Zahabi Ould Sidi Mohamed sur le processus de DDR: malgré le contexte préoccupant, je pense qu’il y a lueur d’espoir

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Suite à la 23è session du Comité de suivi de l’accord tenu le lundi et mardi derniers, à Bamako, les parties signataires de l’accord ont arrêté un nouveau chronogramme de mise en œuvre de certains volets prioritaires de l’accord pour la paix allant du 20 janvier à mi-mars, dont le DDR. Pour mieux expliciter cette dernière question, nous avons rencontré pour vous, le président de la Commission nationale de Désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants (DDR), l’ancien ministre Zahabi Ould Sidi MOHAMED, qui nous a fait le point des acquis et les défis qui se posent au processus de DDR. Selon lui, des avancées certaines ont été enregistrées en matière de financement et de réalisation des sites. Pour lui, malgré les difficultés, l’espoir est permis ! Info-Matin : Pouvez-vous parler du processus de DDR actuellement sur toutes les lèvres ? Zahabi : En ce qui concerne le Désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants (DDR), l’Accord pour paix et la réconciliation nationale au Mali issu du processus d’Alger, a prévu trois structures dans le cadre de sa mise en œuvre. Ces trois structures travaillent toutes directement ou indirectement sur la question du DDR. Il s’agit de la Commission nationale pour le DDR ; la Commission intégration qui est dirigée par le général, Gabriel POUDIOUGOU ; et la Commission nationale de la RSSS, sous la tutelle du Premier ministre et qui dispose d’un Commissariat dirigé par le général DIALLO. Ces trois commissions travaillent ensemble. Info-Matin : Comment se passe actuellement les activités du DDR ? Zahabi : Pour le processus de DDR, il faut savoir que les mouvements signataires ont connu des fractionnements. A côté de la Plateforme et de la CMA, vous avez aujourd’hui que d’autres mouvements se sont créés et qui, lors de la signature avaient adhéré à l’un des deux mouvements reconnu dans l’Accord pour ne pas rater l’occasion. Depuis la signature de l’Accord, ce problème demeure toujours. Le CSA (Comité de suivi de l’accord) a essayé de trouver des solutions sur la base d’un consensus entre les mouvements. Car la multiplicité de ces mouvements a créé trop de problèmes. Dans tous les cas, pour ce qui est de la commission nationale de DDR, qui relève du ministère de la Défense et des anciens combattants, pour l’année 2017, on nous avait fixé 4 objectifs, à savoir : la table ronde pour le financement du DDR ; rendre opérationnel les bureaux du DDR ; mettre en place les bureaux régionaux et les équiper ; et enfin, démarrer le DDR. En termes de bilan pour 2017, nos objectifs ont été largement atteints. Pour preuve, la Commission a un siège qui est fonctionnel. De même, nous avons atteint les 50% du financement du DDR qui est de 50 millions de dollars suite à la réussite de la table ronde. Aujourd’hui, sur les 50 millions de dollars, la banque mondiale a mobilisé 15 millions. De son côté, le gouvernement malien a, lui aussi, mobilisé 10 millions de dollars. Ce qui fait un total de 25 millions de dollars, soit 50%. A l’issue de la table ronde, beaucoup d’autres partenaires ont manifesté leur intérêt pour le programme. Ils nous ont rassuré que dès que ça démarre, ils vont donner leur contribution. Sur le volet, DD (désarment, démobilisation) qu’on exécute conjointement avec la MINUSMA, son coût avait été évalué à 28 millions de dollars. Pour ce volet, 21 millions dollars ont été mobilisés par la MINUSMA et ses partenaires. Grâce à ces 21 millions de dollars, la MINUSMA a financé les 8 sites de cantonnement qui sont aujourd’hui déjà prêts. Le reliquat de ce montant nous permet aujourd’hui de démarrer le cantonnement. Info-Matin : Où en sommes-nous avec les sites de cantonnements ? Zahabi : D’abord, il faut reconnaitre qu’il y a eu des progrès importants en ce qui concerne le financement de ce processus. S’agissant des bureaux régionaux, tout a été ouvert y compris celui de Kidal et des chefs d’antennes ont été recrutés. Aussi, des bâtiments ont été réhabilités et équipés en ordinateurs pour abriter ces bureaux régionaux. A l’heure où je vous parle, les activités sont prêtes à démarrer en ce concerne Taoudénit, Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka et même Mopti qui est concernée par le DDR, selon le décret de création de la Commission. Là aussi, vous pouvez constater que cet objectif est largement atteint. Pour le démarrage des activités, pour renforcer leurs capacités, le personnel de la commission et de ses démembrements ont été formés. Il y a eu aussi l’acquisition par le gouvernement d’un local pour abriter l’équipe des experts mis à la disposition de la Commission par la Banque mondiale. Tout est fin prêt pour le début des opérations sur le terrain. Info-Matin : Y a-t-il aujourd’hui un préalable pour le démarrage des opérations ? Zahabi : Sur le plan même du processus de DDR, le gouvernement et les mouvements signataires sont tombés d’accord pour signer deux documents importants qui sont un préalable pour le démarrage des opérations sur le terrain. Il s’agit tout d’abord du mode opératoire du cantonnement qui été signé par tous les mouvements au niveau du CTS et approuvé par la médiation internationale. Dans ce document, il est dit que pour être éligible au programme DDR, il faut que le combattant appartienne à un mouvement, qu’il ait une arme de