Droit à l’eau : Un combat de tous les jours

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«Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… ». Un clin d’œil aux droits de l’homme à travers le droit à l’eau La planète terre compte seulement 3% d’eau douce. Sans cette eau, aucune vie n’est possible sur terre. L’eau peut paraitre un bien commun, cependant elle est aléatoirement repartie. Elle est facile d’accès pour certains et très rare pour d’autres. Cette suffisance des ressources en eau suscite parfois rivalité et même conflit. Les préoccupations liées à l’eau nous imposent donc une gestion attentive et concertée. Dans certains pays, la gestion de l’eau peut révéler une forme d’injustice. Ainsi c’est le cas lorsque l’Etat n’assume pas ses responsabilités quant à la disponibilité de l’eau pour tous ses citoyens. Une résolution intitulée «le droit de l’homme à l’eau et à l’assainissement » a été adoptée le 28 juillet 2010 par l’Assemblée générale des Nations unies. Elle a permis de mettre l’accent sur l’importance de l’accès équitable à l’eau potable. Ainsi, le droit à l’eau constitue un droit fondamental pour chaque personne et un préalable à la réalisation de tous les droits humains. La variabilité de la disponibilité en eau dans l’espace n’est pas toujours prise en compte par les politiques nationales de gestion de l’eau. Cette problématique liée à l’eau nous pousse parfois à nous poser certaines questions. Avons-nous les mêmes droits lorsque certains disposent de l’eau sans se tourmenter l’esprit de sa provenance ou de sa qualité pendant que pour d’autres, toute eau est bonne à consommer ? Avons-nous les mêmes droits si pour certains, l’eau c’est tout de suite et sur place alors que pour d’autres, la distance n’est pas un empêchement ? Où est la justice quand l’eau devient source de pouvoir et non de droit ? Avons-nous les mêmes droits lorsque l’eau de boisson se résume pour certains à de l’eau de mare ? Avons-nous les mêmes droits lorsqu’au point d’eau le nom de famille détermine la préséance dans la file d’attente? Où est l’égalité des droits si certains enfants parcourent 20 km pour chercher de l’eau pendant que d’autres sont à l’école ? Devons nous attendre une crise pour agir ? Le droit à l’eau a été reconnu implicitement dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (article 25). Aussi, les Nations unies, de plus en plus, considèrent l’eau comme un facteur important de conflits. Ce nouveau concept, «eau et maintien de la paix », se matérialise bien dans le contexte du Mali. En effet, dans une très grande partie du nord du Mali où les populations sont exposées au stress hydrique, les rivalités entre usagers autour des points d’eau se multiplient. Ces rivalités peuvent ainsi s’étendre en conflits communautaires. Dans un environnement de crise comme celui que connaît le Mali depuis 2012, ces oppositions d’intérêts mettent à mal les acquis et les efforts du maintien de la paix. Aussi, Shimon Peres disait: «Après les conflits liés à l’eau reste toujours le problème de l’eau». Au Mali, malgré l’intervention de certaines ONG, l’approvisionnement en eau demeure un chemin de croix pour la majeure partie des populations au nord. La distance parcourue pour chercher de l’eau peut atteindre les 25km. Ce sont les femmes et les filles qui ont généralement la lourde tache de l’approvisionnement en eau. Les difficultés d’accès des points d’eau mettent en grand danger les femmes et les filles. Elles s’avèrent aussi un obstacle à l’éducation des jeunes filles. Face à cette situation, le gouvernement se doit de mettre tout en œuvre pour atténuer la souffrance des populations du nord par rapport à la problématique de l’approvisionnement en eau potable. La mise en place de la politique nationale de l’eau est un acquis indéniable. Cependant, son effectivité est loin d’être optimale. L’exercice du droit à l’eau impose à l’Etat certaines obligations vis-à-vis de la population. Parmi elles, il y a celles de garantir un accès fondé sur l’équité de l’accès à l’eau de toute la population (principe de non discrimination), de concevoir des dispositifs sur toute l’étendue du territoire pour l’accès à l’eau (réalisation progressive) et la justiciabilté du droit à l’eau. L’expérience montre que des pays, jadis moins nantis que le Mali quant aux conditions de disponibilité de l’eau, ont pu relever ce défi. En effet tout, dépend de la volonté et de l’engagement du gouvernement. L’Etat devra fixer la problématique de la disponibilité de l’eau comme la priorité de ses politiques de développement. Cela implique la mobilisation de fonds conséquents sur le budget pour de grandes réalisations d’infrastructures au Nord. Le développement du Mali ne peut se limiter à Bamako et ne peut être laissé aux bons soins et à la bonne volonté des ONG. Ainsi, pour dégager des fonds et dans un dessein d’équité, l’Etat pourrait taxer davantage les redevances de la distribution en eau de la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP) afin de financer ces projets. Cela permettra et, de préserver la ressource en eau du gaspillage et, d’étendre l’accès de la population malienne à l’eau potable tout en visant l’atteinte de l’objectif du millénaire lié à l’accès à l’eau. Souleymane Sidibé Chargé de Développement à African Business School Source : aBamako aBamako

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