Passion, simplicité et humilité étaient au RDV du 2ème Café littéraire de la Délégation du Mali auprès de l’UNESCO

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Certains cafés parisiens ont gagné leur réputation parce qu’écrivains, philosophes et artistes s’y retrouvaient pour échanger. C’est dans ces «cafés littéraires» souvent confidentiels que les grands courants de pensée ont été encensés ou disqualifiés. Aujourd’hui, de nombreuses organisations culturelles programment des «cafés littéraires» ouverts au grand public. C’est ainsi que le 5 octobre 2016, la Délégation permanente du Mali auprès de l’Unesco avait initié une rencontre autour de Alioune Ifra N’Diaye pour le lancement de son livre «On ne naît pas Banyengo, on le devient», dans le cadre d’une table ronde sur le thème de la citoyenneté. Le samedi 4 novembre 2017, le public est venu nombreux à la Maison de l’Unesco-Paris pour la 2ème édition du Café littéraire de la Délégation du Mali auprès de l’organisation onusienne. Après les discours officiels prononcés par Oumar Keita, Ambassadeur du Mali auprès de l’Unesco, et Madame N'Diaye Ramatoulaye Diallo, ministre de la Culture, c’est Dougoukolo Alpha Oumar Ba-Konaré qui a donné le rythme à la rencontre et bousculé avec finesse les quatre écrivains du panel : Pr. Diallo Kadia Maïga, auteure de «Des souches microbiennes pour une production de datou amélioré» (2011-Editions Universitaires Européennes), Issa Balla Moussa Sangaré, auteur de «Modibo Keita, la renaissance malienne» (2016-Editions l’Harmattan), Florence Delon, auteure de "Madame Brousse" (2016- Editions Vérone), et Bakary Diallo auteur de «Au-delà des frontières» (2014-Editions La Doxa). La cuisine malienne d’aujourd’hui ne se conçoit pas sans les «cubes» dont la publicité vante les mérites gustatifs. Pr. Diallo Kadia Maïga s’en inquiète depuis longtemps car elle sait l’impact négatif qu’ils peuvent avoir sur la santé. Professeure de microbiologie et de biochimie à la FAST de Bamako, elle a cherché dans le patrimoine culinaire malien les condiments traditionnels que les mamans utilisaient pour faire la bonne sauce. Elle a retrouvé le «da», ou «datou», fait à base de graines d’hibiscus. Outre ses vertus médicinales qui soignent les piqûres de serpent et régulent la tension artérielle, le datou est nutritif et donne du goût aux sauces. Mais il a malheureusement quitté les marmites à cause de son odeur nauséabonde. Pr. Maïga cherche à résoudre cette question de façon scientifique. Quand elle aura finalisé son travail, l’information sera diffusée afin que les cuisinières sachent comment préparer un datou sans odeur, et à terme un produit fini sera mis à leur disposition sur le marché afin qu’elles abandonnent le «cube», cause de biens des maux. Issa Balla Moussa Sangaré, blogueur malien, panafricaniste d’obédience Modibo Keita, Kwame Nkrumah et Julius Nyerere, est le président de l’association des Maliens de Washington (USA) où il est installé depuis 2009. À l’Ecole malienne dont il est «un produit fini», Issa n’a jamais eu la chance de lire une seule ligne au sujet du 1er président de la République du Mali, rien sur l’Histoire pré et post indépendantiste de l’Afrique. Pour pallier ce black-out scolaire total, Issa a décidé de se lancer dans l’écriture d’un ouvrage. Il a entrepris des recherches, et rencontré les contemporains de Modibo Keita, pour écrire un livre accessible à tous, pour pallier le déficit d’information de la jeunesse malienne actuelle sur cette période de l’Histoire, pour l’aider à se ressaisir, et à retrouver ses repères. Issa a terminé son intervention en demandant humblement à la ministre de la Culture de porter son souhait le plus cher auprès des responsables du Mali pour qu’ils instaurent, de l’école primaire à l’université, l’enseignement obligatoire de l’Histoire malienne en particulier, et africaine en général, l’enseignement de l’Histoire vraie. C’est un coup de foudre pour le Mali qui a amené Florence Delon a quitté sa vie en France en 2005 pour vivre dans une maison en banco, avec un simple puits et pas d’électricité, pour vivre à la malienne, dans le village de Fatoma, à 15 kilomètres de Sévaré. En brousse, c’était la misère, la souffrance, la pauvreté. Ecouter, essayer de comprendre, tenter d’accepter ce qui paraît parfois inacceptable en tant que femme toubab, en tant qu’infirmière, ce sont là les belles qualités de Florence. Elle est allée vers les gens, les gens sont venus vers elle, un profond respect mutuel s’est instauré. C’est ce qui leur a permis d’avancer ensemble sur les questions tabous du VIH-Sida et de l’excision, de développer ensemble un programme, et finalement de faire aboutir leur projet dans 62 villages. C’est ce qui a permis de créer un centre de santé communautaire qui leur appartient et que les villageois gèrent encore aujourd’hui. Presque chaque soir, Madame Brousse, comme les gens l’avaient surnommée, confiait à son journal de bord ses remarques, ses sentiments, sans penser qu’un jour elle en ferait un livre. L’idée lui est venue en 2014 quand l’insécurité l’a obligée à quitter le Mali. Il lui a paru nécessaire de partager son expérience avec le grand public. Son livre, elle le dédie aux villageois de Fatoma, à ceux de la brousse, eux «qui n’ont rien et qui vous donnent tout». Son livre témoigne «qu’avec presque rien, on peut y arriver à condition de ne pas le faire pour soi, mais pour les autres, à condition de le faire avec son cœur, avec ses tripes, avec sincérité.» Le récit de Bakary Diallo guide les jeunes qui souhaitent partir à l’étranger. Qu’ils souhaitent partir étudier en France, ou partir «à l’aventure», ils doivent être informés des problématiques qu’il va leur falloir affronter. Anecdotes et témoignages racontent la préfecture, les questions administratives en général, le contexte universitaire spécifique, la rigueur du climat, le rythme de la vie quotidienne, les écarts culturels, tout ce qui fait que chaque jour, chaque mois, chaque expérience, sont des épreuves à surmonter pour celui qui vient d’ailleurs. Bakary sait de quoi il parle, lui qui vit en France depuis 14 ans. De très nombreux lecteurs se reconnaissent dans son récit, mais Bakary souhaite aller au-delà de la jeunesse. Il veut également toucher les parents, car c’est à eux que revient le devoir d’accompagner les enfants qui vivront loin d’eux, dans un monde inconnu. Quand ils peuvent les soutenir matériellement c’est bien, mais c’est insuffisant, car l’épreuve est avant tout morale et culturelle. Passer de l’écriture à la prise de parole en public n’est pas toujours chose aisée pour les écrivains. Ce jour-là, les orateurs n’ont déçu personne. Ils ont su donner envie de lire leur ouvrage car ils ont communiqué leur passion avec fougue, en toute simplicité, en toute humilité. Françoise WASSERVOGEL Source : aBamako aBamako

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