Boubou Cissé, ministre des Finances : « Une décision d’investissement au Mali génère un fort retour sur investissement »

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Le Mali entend est déterminé à changer son narratif exclusivement sécuritaire pour s'affirmer comme terre d'accueil des investissements étrangers et s'engager résolument sur la voie du développement. L'événement « Invest in Mali », organisé la semaine dernière à Bamako, a été l'occasion pour les investisseurs étrangers, qui se sont déplacés en masse, de s'enquérir des opportunités que recèle ce pays d'Afrique de l'ouest. Le ministre de l'Economie et Finances du Mali, Boubou Cissé, revient pour La Tribune Afrique sur les efforts déployés par son pays afin d'accroître son attractivité à l'international. Entretien. La Tribune Afrique : Bamako a accueilli, ce 7 et 8 décembre, la conférence « Invest in Mali » qui a connu un franc succès auprès des investisseurs étrangers. Quels sont les objectifs prioritaires d'une telle initiative ? Boubou Cissé : L'objectif est de changer le narratif qui circule autour du Mali au niveau international. Cette perception négative que les gens avaient de notre pays au moment de décider du choix d'un pays où investir, était liée aux problèmes d'insécurité et de térrorisme qui ont affecté le Mali depuis 2012. Mais nous pensons qu'à côté des problèmes sécuritaires que nous avons connu et que nous sommes en train de combattre, il y a d'énormes potentialités en matière d'investissement et d'opportunités d'affaires que recèle le Mali et qu'il est important de mettre en avant. Et pour que ce narratif négatif puisse changer, il fallait que les investisseurs viennent constater par eux-mêmes sur place ce que l'on a à offrit et surtout qu'ils se rendent compte que cette perception qu'ils ont pu avoir n'est en réalité basée que sur des informations qu'ils ont pu suivre à la télévision ou sur d'autres médias. En tant que ministre des Finances, vous êtes bien placé pour savoir que le secteur public ne peut à lui seul fournir un effort d'investissement suffisant pour le développement du pays. Quelle est à votre sens la charge qui doit être portée par le secteur privé et notamment par les IDE ? Aujourd'hui, quand j'observe le budget de l'Etat, je me rends compte que sa structure a complètement changé. D'un budget axé sur le fonctionnement, qui y consacrait 80% de ses dépenses, nous l'avons transformé en l'espace de 3 ans en un budget qui est orienté vers l'investissement structurant. Nous avons ainsi dédié près de 41% de notre budget à l'investissement public pour la transformation structurelle de notre économie. Il fallait en effet que l'on jette les bases de cette transformation économique structurelle. Il s'agit notamment des facteurs de production, comme les infrastructures routières et énergétiques, le développement des compétences, l'aménagement de certains bassins hydro-agricoles pour pouvoir développer l'agriculture. Nous sommes en train de mettre en place les fondations. Mais à un moment donné, il faut que ce soit le privé qui prenne le relais, dès que ces facteurs minimums sont en place. Nous avons également pensé que d'un point de vue juridique et réglementaire, à mettre en place des textes qui devraient permettre au secteur privé de venir prendre le relais vers cette émergence que le Mali recherche. Il s'agit notamment de la loi sur le PPP (partenariat public-privé) et la loi sur le crédit-bail. Ce sont des outils que le privé va utiliser pour pouvoir réaliser des investissements qui vont nous permettre d'aller vers une industrialisation et le développement d'une agriculture orientée vers l'agrobusiness... Avez-vous des objectifs chiffrés en termes de contribution du privé dans l'investissement au Mali ? Sur les trois prochaines années, la part du privé pourrait atteindre 1,5 milliard de dollars selon les objectifs que nous nous sommes fixés dans un programme d'investissement triennal, qui viendront s'ajouter aux 41% du budget de l'Etat que j'ai évoqué précédemment. Avez-vous identifié des projets de grande ampleur à réaliser en PPP ? Nous avons déjà des projets dans le pipe qui peuvent être développés à travers le mécanisme PPP. Je pense qu'ils devraient pouvoir se réaliser à partir de 2018. Maintenant, il y a trois projets très concrets que nous avons commencé à signer au début de ce mois de décembre et que nous allons continuer à signer dans les semaines à venir. Il s'agit de projets en PPP pour la création de centrales d'énergie solaire pour nous amener pratiquement à l'équivalent de 150 mégawatts d'électricité. Ces projets-là sont ficelés, y compris leurs financements, et il suffit maintenant de les lancer formellement. D'autres projets sont dans le pipe et nous comptons de