Baba Berthé, PDG de la CMDT à propos des intrants agricoles : « Au plan technique, personne ne peut mettre en cause les bienfaits de la chaux »

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Elle est « nécessaire » pour booster la production. Elle est réclamée par les paysans qui ont vu son utilité. La campagne agricole 2018 débute en avril prochain. Pour la réussir, la CMDT est déjà à pied d’œuvre. La direction aussi bien que les différentes zones s’activent pour la mise en place des intrants agricoles au niveau des multiples coopératifs villageois. Seulement voilà : on susurre que les paysans refusent la chaux agricole, destinée à amender les sols acides et à accroitre de façon considérable la production. Dans les allées de l’Assemblée nationale, des députés laissent entendre que l’ancien PDG, Kalifa Sanogo avait acheté 20 000 tonnes de chaux que les paysans n’ont pas utilisé. Son successeur, Modibo Koné, à son tour, a commandé une quantité double soit 40 000 tonnes, toujours non utilisées par les producteurs. Résultat : les magasins de la CMDT en sont pleins. La société est donc accusée par des élus de la nation de clientélisme, en achetant une grande quantité d’intrants notamment la chaux qu’elle peine à écouler en direction des paysans. Certains accusent même la CMDT de saboter la chaux. D’autres soutiennent que des agents de l’entreprise sont soudoyés pour ne pas faire la mise à disposition. Qu’en est –il réellement ? Nous avons mené l’enquête pour en savoir davantage. Dans la zone de Fana, nous avons échangé avec Dramane Togola, magasinier. Selon lui, la mise à disposition des intrants (engrais, chaux…) est en cours dans les villages de sa zone. Il jure la main sur le cœur qu’il n’y a aucune rétention de la chaux dans les magasins de la CMDT. « La chaux n’était pas bien connue des producteurs durant les deux, voire trois années écoulées. Cette année la demande est forte parce que les producteurs ont vu et compris l’utilité de la chaux. Dans la zone de Fana, nous sommes en train d’acheminer les engrais aussi bien que la chaux chez les paysans. N’eût été le prix élevé soit 90 000 FCFA la tonne parce qu’elle n’est pas subventionnée, la demande serait plus forte que l’offre », nous a expliqué Togola. Un paysan de cette zone, notamment de Massigui, Tiémogo Diarrassouba, nous a confié que « Si l’Etat veux booster la production, il n’y a aucun secret, en dehors de la chaux. Avec cet intrant, tu triples voire quadruples ta production actuelle. Nous les paysans, nous sommes réticents au changement, à utiliser quelque chose que nous ne connaissons pas. Aujourd’hui, nous avons compris toute l’utilité de la chaux. Elle nous aide beaucoup à améliorer la production à gagner davantage de l’argent », soutient-il. A Bougouni, cet autre magasinier du nom d’Oumar Ouologuem nous fait savoir que la demande de la chaux existe mais qu’il manque de camions pour la mise en place parce que les engins vont dans les villages avec les engrais et reviennent avec du coton. Donc, selon lui, il n’y a pas de possibilité dans sa zone pour transporter la chaux. Avant d'ajouter que : « la société Stones vient de lui envoyer des camions, afin qu’il puisse transporter la chaux ». A la question de savoir si cette mission ne relève pas de la CMDT, sa réponse a été claire : « C’est bien la CMDT qui doit faire la mise à disposition, mais si nous sommes débordés et que des commerçants veulent nous aider, nous ne refusons pas », a-t-il dit. Avant de préciser : « Il n’y a aucun sabotage de la chaux. Les villageois la réclament de plus en plus. D’ici avril 2018, tous ceux qui en demandent seront servis ». Joint par téléphone, Ibrahim Ag Mohamed, chef secteur de Koutiala, a développé que dans sa zone, tous les intrants (engrais, chaux…) sont en voie d’être acheminés chez leurs destinataires. « Les producteurs de Koutiala ont bien compris la différence entre l’engrais et la chaux. Les deux sont utiles. L’un n’exclut pas l’autre. La chaux a convaincu beaucoup de paysans qui l’ont utilisé. Ils ont vu et ils en réclament. Le prix est cher mais avec la sensibilisation, beaucoup de producteurs se tourneront vers la chaux, en raison de sa fonction, qui est de corriger l’acidité du sol, avec à la clé une très bonne production. Nous avons une forte demande que nous sommes à mesure de satisfaire », a-t-il assuré. Pour sa part, le PDG de la CMDT, Baba Berthé, un homme très affable, humble, nous a reçu en début d’après-midi du mercredi 20 décembre, malgré son calendrier très chargé. D’abord, il a confirmé que dans les magasins de la CMDT, il existe de la chaux (20 mille tonnes et 40 mille tonnes), achetée par ses deux prédécesseurs. Cependant, il refuse de rentrer dans les détails, en déclarant qu’il ne critique pas la gestion de ses devanciers. « En réalité la chaux est nécessaire. Elle permet d’amender le sol. Le coton a un faible rendement en raison de l’acidité du sol. Un éminent professeur de la FAST et l’IER l’a confirmé. Le taux d’acidité dans la zone CMDT est élevé, malheureusement la chaux n’est pas éligible à la subvention de l’Etat. La chaux n’est pas un engrais, elle corrige le PH et impacte sur la production 3 voire 4 fois », soutient le PDG de la CMDT. Avant de déplorer : « la chaux est chère pour le paysan, le coût d’acquisition est prohibitif pour le producteur, sinon la demande existe, le besoin est là. Au plan technique, personne ne peut mettre en cause les bienfaits de la chaux. Il est souhaitable qu’elle soit subventionnée par l’Etat parce que son utilisation n’est pas chaque année. C’est chaque trois ans qu’on peut faire le chaulage. Il va falloir sensibiliser encore les producteurs et trouver les moyens de la rendre à la portée des paysans, à travers un prix accessible ». En outre, il a relevé qu’il ne revient pas au fournisseur de procéder à la mise à disposition des intrants. Son rôle est de l’acheminer dans les magasins de la CMDT, qui à son tour, fera le reste du boulot. En tout état de cause, ce qu’il faut retenir, c’est que la chaux est « nécessaire » pour booster la production. Elle est réclamée par les paysans qui ont vu son utilité. Les autres doivent en être informés pour emboiter le pas à ces derniers. Elle mérite donc d’être subventionnée, au même titre que l’engrais. Sinon, ce sont les « grands paysans » qui en feront un intrant de luxe au détriment des « petits producteurs ». Alors où se trouve l’égalité de chance ? L’équité voudrait que cette chaux soit accessible à tout le monde comme l’engrais l’est aussi. A suivre. El Hadj Chahana Takiou Source : aBamako aBamako

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