Dr Maxime Houito, representant resident d’ONU femmes au Mali: «Il n’y a aucune disposition dans les religions les plus importantes au Mali qui prône la violence faite aux femmes»

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L’émission «Cour commune» de Mikado FM recevait, il y a quelques jours, le représentant résident d’ONU Femmes au Mali, le Docteur Maxime Houinato. C’était pour parler des « 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre ». Cette célébration entre dans le cadre du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de toutes les formes de violences à l’égard des femmes, qui a été proclamée en 1999 par l’Assemblée générale de l’ONU. Le thème mondiale 2017 est : « de la Paix à la maison, à la paix dans le monde ; une éducation sûre pour tous ». M. Houinato répond ici aux questions de la Radio Mikado FM. Lisez ! Mikado Fm: Bonjour M. Houinato. On sait qu’une journée instituée par les Nations Unies n’est pas sans historique. Alors, pouvez-vous nous parler de l’historique de l’institution de la Journée du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de toutes les formes de violences à l’égard des femmes ? Maxime Houinato : En effet, le 25 novembre comme démarrage de la campagne contre les violences faites aux femmes est une date qui est l’aboutissement d’un long processus de constat, de l’accumulation des violences faites aux femmes sur tous les continents. Il y a des maux qui sont liés au sous-développement et à la situation géographique des victimes. Mais, le cas des violences faites aux femmes est généralisé sur tout le globe. A partir de ce moment-là, c’est depuis 1991 qui a été décidé par l’institut mondial de leadership féminin de prendre deux semaines pour rappeler, pas seulement aux auteurs ou aux victimes, mais à toutes les bonnes volontés que la violence faites aux femmes est un fléau qui doit être anéanti. Nous sommes en train de parler de politique, de pauvreté, d’accès aux services sociaux de base, avec toutes ces questions. La violence faite aux femmes vient comme une distraction majeure, une perte de temps impensable pour l’humanité et qui distrait les ressources de la terre. C’est pour cela que toutes les bonnes volontés sont appelées, pendant deux semaines, du 25 novembre au 10 décembre, à faire quelque chose. Alors, presque 30 ans après, quelle analyse faites-vous du phénomène de la violence faite aux femmes au Mali en particulier ? D’une manière générale, des progrès ont été marqués et qui sont essentiellement de trois ordres. D’abord, au niveau de l’agenda mondial : les violences faites aux femmes n’apparaissaient même pas dans l’ordre du jour des réunions internationales. Aujourd’hui, il n’y a pas de réunions internationales dans lesquelles les questions de violences faites aux femmes n’en ressortent pas. Donc, il y a eu des progrès au niveau de l’agenda et de la mentalité sur le plan mondial. Ensuite, c’est le domaine législatif. Dans beaucoup de pays, il y a des efforts qui ont été faits pour traduire cette prise de conscience mondiale dans les instruments juridiques nationaux et régionaux. A partir de ce moment, les femmes ont pu avoir des recours en se disant que «lorsque je suis victime de violences faites aux femmes, même si la législation a des problèmes pour être mise en œuvre, au moins, elle a le mérite d’exister». Et, les femmes qui ont des capacités peuvent y recourir. Enfin le troisième ordre, se situe au niveau local et, c’est là où les avancées sont les plus mitigées, parce que la résistance est énorme au niveau du mur culturel, religieux et traditionnel, où les efforts se sont heurtés. Il y a très peu de fractures au niveau de ces murs et, c’est là où, je viens dans le cas spécifique du Mali où il y a une résistance plus marquée que dans d’autres pays en Afrique de l’ouest. Ainsi, si vous prenez par exemple la législation sur les violences faites aux femmes, presque tous les pays de l’Afrique de l’ouest ont une loi et, c’est aujourd’hui que le Mali est en train de se lever et de mettre ensemble les ingrédients nécessaires pour faire cette loi. Nous avons eu le plaisir de voir en 2017 que les forces vives du pays se sont levées pour drafter une législation qui est actuellement en train de faire le circuit. Comment expliquez-vous cette lenteur constatée dans la prise de lois contre les violences basées sur le genre ? Cela vient de deux origines principales. La première vient déjà de la façon dont