plus en plus sur le mécanisme PPP pour développer les infrastructures, à l'exemple du train entre Bamako et Dakar ou encore la construction d'un quatrième pont dans la ville de Bamako et dont l'étude de faisabilité est en cours en ce moment et devrait se terminer dans trois à quatre mois, après quoi nous pourrons aller vers les partenaires privés. Pour accroitre l'attractivité du Mali envers les investisseurs, il y a également le volet fiscal et celui des procédures. Quelle est l'action de votre gouvernement dans ce sens ? Nous avons essayé de développer au fil des années, les mécanismes et les outils d'incitation à l'investissement. Nous avons par exemple mis en place un guichet unique il y a quelques années déjà, ce qui nous a permis d'alléger la procédure de création d'entreprise au Mali. Avant la création d'un guichet unique, il fallait 33 jours en moyenne pour créer une entreprise. Aujourd'hui, le délai de création est tombé à trois jours. Egalement, le Code des investissements a été significativement amélioré en termes de procédures d'enregistrement et d'octroi des agréments. Là aussi les délais des procédures ont été réduits. En termes de fiscalité, nous sommes en train de relire le Code général des impôts pour rendre la fiscalité beaucoup plus attractive et conforme aux bonnes pratiques régionales et internationales. Cela va se traduire par exemple par la réduction du taux de l'Impôt sur les Sociétés qui passera sans doute de 35% à 25%. Nous allons également opérer une réduction des charges salariales qui pèsent aujourd'hui sur les entreprises au Mali et dont elles se plaignent en estimant également que le coût des salaires est élevé dans notre pays. Pour les entreprises, le salaire est un frein à l'emploi, notamment au recrutement des jeunes au vu des charges et des cotisations. Nous sommes en train de réfléchir à fusionner un certain nombre de taxes et impôts liés au salaires tout en réduisant le taux. Il y a également d'autres obstacles, comme l'accès au financement que nous sommes en train d'améliorer. Nous avons mis en place un système de garantie pour le secteur privé qui a permis à certaines PME/PMI d'avoir accès au financement bancaire. Un accès qu'elles n'avaient pas jusqu'à présent. Certaines PME s'inquiètent de l'ouverture qu'est en train d'opérer le Mali envers les investisseurs étrangers, craignant que celle-ci se fasse au détriment des entreprises locales. Qu'avez-vous à leur répondre sur cet aspect et avez-vous prévu des mesures spécifiques pour la protection de certains secteurs ? Dans les différents textes que j'ai cité et qui réglementent les entreprises et les investissements prévoient des régimes qui sont spécifiques aux investisseurs locaux et à la promotion de leurs activités. Si vous êtes par exemple un opérateur local qui veux investir dans une unité industrielle fabriquant des produits destinés à l'exportation, nous vous dispensons de toute charge, impôt et taxe. La fiscalité dans ce cas-là équivaut à zéro, afin de leur permettre de pouvoir créer aussi leur activité. Il y a aussi d'autres avantages que nous leurs accordons en termes d'exonération sur certaines taxes et impôts au démarrage de leur activité, ce que nous n'accordons pas nécessairement aux investisseurs étrangers. Je pense aussi que nous devons faire venir les IDE pour créer une certaine émulation et encore mieux quand ils viennent dans le cadre de joint-ventures avec des opérateurs locaux, ce qui ne peut que faire du bien à notre économie. Il ne faut donc pas voir les IDE comme des concurrents, mais plutôt comme des partenaires. Si vous aviez un bref message à transmettre aux investisseurs étrangers pour les inciter à venir au Mali, quel serait-il ? Je leurs dirais simplement qu'ils ne doivent pas se limiter à ce que les médias peuvent faire passer comme image d'information sur le Mali. Le Mali est une bonne destination et certains secteurs l'ont déjà prouvé, comme le secteur minier. Nous avons une industrie minière dans notre pays qui marche énormément depuis près de 30 ans et qui continue d'afficher de bons résultats. Les réserves sont là et beaucoup d'entre elles attendent d'être exploitées. Le Mali est une bonne terre d'accueil qui dispose de beaucoup de potentialités et offres beaucoup d'opportunités. Les textes législatifs et réglementaires sont attractifs et nous sommes encore disposés à améliorer leur attractivité. Une décision d'investissement au Mali génère un fort retour sur investissement. Donc je les invite tout simplement à prendre le pari du Mali ! Propos recueillis à Bamako par Aziz Saidi En savoir plus sur https://afrique.latribune.fr/think-tank/entretiens/2017-12-15/une-decisi... Source : Africatime Africatime

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