Modibo Sidibé, president des Fare An Ka Wuli : «S’il y a une démarche qui a manqué dans la gouvernance actuelle, c’est l’inclusivité».

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Il a marqué le pouvoir d’Etat au Mali ces deux dernières décennies pour avoir occupé plusieurs postes de responsabilité sous les régimes successifs depuis les années 1990. Aujourd’hui à la tête des Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence (Fare Anka Wuli), parti qu’il a créé en 2013, Modibo Sidibé, puisqu’il s’agit de lui, est l’un des acteurs les plus influents de la vie politique nationale. Au micro de votre journal, l’ancien Premier ministre, 65 ans, aborde des sujets relatifs à la vie de son parti, la situation d’ensemble du Mali et les élections générales de 2018. L’un des leaders de l’opposition, il se prononce également sur le retour annoncé de l’ancien président de la République Amadou Toumani Touré, dont il fut l’un des plus proches collaborateurs. Interview ! Le Prétoire : Dites-nous, Monsieur le Président, comment se porte votre parti, les Fare Anka Wuli, sur l’échiquier politique national, mais surtout au sein de l’opposition ? Modibo Sidibé: Les 23 décembre prochain, les Fare An Ka Wuli, tiendront leur 3ème Convention nationale. Ces assises du parti interviennent après les deux autres tenues respectivement en 2015 et 2016 et la tenue de conventions régionales. C’est dire que notre parti respecte ses instances statutaires depuis le premier Congrès des 15 et 16 mars 2014. Et bien entendu, les Fare ont participé aux élections communales et ont enregistré des élus et des maires. Cette vitalité est aussi portée par les sorties sur le terrain, les rencontres citoyennes et de nombreuses adhésions. Les Fare travaillent aussi à une dynamique de polarisation de notre paysage politique avec la création d’un Nouveau pôle politique (NPP) pouvant conduire à une réduction du nombre des partis politiques. Je tiens, sur ce plan d’ailleurs, à rappeler l’esprit qui fonde cette dynamique en faveur d’un pôle politique émergent (NPP), pôle de gauche. Oui effectivement, le parti Fare a considéré que notre démocratie était à la croisée des chemins. En 2011-2012, nous avons développé, avec les associations, les mouvements et certains cadres, une réflexion sur l’état de notre démocratie et de nos institutions. Nous en étions arrivés au constat que dans le cadre d’un processus de démocratisation initié il y a 21 ans et alors que Mali se prépare à entrer dans un cycle électoral qui constitue un tournant décisif pour son avenir, l’abstentionnisme croissant de l’électorat malien et la fragmentation en une multitude de partis ont rendu le champ politique illisible pour nos concitoyennes et nos concitoyens. Qu’il y avait un problème avec les partis politiques et un problème avec le citoyen. Ces éléments tendaient à démontrer que notre système actuel avait atteint ses limites et qu’il existait à l’époque un risque de fracture totale entre le peuple et les élites politiques. On avait la démocratie et la République, mais le citoyen n’était pas au rendez-vous. Aussi, nous en avions conclu que notre système avait besoin d’un renouveau de la démocratie et d’un renouveau citoyen. Dès lors, s’était imposée à nous la nécessité pour le devenir de notre démocratie, d’être porteurs d’un Pôle politique émergent (NPP) à même de réconcilier nos compatriotes avec la politique, de favoriser une citoyenneté plus active, plus engagée ; une citoyenneté qui assume sa part dans la vie de la cité et qui est plus exigeante sur la gestion des affaires publiques. Le parti Fare a appelé et appelle encore tous ceux qui entendent et soutiennent une idée simple que la politique comme toute activité humaine à besoin de dambè. Une politique sans dambè, sans référence n’est que caricature, si elle n’est fondée sur une éthique, sur ces valeurs dont tous les Maliens doivent se sentir dépositaires, solidaires, et dont leurs enfants et petits-enfants seront les héritiers… Aussi, nous pouvons et souhaitons avancer avec tous ceux qui veulent ramener la politique à ses lettres de noblesse; ceux