Aïssata Diakité, directrice générale de Zabbaan Holding : “Notre objectif est de valoriser les produits locaux d’Afrique et être le leader des produits de qualité”

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Une semaine après l’inauguration de Zabbaan Holding à Sébénikoro par le ministre du Développement industriel, Mohamed Ag Ibrahim, nous nous sommes entretenus avec la directrice générale de cette entreprise, Aïssata Diakité. Titulaire d’un master en agrobusiness de Tecomah en 2013, elle parle, entre autres, des différents produits de la gamme Zabbaan, ses ambitions ainsi que les investissements. Elle espère être le leader des produits de grande qualité au Mali et à travers le monde. Aujourd’hui : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Aïssata Diakité : Mon nom c’est bien Aïssata Diakité. Je suis originaire de Mopti avant de venir à Bamako, après mon baccalauréat en sciences biologiques. C’est après que j’ai décidé de poursuivre mes études supérieures en France dans le domaine de l’agro-alimentaire, qui est vraiment une passion pour moi. J’ai d’abord commencé mes études dans une école d’ingénieur technique privée pour étudier l’agro-alimentaire, notamment les techniques de transformation et de normalisation. Depuis ma première année, j’ai eu la chance d’être intégrée dans une entreprise pour faire des stages, ce qui m’a beaucoup aidé dans mon orientation professionnelle. Après cette formation technique, j’ai intégré une grande école de commerce spécialisée dans l’agro-business. En 2 ans et demi, j’avais un rythme de 6 semaines dans les entreprises et 6 semaines pour apprendre à l’école. En d’autres termes, j’alternais entre l’entreprise et l’école en tant que salariée. Il faut rappeler que j’ai travaillé au compte de beaucoup d’associations afin d’avoir vraiment une orientation en tant que Malienne de la diaspora. J’ai commencé d’abord par l’Association des étudiants maliens de France où j’occupais le poste de secrétaire général. Avant, j’étais chargée de la gestion de projets, notamment tout ce qui est orientation, faire un stage, écrire une lettre de motivation et faire un CV. C’est en 2014 seulement que j’ai quitté cette association. Après, j’ai adhérée à une association du Parlement européen comme consultante junior sur des problématiques d’entreprenariat et l’emploi jeunes, notamment des femmes. D’ailleurs, je suis toujours membre de ce réseau. Je suis lauréate de plusieurs prix et récompenses comme le Prix du Programme international “Entrepreneurs en Afrique”, piloté par l’Agence Campus France en 2014 puis le Prix de la diaspora de l’Entrepreneur Nord-Sud 2016 du Siad et Cofides Nord-Sud en 2016. J’ai été lauréate aussi du Colloque annuel de ASCPE “Les Entretiens Européens & Eurafricains” à Ouagadougou, lauréate de la diaspora malienne en France dans le cadre du projet Diaspora Entrepreneurship. J’ai été sélectionnée comme Jeune référent francophone du Sommet mondial des jeunes dans l’agro-business, le leadership et l’entreprenariat… Aujourd’hui, je suis la fondatrice et directrice générale de la société Zabbaan Holding, basée au Mali avec une filière en France. Cette société se développe dans l’agro-alimentaire équitable. Nous valorisons des produits locaux d’Afrique de l’Ouest, qui sont essentiellement les fruits, les super fruits, les tiges, les racines… En fait, nous sommes une entreprise innovante, responsable, éthique et de référence spécialisée dans l’agro-alimentaire et l’agrobusiness. C’est pourquoi, nous prenons en compte les facteurs clés de développement socio-économique et environnementaux dans l’exercice de nos activités. Pourquoi avez-vous choisi le label Zabbaan ? Zabbaan, c’est avant tout une aventure humaine. Comme vous le savez, Zabbaan découle de notre passion, il est très bon et a énormément de vertu. C’est également bon pour la santé. Actuellement, Zabbaan est notre première gamme qui est sur le marché local et international. Notre objectif, c’est de valoriser tout ce que nous avons chez nous parce que j’ai été la seule Noire de mon école. Ce qui est assez difficile à l’international, donc il faut se battre plus pour se faire respecter. En fait, j’ai été confrontée