bénéficiait aussi des cartes de recharge téléphoniques. Autant dire que M. Traoré a du pain sur la planche. Toutefois, avec un management hors pair, les efforts de redressement de ce service commencent à produire leurs fruits. A titre d’exemple, le nouveau PDG, depuis son arrivée, a réussi à arrêter l’hémorragie en ce qui concerne la gestion des cotisations pour la mutuelle. Il fait reverser, régulièrement, dans les caisses de la mutuelle les 3000FCFA prélevés le salaire de chaque travailleur. Aussi, se trouve-t-il que tous les postiers qui ont déposé des demandes de prêt tabaski de 75000FCFA ont eu gain de cause. Toute chose qui était inimaginable il y a 10 ans. Mieux, pas plus tard que la semaine dernière, tous les postiers qui ont fait la demande de prêt de 75000FCFA à 400000FCFA ont eu satisfaction. De nos jours, les deux sections syndicales sont traitées, du point de vue carburant, sur le même pied d’égalité. Cela est également à l’actif du nouveau PDG. Cependant, les postiers ne comprennent pas aujourd’hui, pourquoi Waly Traoré garde dans son équipe ceux-là qui ont poussé la Poste droit dans le mur. Ils estiment que ce n’est pas évident que les collaborateurs immédiats du PDG soient sincères. La volonté de faire renaitre la Poste de ses cendres serait inachevée si des cadres à l’image du DGA, du directeur commercial, du directeur des finances et de la comptabilité sont toujours dans la boîte. A ces obstacles, s’ajoutent l’arrivée des nouvelles technologies de l’information et de la communication, ainsi que les banques. Les TIC ne peuvent jamais remplacer le physique. Les courriers privés et administratifs transportés et délivrés avec tous les risques possibles par toutes sortes de sociétés de transport, à l’image de Sonef, Bani transport, Somatra, CMT, Air Niono, Nour Voyage, Tilemsi, etc..D’où l’urgence de sauver ce service public qui se meurt à petit feu. La Poste a besoin de l’accompagnement de l’Etat pour lui éviter une mort lente et douloureuse.Seule la volonté politique pourra donner du sang neuf à cette entreprise et soutenir le PDG dans sa lancée. Jean Goïta Source : aBamako aBamako

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