qui veulent restituer au citoyen malien la transparence et le respect de son vote; ceux qui veulent contribuer à donner au paysage politique les couleurs permettant la compréhension des différentes visions et projets pour notre pays; et enfin avec tous ceux qui partagent l’exigence d’un renouveau démocratique et un renouveau citoyen, pour avancer sur les grandes valeurs qui devront refonder notre démocratie et notre République par une pratique en phase avec nos valeurs. Ainsi, nous voulons rassembler tous les patriotes pour aider notre peuple à redresser la tête, à reconquérir sa fierté, son identité et sa dignité. Telles sont les ambitions du Pôle politique émergent (NPP) pour lequel nous nous battons. Comme socio-démocrates, nous avons eu à discuter avec d’autres partis. Il était effectivement venu à l’idée que le NPP pourrait être un pôle de gauche républicaine et démocratique avec ses différentes nuances, perpétuant les idéaux de la révolution du 26 mars 1991. Aussi, une demi-douzaine de partis ont signé, le lundi 27 février 2017, la charte du nouveau pôle politique de la gauche républicaine et démocratique (NPP). Outre, les Fare, il s’agit du Pids, du PSR, du Prddm, de l’UPD et du FUAC. Et depuis, le Rassemblement écologiste du Mali (REM). Aujourd’hui nous sommes en discussion avec de nombreux autres partis. Le NPP s’inscrit, également, dans une vraie volonté d’unité et d’intégration africaine, que nous partageons tous. Comme aussi, la renaissance et le frémissement de valeur républicaine et démocratique sur le continent, la réponse qu’il faut construire avec la jeunesse pour bâtir l’Afrique de demain. En ce qui concerne notre apport dans l’opposition, en notant que le NPP est membre de l’opposition, je voudrais juste rappeler que l’opposition est plurielle dans une démocratie. Nous avons des convergences de point de vue, mais également des différences d’approche de fond sur des sujets qui nous préoccupent. Certains pensent aujourd’hui à privilégier le marché, le libre jeu de la concurrence, le libre-échange, les intérêts privés… Or, les Fare pensent au contraire que nos pays ont besoin d’un Etat fort, d’un Etat stratège, d’un Etat solidaire et régulateur, qui dispose des leviers sur les potentiels de croissance, qui recherche l’efficacité économique, qui veille enfin à l’effectivité du progrès social en finançant fortement l’école, la santé, la culture, l’équité et l’égalité dans l’accès aux services, aux ressources et à leur distribution. Cela n’occulte pas l’effort et le mérite individuel mais cela permet par le jeu de la solidarité que le progrès social soit diffusé sur l’ensemble de nos territoires. C’est pour cela que nous nous réclamons de la social-démocratie. Nous sommes dans l’opposition car nous ne soutenons pas l’actuelle majorité. Il y a des actions que les partis de l’opposition peuvent mener ensemble, et nous les menons ensemble. Il y a des actions sur lesquelles nous avons des différences de fond et d’approche que la presse qualifie de « problèmes d’égo ». Mais en réalité, il s’agit des divergences politiques au sein même de notre opposition plurielle. Je prends le cas le plus patent: la question de l’accord pour la paix. II y a eu un positionnement différentiel de fond dans l’opposition. Certains ont pensé que l’accord n’était pas bon mais qu’il fallait en prendre acte. D’autres ont pensé, comme les Fare, que l’accord n’était pas bon car source de conflits ultérieurs et qu’il fallait s’en démarquer. Certains ont été à la Conférence d’entente nationale, d’autres pas. C’est le cas des Fare. Ce sont bien des positions politiques et non de querelles d’égo. Dans notre opposition, chaque fois qu’il est possible de trouver des convergences de point de vue – comme ce fut le cas sur le retrait du projet constitutionnel – nous sommes ensemble et unis. A l’inverse, lorsqu’il y a des divergences de point de vue, elles doivent s’exprimer et nous les faisons prévaloir sans quitter l’opposition. Cette dynamique, cette vitalité est très importante pour que les confrontations se fassent uniquement sur les idées, les valeurs et