Au Mali, Siaka Traoré fait de « la lutte contre l’excision, le combat de sa vie »

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Enfant, il a vu sa mère pratiquer l’excision à Koya, son village natal, dans la région de Koulikoro. Grand, il est devenu l’une des principales figures de la lutte contre cette mutilation sexuelle dans son pays. Portrait d’un homme qui a fait d’une question, considérée jusque-là comme exclusivement féminine, le combat de sa vie. « J’étais jeune. Je me rappelle que dans un village voisin de Koulikoro, 33 filles de la même génération avaient été regroupés pour être excisés. Il y a eu deux décès. J’ai demandé des explications à ma mère qui m’a dit que ce sont des sacrifices pour les 31 autres restantes ». Quand Siaka Traoré, 50 ans, raconte cette histoire, il ne peut s’empêcher de fermer les yeux et s’arrêter de temps en temps pour digérer « la douleur qu’il a ressentie ce jour-là ». Avant de poursuivre : « Pour ma maman, l’heure, c’est-à-dire très tôt le matin, qu’elle avait instruite à l’exciseuse de ce village voisin n’avait pas été respectée. Les sorciers ont ainsi eu le temps de se mêler à la pratique, d’où le sacrifice des deux filles ». Prise de conscience Siaka admet aujourd’hui qu’il croyait alors à ces explications entièrement basées sur la tradition, même si « c’était choquant ». A l’époque, sa mère, exciseuse elle-même, était souvent consultée par les villages voisins sur les jours propices pour procéder à la pratique. Siaka Traoré vit avec ce souvenir jusqu’au début des années 1990, lorsqu’il reçoit un matin dans son magasin à Hamadallaye ACI, quartier d’affaires de Bamako, la visite de Suzanne McLaucas. Directrice de Healthy Tomorrow, une ONG basée à Boston aux USA, cette américaine est connue au Mali pour ses nombreuses activités contre l’excision. « Je la voyais dans le quartier presque tous les jours sur son vélo avec des affiches », raconte-t-il. Ce jour-là, « elle m’a parlé de l’excision, de ses conséquences, des risques que les victimes encourent », poursuit Siaka Traoré. Ce dernier dit avoir tout de suite fait le lien entre ce qu’il venait d’entendre et la scène « atroce » qu’il a vécu quelques années plus tôt près de son village. Il ne s’agissait donc pas de « sacrifices », mais bien d’une pratique qui a mal tourné. « Elles sont mortes d’hémorragie. Elles ont été vidées de leur sang, voilà la vraie explication », se rend-il compte, révolté. Source : aBamako aBamako

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