nous avons démarré. Nous avions pris cette lutte comme celle de femmes et nous nous sommes lancés en se disant que c’est effectivement un droit et qu’on ne peut pas imaginer qu’en tant que femmes nous soyons soumises à l’inacceptable. Mais, avec le temps, nous nous sommes rendus compte que c’est une préoccupation qui doit être nationale. Et, c’est à partir du moment où on a compris qu’on ne peut pas faire sans les hommes, que des progrès rapides ont commencé à se faire remarquer. La deuxième est la source traditionnelle. Effectivement, nous sommes dans un pays où la tradition est très encrée. Vous constatez que j’insiste sur la tradition et non la religion parce qu’elle été prise pour couvrir la tradition. Il n’y a aucune disposition dans les religions les plus importantes au Mali qui prône la violence faite aux femmes. A partir de ce moment, on comprend que c’est les perversions et les mauvaises compréhensions de certains individus qui favorisent ces violences. Une autre chose reste le conflit qui est comme l’alcoolique qui dit à haute voix les choses qui trainaient déjà dans son estomac. Ainsi, le conflit permet d’exprimer des tendances qui étaient retenues par le code de bonne conduite. Car, lorsque le conflit éclate, on fait face à l’animalité. Ce n’est pas seulement au Mali. La plupart des pays qui ont connu un conflit ont connu également une certaine résurgence de la violence, surtout basée sur le genre. Alors, on doit faire des efforts pour ramener les normes de la violence dans les pratiques de bonne éducation et de respect. Parce que, le Mali, on ne le dit pas assez, est un pays de culture, d’histoires et, les gens faisaient des chemins depuis l’Asie pour y venir acquérir la connaissance dans l’ancien temps. Donc, toutes ces valeurs qui ne peuvent pas disparaitre ainsi sont encore dans le Peuple malien ; il suffit d’avoir la stratégie nécessaire pour pouvoir les ramener dans la vie quotidienne d’aujourd’hui. Parlant toujours de la commémoration de la date du 25 novembre qui prend fin avec la célébration d’une autre Journée importante, celle des Droits humains le 10 décembre. Et pour que femme et homme s’y intéressent et participent à une vaste campagne dénommée « les 16 jours d’activismes contre les violences basées sur le genre », elle se tient cette année sous le thème «ne laissez personne pour compte, mettre fin contre les violences faites contre les femmes et les filles». Pouvez-vous nous expliquer son sens ? Le thème n’a pas un sens individuel, il a seulement un sens pour le pays en tant qu’Etat et aussi c’est le moment de souligner l’importance que le gouvernement accorde aux questions de violences basées sur le genre. C’est également pour cela que la campagne est sous le leadership du Gouvernement, à travers le ministère en charge de la Promotion de la Femme. Ensuite, c’est un sens pour les Nations Unies et également le moment de magnifier les soutiens dont ONU Femmes bénéficie de la MINUSMA. Tous les chefs d’Agences des Nations Unies sont derrière les femmes du Mali pour pouvoir marquer d’un sceau particulier cette campagne. Il y a un certain nombre de manifestations qui sont prévues de toutes les parts à travers le territoire national pour exprimer le ras-le-bol et l’engagement pour arrêter toutes les sortes de violences, qui marquent la vie de la petite fille et de la femme. Il y aura également des campagnes de sensibilisation au niveau des collèges et lycées pour que la jeunesse prenne la relève. On a aussi des illuminations de monuments à travers la ville de Bamako puisque l’idée c’est d’oranger l’évènement pour que la personne qui puisse voir cela se le rappelle. C’est donc, un rappel mémoire. Ce qui permettra à chacun de se demander ce qu’il peut faire personnellement pour que la campagne soit une réussite et que les actes de violences qu’on a connu ces deniers temps au Mali puissent être des histoires à raconter. Malgré toutes les avancées, les violences contre les femmes sont une réalité. Ces 16 jours d’activismes ont quels impacts sur la lutte au-delà d’exprimer le ras-le-bol ? Les femmes ont passé dans l’ère du concret. Actuellement, on a des indicateurs clairs par rapport aux progrès réalisés dans le domaine des violences faites aux femmes. Cette année, nous avons fait un partenariat avec le ministère de la Justice pour que l’entrée de la femme dans la magistrature soit une réalité. Il faut comprendre que la sensibilisation doit être accompagnée