pensées politiques, sur les méthodes ou sur une critique à émettre à l’égard du gouvernement. Quatrième force politique nationale au sortir des élections générales de 2013, les Fare An ka Wuli semblent avoir perdu ce rang avec notamment le départ de plusieurs de ses députés. Quelles explications donnez-vous à cette dégringolade et comment vous la vivez ? Dégringolade ? Certainement pas ! Je puis vous dire que les Fare maintiennent leur rang, mieux encore le Parti a gagné en cohésion, en dynamisme et surtout en clarté dans l’expression de sa vision et dans ses démarches dans le pays. Ceux qui sont partis n’ont entrainé le départ d’aucune section du parti, d’aucun militant ou cadre majeur du parti ainsi que le Congrès des 15 et 16 mas 2014 l’a démontré. Bien au contraire, ces départs ont permis à des cadres de mieux exprimer leurs potentiels politiques en conformité avec les valeurs du parti, contenues dans le « Manifeste pour le Renouveau démocratique : Rebâtir l’Etat, Reconstruire la Nation ». Vous conviendrez avec moi que l’arithmétique électorale à montrer ses limites dans notre pays, autrement on n’expliquerait pas l’inefficacité et la déconfiture actuelle de la majorité présidentielle. Par son rayonnement, la pertinence de ses analyses sur la situation nationale, régionale et internationale, par ses contacts constants et permanents avec les populations, les Fare sont aujourd’hui plus qu’une quatrième force dans notre pays. Parce que les Fare, c’est une force politique d’un type nouveau. Une force politique qui ne cherche pas à acheter les consciences, mais à les convaincre. Une force politique qui respecte ses engagements. Une force politique suffisamment ancrée dans ses principes pour résister à la tentation des bons postes à tout prix. En effet, “faire de la politique autrement’’, loin d’être un slogan creux, formulé au détour d’une réunion de communicants, est un véritable sacerdoce. C’est un idéal qui doit habiter chacun et chacune de nos militants, et qui trace peu à peu son sillon à travers l’engagement et la détermination à tirer notre démocratie vers le haut, afin que nous soyons à la hauteur des générations futures. Le citoyen nouveau, que nous appelons de nos voeux, naîtra de notre engagement sans faille à travailler au renouveau de notre démocratie. Aux Fare, nous nous efforçons d’incarner cette exigence car nous ne doutons pas que là réside les aspirations de notre peuple. Cela nous vaudra des incompréhensions, des difficultés de tous ordres, parfois des échecs, mais ne vous méprenez pas : l’avenir est de ce côté! Vous avez récemment rencontré les Maliens lambda en vous transportant souvent sur les lieux de causerie. Quel est l’objectif visé à travers cette série de rencontres et quels enseignements en avez-vous tiré ? Non, pas des « Maliens lambda », mais des citoyens ! Lorsque que j’ai quitté mes responsabilités gouvernementales, pour mieux répondre à la demande de me porter candidat, pour me rapprocher davantage des Maliens, les écouter, j’ai parcouru le Mali, ses villes, ses villages. Durant cette période, notre pays a montré de façon dramatique ses fragilités et ses faiblesses. J’ai compris que nous avons besoin pour le soutenir et l’accompagner, de la mobilisation du Mali qui travaille dur et aspire à vivre honnêtement, du fruit de son travail. La poussière des pistes défoncées, les routes impraticables, la fatigue des longues distances, c’est cela le vrai pays. Celui qui aspire à diriger ce pays doit connaître cette poussière-là. Pour nous, faire de la politique, c’est être avec les gens, c’est sentir le pays. Nous avons visité plus d’une soixantaine de «grins», à Bamako comme à l’intérieur du pays, pour aller à la rencontre de nos concitoyens de toutes catégories dans leur espace habituel, pour parler avec eux de leurs préoccupations, écouter leurs analyses et suggestions , partager avec eux notre vision et notre projet pour l’enrichir, parler du renouveau citoyen, de leur rôle incomparable dans la construction de note démocratie et de notre pays. S’adresser aux coeurs et aux esprits de nos concitoyens. Bâtir un projet de société avec eux et non uniquement pour eux. Débattre d’une vision, d’un programme à travers des rencontres de proximité, humaine, digne, voilà notre credo. J’apprécie fortement ces moments de débats citoyens, simples et denses, empreints de franchise et de chaleur. Merci, grand merci à tous ces hommes et femmes, à ces jeunes qui nous ont accueillis chez eux. Quel honneur pour nous ! Les hommes politiques accordent généralement beaucoup d’importance au social. Modibo Sidibé n’a pas toujours été bien apprécié sur ce plan, y compris au sein de votre parti. Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de ne pas être sociable et comment vous y prenez-vous pour soigner cette image ? Modibo Sidibé est un Malien, il est issu d’une famille assez bien connue au Mali. La solidarité sociale, l’entraide est une de nos valeurs sûres. Nous le faisons en préservant la dignité de ceux qui en bénéficient, nous le faisons parce que nous y croyons, c’est une des valeurs cardinales de notre société, nous ne le faisons pas pour qu’elle nous serve de dividende politique ou sociale, la discrétion est une valeur familiale dont j’ai héritée, le respect de la dignité de l’autre aussi. Ceux qui savent, ceux qui nous connaissent vous le diront, je n’ai rien à témoigner sur ce point. En reportant les élections locales et régionales, le gouvernement a justifié sa décision par un souci d’inclusivité. Ne pensez-vous pas que ce serait laisser à la plaque certains acteurs majeurs du processus électoral en faisant fi des propositions formulées par les mouvements signataires de l’Accord de paix ? Le problème du pouvoir en place est qu’il n’a pas une lecture intelligente de la démocratie représentative, pour accéder au sentiment de ce prix Nobel qui «soutient que l’essentiel de la démocratie réside non pas dans le vote, mais dans le débat public pour l’action commune.» Les Fare ont compris, dès le départ, la nécessité face à la grave crise vécue, d’une refondation par le dialogue national ; inventer un nouveau fonctionnement institutionnel, une nouvelle alliance entre les citoyens et leurs gouvernants est une exigence de la reconstruction du Mali. Sous cet angle, s’il y a une démarche qui a manqué dans la gouvernance actuelle, c’est l’inclusivité. C’est en vérité tout le peuple malien qui est laissé « à la plaque », comme vous le dites, dans la gouvernance en cours. Aucune discussion sérieuse, aucune concertation inclusive n’a été menée avec les forces vives du pays sur la tenue des différentes élections ; cela est d’ailleurs vrai pour toutes autres questions importantes de la vie de la nation. Rappelez-vous les circonstances dans lesquelles l’accord d’Alger a été signé, ainsi que les circonstances de la tenue de la Conférence dite d’entente nationale et la façon dont ils ont voulu conduire le fameux projet de révision constitutionnelle. Sans vision réformatrice, sans agenda stratégique de son mandat, le gouvernement du Mali est constamment dans une démarche unilatérale vis-à-vis des partenaires sociaux et politiques. Il avait unilatéralement fixé la date des élections, il les a unilatéralement reportées. C’est cela la vérité. A moins d’un an de la fin du premier mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta, quelle est votre lecture de la situation d’ensemble du Mali, notamment sur le triple plan politique, économique et sécuritaire ? Le Président IBK n’a pas de bilan, son mandat a davantage mis le pays en péril qu’il n’a consolidé la cohésion nationale. A moins de huit mois de la fin de son mandat, le bilan du mandat d’IBK se résume par le manque de vision, le déficit de leadership dans la mise œuvre des accords de paix; l’absence totale de l’Etat dans le Centre et au Nord du pays ; l’extension de l’insécurité sur l’ensemble du territoire ; l’incapacité de proposer un chronogramme fiable des élections ; les impasses de la lutte contre la corruption au Mali ; la gestion patrimoniale des affaires publiques , l’incapacité de faire aboutir des réformes majeures pour le Mali. En somme, amateurisme et absence d’anticipation dans la conduite des