à beaucoup de choses qui discriminaient les Noirs. Pour moi, nous avons tout chez nous, il s’agit seulement de les valoriser pour que les autres nous respectent. C’est pourquoi, j’ai décidé de choisir la marque Zabbaan, qui représente une gamme de produits et consommable par un enfant jusqu’à l’adulte. C’est vraiment une gamme naturelle et nutritionnelle, qui est très riche en nutriments. Nous utilisons beaucoup le baobab dans nos produits ainsi que le Zabbaan et la mangue. Pourquoi le baobab ? Parce que c’est un produit, qui est six fois plus riche en vitamine C que l’orange et trois fois plus riche en calcium que le lait. Nous utilisons le Moringa, le quinquéliba… Vraiment, ces produits sont bons pour la santé et nettoient le corps humain. Raison pour laquelle, la marque Zabbaan est prise pour l’histoire du produit pour valoriser tout ce que nous avons dans notre savane africaine. Vous disposez aujourd’hui de combien de produits de la marque Zabbaan ? Nous avons aujourd’hui dix produits dans la gamme Zabbaan parmi lesquels nous avons le Roi, la Reine, le Prince, la Princesse, le Duc, la Duchesse, le Comte, la Comtesse, le Guerrier et la Guerrière. En fait, il s’agit des couples (hommes et femmes). Nous avons cinq produits hommes et cinq produits femmes. Tous les ingrédients que nous utilisons vous apportent tout ce qu’il faut pour vous sentir bien. De ces produits, reconnus pour leurs bienfaits depuis des temps immémoriaux, nous faisons des cocktails de vitalité au goût exceptionnel. Chez nous, nous utilisons ce que la nature a de meilleur à nous donner pour en faire des jus. C’est pour cela que nous attachons beaucoup d’importance à la protection de l’environnement. Quels sont vos produits phares ? Les produits phares dépendent vraiment de la situation géographique. Au Mali, c’est beaucoup plus la Duchesse, qui est 100 % Zabbaan et le Guerrier, qui est un mélange de Moringa, quinquéliba, baobab et gingembre. Sans oublier le Prince dans lequel on trouve aussi du gingembre. Qu’est-ce qui fait la différence entre les produits ? Les différents produits ne sont pas pareils. La raison est très simple. Tous les produits qui ont des noms masculins ont tendance à éveiller avec beaucoup plus d’énergie. Tandis que les produits féminins sont beaucoup plus doux, sauf le Roi, qui est généralement une personne mûre. Du coup, c’est un produit plus pour le corps. Le Guerrier et le Prince sont les produits qui sont assez toniques. Ils sont très riches en gingembre. Du coup, ça réveille. Ces produits sont-ils fabriqués au Mali ? Bien sûr ! Nos produits sont bien fabriqués chez nous. C’est vraiment notre challenge. C’est de montrer sur le marché international que bien que nous soyons en Afrique, nous pouvons faire des merveilles et faire des produits de grande qualité. C’est pour vous dire que tous nos produits sont faits au Mali, à part nos emballages qui sont importés. D’ailleurs, nous comptons les faire au Mali dans les années à venir. Créer une société de ce genre demande beaucoup de moyens. Qui sont vos partenaires ? Effectivement, créer une entreprise similaire demande beaucoup de moyens, de temps et beaucoup d’années de gestion de projet. J’ai mis cinq ans à créer cette entreprise. J’avais seulement dix salariés pour démarrer. Ce qu’il faut retenir, c’est que ce projet est en investissement depuis 2013. J’ai gagné un prix avec le ministère des Affaires étrangères français, qui m’a apporté une vraie expertise technique et managériale. Ils ont cru à mon projet. Sinon, avant eux, j’ai eu beaucoup d’échecs. Le programme par lequel je suis passée, c’est un investissement de 48 000 euros, soit 25 millions de FCFA. C’était pour couvrir un projet mûr. Après, j’ai commencé à faire un réseau international à travers les bailleurs de fonds, les banques, les fonds d’investissements afin qu’ils puissent croire en mon projet. Dans un premier temps, un fonds de garantie anglophone m’a fait confiance à travers des attestations. Ce qui m’a permis de séduire les bailleurs de fonds. Sinon, je suis avec la BIM-SA au niveau du Mali et le Fonds de garantie du secteur privé. Cette structure garantit énormément d’investissements personnels. Et