par la répression. Si les gens ne vont pas stopper la violence par bonne volonté ou par compréhension, ils vont le faire par obligation. C’est ce système qu’on doit mettre en place de façon à ce que chacun sache qu’il n’y aura plus d’impunités. Ainsi, ils le feront par la bonne volonté. Justement, si vous jetez un regard sur le dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies, il demande plus d’efforts et d’énergies pour parvenir à l’égalité de sexes et autonomiser les femmes et les filles, notamment sur le plan juridique. Qu’en entendez-vous ? Elles sont confrontées aux défis juridiques ? Effectivement. Le défi juridique, nous le voyons à ONU Femmes comme l’entonnoir qui a un large bout d’une part et de l’autre côté un tout petit. Le large bout c’est les ménages, c’est-à-dire ce qui se passe à la base. Déjà, les violences, pour quitter cette base pour la communauté, en passant par l’hôpital, le commissariat arrivent peu à la justice. Cela pour dire qu’on a au niveau du système des Nations Unies du Gouvernement malien essayé d’élaborer des SOPI, qui sont des procédures standards d’opération qui mettent en place un système de référencement. C’est ce qui fait obligation aux acteurs qui sont sur cette chaine de l’entonnoir pour pouvoir adopter des attitudes et gestes déjà définis. Ces procédures prennent un peu de temps parce qu’il faut qu’on ait l’adhésion de tous les acteurs de façon à ce que le Mali se dote d’un outil qui permette qu’aucun cas ne soit échappé. Ce qui rejoint le thème de cette année qui demande de ne laisser personne pour compte. Avez-vous espoir qu’il y aurait zéro violence à l’égard des femmes ? Absolument ! Comme vous savez, les femmes quand elles attendent quelque chose et tant qu’il n’y a pas de résultats, elles ne se retournent pas. Pourquoi pensez-vous qu’on va se retourner en si bon chemin, surtout qu’on a aujourd’hui l’appui de toutes les forces vives ? Il y a beaucoup de religieux qui sont dans la campagne et qui disent « ne prenez pas le Coran comme excuse, allez chercher vos histoires ailleurs». Alors, les conditions sont réunies pour que le Mali puisse faire des avancées. Mais cela a besoin d’efforts. Parlons après du numéro vert de la police. En partenariat avec la Police Nationale, ONU Femmes a mis en place en 2015 un numéro vert pour que les victimes puissent appeler et dénoncer les cas de violences. Deux ans après, quel est votre propre constat ? Merci de rappeler cela et effectivement, il y a trois étapes : avant, pendant et après la violence. Nous étions beaucoup investis dans l’après violence. Ensuite, nous nous sommes dits qu’il faut intervenir de façon à éviter ces violences, d’où la naissance du numéro vert pour que lorsqu’il y a tension, toute personne puisse appeler et que la police intervienne immédiatement, avec des unités rapides. L’évaluation qu’on a faite de ce numéro vert a montré qu’il a même dépassé en fréquence notre attente. C’est un peu regrettable dans un certain sens puisqu’il y a des actes qui ne sont pas des violences faites aux femmes et qui ont été portés sur ce numéro parce que tout le monde constate que c’est un numéro qui marche. Nous sommes toujours derrière ce numéro pour que l’Etat puisse le prendre en charge afin de le mettre dans son dispositif sécuritaire. Nous avons beaucoup investis aussi sur l’avant et c’est pour cela que nous sommes en partenariat avec l’Association des femmes policières du Mali et cette association fait des campagnes de sensibilisation avant que les actes ne soient posés. On dit toujours que «nul n’est censé ignorer la loi» mais il faut que les gens sachent d’abord la loi. Et votre programme Heforshe, une campagne ou un projet ? Heforshe est une campagne qui intervient sur presque tous les programmes d’ONU Femmes, à savoir sur les violences faites contre les femmes, l’accès des femmes aux services sociaux de base, les femmes business, la politique. Enfin, avez-vous un appel à lancer ? L’appel est pour les hommes, encourager ceux qui ont déjà rejoint la campagne et solliciter l’engagement personnel des hommes par rapport à l’élimination complète des violences faites aux femmes et aux filles. Nous n’avons pas beaucoup parlé des filles mais, ce sont elles qui souffrent encore plus que les femmes, parce que ces dernières, au moins comprennent ce qui leurs arrivent. Transcris par Dieudonné Tembely Source : aBamako aBamako

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