affaires publiques : c’est la faillite de l’Etat. A ceux-là s’ajoute la faim qui étreint le peuple; la fin des logements sociaux ; le communautarisme qui prend le dessus sur la République, la détérioration des infrastructures sur lesquelles toute possibilité d’émergence du Mali devra s’appuyer. La reprise économique tant attendue peine à se réaliser et se ressentir dans le quotidien de nos compatriotes. Cela tient au manque de vision politique structurée en programmes socio-économiques cohérents. Le pays interroge l’Etat et ses démembrements, leurs capacités à délivrer les services de base, sur les spoliations, les multiples tracasseries dont les citoyens sont l’objet et où les populations ne se reconnaissent pas dans l’Etat tel qu’il fonctionne. Les incantations ne peuvent en tenir lieu, comme les réalisations par ci par là, et dont certaines étaient dans le pipe, ne peuvent non plus en tenir lieu parce que sans lisibilité. Voilà plus de quatre ans que notre peuple attend toujours que l’Etat affirme son autorité, qu’il prenne ses responsabilités, et d’abord ses responsabilités en matière de sécurité et de défense du territoire. Il réclame le respect des lois, une justice égale pour tous. Il souhaite que le pays connaisse la stabilité, que l’action des autorités publiques soit transparente et contrôlable. Il nous faut sortir de l’immobilisme actuel et redonner espoir à nos populations. Que la majorité gouvernante cesse d’affaiblir la République, d’abaisser l’Etat. Nous voulons un Etat qui ne soit plus le monopole d’un clan, ni l’affaire d’un seul homme. Disons-le clairement, ce que ni la France, ni la Minusma, ni les autres forces qui viennent en aide au Mali ne pourront solutionner, c’est l’équation de l’Etat au Mali : la question de la viabilité de l’Etat du Mali, son organisation, son fonctionnement sur des bases plus solides, sa gestion transparente et équitable. Nous allons y travailler avec détermination pour refonder un Etat solide, juste, efficace et protecteur de tous nos concitoyens. Modibo Sidibé est de ces politiques qui appellent de tout leur vœu à la tenue à date de la présidentielle de 2018, au même moment où certains acteurs politiques suscitent le débat autour de la faisabilité des élections générales de 2018. Une transition est-elle envisageable si la situation sécuritaire du pays ne s’améliorait pas entre temps ? Après tout ce que nous venons de dire, il ne fait aucun doute que le Mali a besoin de nouvelle légitimité. Chacun convient que la légitimité relative sortie des urnes en 2013 a été totalement dilapidée. Soyons net, il n’y aucune fatalité, aucune prédisposition qui rendrait le Mali incapable de se donner des institutions stables et durables, des alternances pacifiques, une maturité démocratique exemplaire. Notre pays n’est pas sorti de crise, il est même au bord du précipice. La phase de stabilisation est cruciale et nous l’avons mal entamée. Sortons des spéculations et ayons confiance en notre démocratie en redonnant aux Maliens et aux Maliennes cette chance historique dès 2018 de faire le choix de ce qu’ils veulent construire pour leur pays en tant que nation, le choix de celui qui serait en mesure de conduire ce projet. Ils ont besoin de sortir de l’insécurité et des incertitudes. Retrouvons le chemin des électeurs par la tenue à date et de façon transparente des élections présidentielles. Il faut assigner à notre gouvernement deux missions urgentes. La première c’est de prendre à bras le corps la question de la sécurité et y engager les moyens nécessaires. La seconde s’est de s’atteler avec tous les acteurs dans un processus électoral, transparent et à date. Parce que sur le plan de la démocratie, nous qui avons été avant d’autres et qui le sommes heureusement encore, avons besoin de conforter notre démocratie. Nous n’avons pas envie de revenir en arrière, nous voulons aller de l’avant et bâtir solidement notre avenir. Des faits récents n’ont pas échappé aux commentaires des Maliens: le retrait de l’ancien Premier ministre Moussa Mara de la Convention des partis politiques de la majorité présidentielle, la