tous les prix que j’ai gagnés ont été réinvestis dans le projet. Quel est aujourd’hui le coût de l’investissement Zabbaan Holding ? Nous sommes aujourd’hui à plus de 300 millions de F CFA d’investissements en nature et en numérique. Et ce n’est pas encore fini. C’est le début de l’investissement. Nous avons besoin d’investissements lourds avec des équipements pour développer d’autres gammes de produits et valoriser nos résidus. Je pense que nous allons encore être en investissements dans les cinq prochaines années à venir. Avez-vous bénéficié de l’appui du gouvernement ? Effectivement, j’en ai reçu. J’ai déjà bénéficié de l’agrément du code des investissements, qui m’exonère des équipements de production pendant trois ans. La société Zabbaan a également eu à mettre en place un partenariat avec l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (Apej). Cette structure a mis à la disposition de notre entreprise 15 stagiaires, tous diplômés des écoles locales au Mali. Toutes les allocations de ces jeunes seront indemnisées par l’Apej. Parce que je suis la première lauréate du programme entreprenariat en Afrique du ministère des Affaires étrangères français. Ce programme a été repris depuis 2016 par l’Union européenne, qui a mis en place une convention avec l’Apej. Ceci afin que les jeunes de la diaspora puissent bénéficier d’un cadre spécial. En fait, je suis un peu utilisée comme un échantillon, un exemple. Et si mon parcours marche, beaucoup d’entrepreneurs passeront par le même chemin. Le ministre du Développement industriel compte nous accompagner pour que nous puissions avoir une place dans la Zone industrielle courant 2018. Il s’agira, pour nous, de construire une usine afin de travailler plus. En termes d’emplois, vous êtes au nombre de combien ? Nous avons une cinquantaine d’agents au niveau de la société Zabbaan Holding dont une trentaine de femmes. En fait, elles ne sont pas des salariées permanentes, mais elles viennent nous aider durant la saisonnalité notamment la saison de mangue qui va bientôt commencer. Elles seront avec nous pendant 4 à 5 mois. Et si nous avons des demandes fortes, elles viendront renforcer notre équipe. Quel sentiment vous a animé en participant à la 1re édition du Forum des investissements qui vient de se tenir à Bamako ? Effectivement, j’ai participé à ce forum parce que j’avais un stand. J’avoue que cela m’a donné beaucoup de visibilité. Jusqu’à présent, il y a des partenaires qui nous contactent. Ils veulent savoir plus sur les opportunités d’investissements au Mali. D’ailleurs, avant le Forum, il y a énormément de partenaires qui m’ont utilisée pour savoir plus sur l’environnement entrepreneurial du Mali, les facilités, les difficultés… C’est vraiment une bonne chose d’organiser ce genre de forum. Et tous les départements ministériels doivent initier leur forum afin de promouvoir notre pays pour effacer cette image négative. Ça fait très mal quand on parle du Mali à l’international et qu’on dise qu’il y a des attentats et une ligne rouge. Quelles sont vos ambitions ? Nos ambitions, c’est d’être vraiment le leader des produits de grandes qualités en Afrique, dans les années à venir. Il y a beaucoup d’entreprises qui font des produits, qui ne sont malheureusement pas de grande qualité. C’est juste pour faire des chiffres. Elles ne pensent pas à l’humain, à la qualité, qui est très importante. Là, nous voulons faire des produits de grande qualité qui sont consommés sur les marchés locaux, régionaux et internationaux. Nous comptons relever ce défi assez rapidement. Avez-vous un message à l’endroit des femmes entrepreneures ? Je pense que nous les femmes sommes très flexibles. Nous réfléchissons tout le temps. C’est vraiment de croire en soi et de travailler plus et d’être utiles pour la famille. Je pense que les parents doivent donner plus de chance et d’opportunités aux filles et les laisser faire des activités collectives. Moi, j’ai été basketteuse et j’ai été partout au Mali. Voilà pourquoi, je m’adapte partout. Alors que mes parents n’en voulaient pas du tout au début. Réalisé par A.B. HAÏDAR Source : aBamako aBamako

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