Tribune : Monsieur le Président IBK, vous aussi ….. ?

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Après les premières élections démocratiques, quand le parti ADEMA PASJ était tout puissant, il y avait un certain mépris de Koulouba (Présidence de la République) par rapport à Bamako – Coura (Comité Exécutif de l’ADEMA PASJ) pour le choix des premiers ministres et des membres du gouvernement. A ce mépris s’est ajouté en 1999 – 2000, une fronde contre le Président du Parti ADEMA PASJ de l’époque et Premier ministre du gouvernement, Ibrahim Boubacar Keïta dit IBK. Une fronde qui s’apparentait à un putsch politique menée de main de maitre par un quatuor : Soumeylou Boubeye Maïga, Soumaïla Cissé, Ousmane Sy et Mme Sy Kadiatou Sow. Il n’y a nul intérêt à répéter ici les arguments mis en avant pour déstabiliser IBK, président du Parti ADEMA PASJ et Premier Ministre. La suite est connue, IBK est parti en exil, le RPM est créé, l’ADEMA PASJ a perdu les élections de 2002 car une partie des cadres et militants du Parti qui ont décrié ce « putsch politique », dont je faisais partie, ont rejoint ATT pour le faire élire Président de la République. La fourberie et la déloyauté à l’égard d’IBK n’ont pas prospéré, le parti ADEMA PASJ ne s’en est jamais remis. A qui la faute ? Les historiens trancheront. Aujourd’hui, comment ce Président, hier trahi par les siens, malmené par les soi-disant « rénovateurs » à l’époque peut-il sciemment mépriser sa propre formation politique et dans une espèce de fuite en avant, aller confier sa tête à son bourreau d’hier? En milieu bambara, on dit « Ka siran fo ka i koun kalifa a ti ba la » ! Félicitation Monsieur le Premier Ministre Soumeylou Boubeye Maïga, vous êtes un digne disciple de Machiavel, dans tout ce que ce qualificatif a de noble par rapport à la gestion de l’Etat et à l’homme d’Etat que vous êtes. Par contre, Monsieur le Président de la République de quoi avez-vous peur pour donner au Mali un tel gouvernement? Le Pays ne méritait-il pas mieux? La démocratie malienne ne vaut-elle pas la peine que vous la confortiez en donnant à César (RPM) ce qui appartient à César? Monsieur le Président de la République avez-vous peur que la crise au nord du Mali vous échappe ? Alors, ce gouvernement n’est pas la solution. Le premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga, de même que le ministre Mohamed Ag Erlaf sont des acteurs originels de la crise au nord du Mali, à travers Ganda Koy, la réaction armée des sédentaires sonrai contre la rébellion touareg de 1991 et l’ARLA de Mohamed Ag Erlaf membre de cette rébellion. S’ils n’ont pas pu s’entendre dans le cadre du pacte de 1991, ce n’est pas les accords d’Alger, portés par leurs « descendants » qui vont les réunir. En outre, ayant été ministre de la défense, et donc en choc frontal avec les mouvements rebelles de 2012, la capacité de négociation et la marge de confiance du premier ministre sont forcément réduites. Il n’est pas surprenant alors que Mohamed Ag Erlaf et Moussa Alassane Ag Hamed Moussa se soient installés à l’Administration Territoriale et la Décentralisation et aux Collectivités Territoriales pour veiller à la poursuite de la large autonomie à accorder aux régions du nord, à défaut de l’obtention d’une République Fédérale ou carrément de l’indépendance. Personnellement, je suis convaincu que ces deux cadres sont des maliens, patriotes et n’ont jamais été pour l’option d’indépendance des régions du nord. Mais, ils veilleront au grain ! Monsieur le Président de la République, ce gouvernement pourrait laisser penser à un « rappel de troupe » pour contre carrer tout mouvement éventuel au sein des forces armées et de sécurité suite à la descente dans l’arène politique du général Moussa Sinko Coulibaly. Le Ministre de la défense Soumeylou Boubeye Maïga ayant fait taire Kati, le premier Ministre du même nom pourrait museler les « pro putschistes » et autres partisans de cet autre général Amadou Aya Sanogo. Ce gouvernement pourrait s’interpréter également comme une digue contre l’URD de Soumaïla Cissé, tout le monde connaissant « l’entente cordiale » entre le premier ministre et le chef de l’opposition depuis les élections de 2002. Ce rappel de troupe n’est pas opportun, il est porteur de conflit et va crisper les acteurs des élections de 2018. Il fruste le RPM qui compte pour du beurre dans l’éventuelle réélection du président IBK pour un second mandat. Tout compte fait, ce gouvernement ne présente un réel intérêt que pour les intérêts géostratégiques de la France qui a peut être joué à sa mise en place. En effet, quel intérêt pour notre souveraineté le choix d’un premier ministre entendu pendant 48h dans les locaux de la justice française, et dont on ne sait rien de ce qui a été dit. Quel intérêt pour le Mali, la nomination d’un ministre des affaires étrangères qui a signé en tant que ministre de la défense, l’accord de défense entre le Mali et la France, consacrant le retour de l’armée française sur le sol malien comme en pays conquis. Recolonisation dirait l’Imam Mohamoud Dicko de l’AMUPI. En témoignent les visites incessantes et impertinentes des présidents et des ministres de la défense français au Mali, dans le septentrion, là ou même le président de la République n’ose y aller! Cet accord de défense fait suite à la lettre scélérate écrite par l’Elysée, envoyée au Président Dioncounda Traoré afin qu’il la réexpédie à Hollande sous sa signature pour autoriser l’opération SERVAL. (Notre Guerre Secrète au Mali. Les Nouvelles Menaces Contre La France”; Isabelle Lassere et Thierry Oberlé, FAYARD, 2013). L’opération SERVAL n’étant autre chose qu’un réajustement du PLAN REQUIN de 2009 de Sarkozy refusé par ATT. Elle a couté la bagatelle de 647 millions d’euros (Cours des Comptes de la République francaise, rapport parlementaire, Atlantico, 3 Décembre 2013), soit environ 420 550 000 000 FCFA. Hollande a lancé l’Opération Serval au Mali parce que selon les experts français, le gisement d’uranium d’Arlit au Niger était aussi menacé. Aujourd’hui, les masques sont tombés, ceux qui ont participé à la vaste opération de déstabilisation du Mali et de ATT sont connus et doivent se cacher plus tôt que de vouloir briguer une présidence au Mali. Le peuple malien n’est pas amnésique! Il se demande qui va payer la facture de l’Opération SERVAL? Malgré les démentis de l’ambassade de France au Mali, aucune autorité malienne n’est venue nous rassurer que la France n’est pas en train de se payer par l’extraction des ressources minières du nord et n’utilise pas le Sahara pour y déposer des déchets radioactifs des centrales nucléaires françaises qu’aucune commune française n’accepte plus. L’Allemagne ayant aussi considérablement réduit sinon arrêté le retraitement des déchets nucléaires français sous la pression des ONG. Alors, Messieurs et Mesdames les ministres en charge des mines et de l’environnement qu’en dites-vous? Monsieur le Président de la République, ceux-là qui sans être du RPM, vous ont accordé leur confiance pour la magistrature suprême du pays sont perplexes et désorientés par vos choix de premier ministre, vous la « victime d’un certain congrès extraordinaire ». En ce qui concerne Soumeylou Boubèye Maïga, ce n’est pas que l’homme ne soit pas patriote et compétent pour la fonction, mais son choix ne vas pas dans le sens de l’apaisement ni du jeu démocratique, ni des crises identitaires au nord Mali. Je vois personnellement Monsieur Soumeylou Boubèye Maïga dans une mission panafricaine au nom du Mali, porteur des initiatives pour un futur ensemble des « Etats Unis d’Afrique». Pourquoi gaspiller nos potentiels d’envergure africaine pour des stratégies à court terme ? Je voudrais rassurez les membres du gouvernement qu’il ne s’agit pas là d’une appréciation de leur qualité intrinsèque par rapport à leur mission, ce qui serait prétentieux de ma part, mais de l’appréciation d’une vision stratégique de la gestion des affaires publiques dans un contexte démocratique et de l’influence étouffante et arrogante de la France. Seydou Traoré, ancien ministre. Militant ADEMA PASJ. Source : aBamako aBamako

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