démission du général Moussa Sinko Coulibaly des forces armées et la polémique provoquée autour de l’octroi de 150 ha à Ousmane Madani Haïdara par le président de la République. Quels sont vos commentaires en tant qu’acteur politique majeur du Mali et officier général de votre état ? Les personnes que vous citez ont tous été de la majorité présidentielle, à tout le moins elles ont aidé le pouvoir actuel à se mettre en place et l’ont soutenu jusqu’à ces derniers jours. Leur défection du camp présidentiel témoigne de l’effritement de cette entité qui, disons-le, à suffisamment malmené le peuple malien au cours de ce mandat. Nous attendons de voir la suite. Vous avez été au cœur du pouvoir d’Etat pendant les deux dernières décennies. Qu’est-ce que vous regrettez aujourd’hui que vous aurez dû faire et que vous n’avez pas pu pendant le temps que vous avez passé dans la haute sphère de l’administration ? Au cours de ces décennies écoulées, il y a eu certes des erreurs, des échecs, des contraintes, des difficultés; des objectifs désirés insuffisamment atteints ou d’autres qui auraient pu l’être. Cependant que d’efforts et de progrès au prix du labeur des Maliennes et des Maliens ! Ces vingt dernières années, nous avons connu des avancées indéniables: la multiplication des routes et ponts, les Centres de santé communautaires, le triplement du taux de scolarité, la production de riz augmentée de moitié, les aménagements hydroagricoles, la capacité énergétique, les infrastructures de télécommunication, la couverture télévisuelle… Des projets si essentiels et qui semblaient parfois mythiques pour certains d’entre nous, comme les barrages de Taoussa, Félou, certains ponts et routes, de Kolondiéba à Gao ont été construits ou sont en chantier. Pourquoi n’en serions-nous pas fiers ? Fier pour le peuple du Mali, le vrai artisan de ces succès. Autant dire que nous avons administré au cours de ces décennies, notre capacité à transformer notre pays. Fort de tout ce qui a pu être fait, mesurant tous les efforts à fournir en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures économiques, de développement agricole durable, mesurant aussi les nouveaux défis notamment sécuritaires et environnementaux, je demeure convaincu que nous avons les atouts de notre ambition d’un Mali prospère, que porte Mali Horizon 2030.. Comment accueillez-vous le retour annoncé de l’ancien Président de la République Amadou Toumani Touré dont vous avez été l’un des proches serviteurs pour avoir occupé plusieurs postes de responsabilité sous son règne ? Depuis 2016, les Fare ont participé à des actions avec l’opposition et des associations concernant le retour du Président ATT. Nous nous sommes à l’époque réjouis de la décision de l’Assemblée nationale, qui a ouvert la voie à un retour de l’ancien président, dans des conditions conformes à son statut. Nous sommes heureux pour lui et mesurons toute l’émotion qui sera la sienne en foulant ce sol qu’il aime par-dessus. Si vous devriez vous adressez aux Maliens aujourd’hui, que leur diriez-vous ? Nous avons frôlé le pire qui reste possible, malheureusement avec ce quinquennat raté. Mais nous avons les ressources qu’il faut pour construire le meilleur. Je le sais d’expérience. Avant tout la confiance en nous-mêmes, en nos capacités, en un futur prospère doit être notre credo ; parce que tout est possible pour un Peuple debout et confiant en son destin. L’exigence, c’est que le Mali reste en démocratie et comme je l’ai dit nous devons exiger de notre gouvernement qu’ il s’attèle à deux tâches urgentes et impérieuses pour le devenir de notre pays : engager vigoureusement un programme sécuritaire de stabilisation et y consacrer les ressources nécessaires et, assurer à date et de façon transparente les élections présidentielles de 2018 pour que notre pays sous la direction d’une nouvelle légitimité, engage les réformes essentielles à la stabilité structurelle du Mali. J’ai foi en notre peuple et « nous ferons le Mali ». Interview réalisée par Bakary SOGODOGO Source : aBamako aBamako

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