guerre. Là aussi, il y a les différents critères sur une arme collective. A savoir le nombre de combattants qui doit être accepté pour les différents types d’armes collectifs. Par exemple, pour une mitrailleuse, il faut 5 combattants. Cette précision est très importante dans le processus, car ça clarifie les choses pour éviter les quiproquos entre les parties. L’autre aspect important sur le mode opératoire, il est dit que la qualité de combattant doit être certifiée par les spécialistes. Il y’aura des tests techniques de vérification pour éviter que les chômeurs ne viennent éventuellement grossir le lot des combattants. Le deuxième document signé par les parties concerne les critères d’intégration. Aujourd’hui, la seule question qui reste à régler, c’est celle des quotas. Pour le moment, il n’y a pas eu un point d’accord entre les parties sur cette question. A ce sujet, le gouvernement a notifié sa position au groupes armés et à la médiation qui a été approuvée par les parties. Parce qu’il faut savoir quand même que les moyens de l’Etat sont limités et le gouvernement ne peut pas intégrer tous les combattants à cette fonction publique. De ce fait, les combattants ont deux options. Ceux qui vont intégrer la fonction publique au sens large, y compris les forces armées et de sécurité. Et ceux qui seront admis à la réintégration sociale. Là aussi, la Banque mondiale a déjà mobilisé un financement pour la démobilisation de 4000 combattants. Info-Matin : Comment allez-vous gérer la question de quotas pour les différentes options ? Zahabi : On regard de tous ces aspects, il est clair qu’on ne peut pas dépasser un certain seuil dans les quotas d’intégration. Il reste à finaliser ce point conformément aux recommandations du dernier CSA. Si un accord est obtenu sur ce problème de quota, on pourrait commencer le processus de pré-cantonnement, d’enregistrement des combattants. De ce fait, les huit sites déjà aménagés seront utilisés. D’ailleurs, sur les huit sites aménagés par la MINUSMA, le gouvernement a ajouté deux autres sites. A savoir, Gargando à Goundam et le site de Ténenkou. Pour le reste des 24 sites retenus, on verra aussi s’il y a la possibilité de cantonner les combattants. Info-Matin : Comment se fera le cantonnement ? Zahabi : En la matière, il ne s’agit pas de construire des hôtels 5 étoiles, mais de réunir un minimum de conditions pour que l’opération puisse se dérouler en toute sécurité. Autre précision de taille, le séjour de cantonnement ne doit pas dépasser deux semaines et tous les combattants ne seront pas regroupés à la fois. Ils seront accueillis en petit groupe pour faire la part des choses. A la fin de ce processus, les combattants seront dotés d’une carte de démobilisé. Ceux qui seront admis à l’intégration aux structures de l’Etat vont aller directement. Quant à ceux qui doivent bénéficier de la réinsertion sociale, ils seront recensés et des écoles de formation professionnelles identifiée, à travers le pays pour les accueillir. Globalement, le programme se porte bien. Je viens de boucler une tournée, il n’y a pas une semaine dans toutes les bases des mouvements. Info-Matin : Au regard de tout ce qui est dit aujourd’hui en matière de retard dans la mise en œuvre du processus, quels sont vos constats ? Zahabi : Le constat qui se dégage aujourd’hui, c’est que les populations sont fatiguées et veulent que le désarmement se fasse plus tôt possible. Parce que les gens sont fatigués des braquages, de l’insécurité dans laquelle ils vivent. Tout le monde estime que ce processus de cantonnement va permettre de faire la différence entre ceux qui sont dans le processus de l’accord et les ennemis de la paix. En plus de l’opération du G5Sahel sur lequel le président s’est beaucoup investi, nous pensons que si ce processus de cantonnement débute, on peut rapidement faire la différence entre les partenaires de la paix et les autres, cela va faciliter les opérations du G5Sahel. Nous avons aussi constaté qu’il y a une multiplication des groupes armés sur le terrain et qu’il y a beaucoup d’armes qui circulent. Beaucoup plus que ce que j’aurai pu imaginer. Cela est très inquiétant. En d’autres termes, il faut tout faire pour que le cantonnement ait lieu pour que ces armes soient gérées de manière à pouvoir impacter positivement la vie de nos concitoyens. Les populations sont fatiguées avec cette prolifération des armes et des groupes armés et leurs conséquences sur la sécurité. Info-Matin : Est-ce que vous connaissez les effectifs réels des combattants des différents groupes armés ? Zahabi : C’est une question très importante. Nous allons lancer le processus à Tombouctou. Il y aura un recensement des combattants, avec le nom du combattant, l’arme qu’il possède, sa marque et son choix dans le cadre du DDR. D’ailleurs, l’une des recommandations de la 23ème session du CSA est de certifier les listes des combattants des mouvements signataires. Malgré le contexte préoccupant, je pense qu’il y a une lueur d’espoir parce que les mouvements signataires sont d’accord sur le processus. Il y a eu des avancé notoires et aussi les moyens qui sont dégagés à 50%. Ce qui montre qu’on peut commencer. Maintenant, le plus grand défi reste à la volonté et l’engagement de tous les mouvements signataires. Certes, il y a certains qui ont démontré leur engagement pendant que d’autres continuent de monter la surenchère. Mais, nous restons optimistes qu’au cours des semaines à venir, le processus d’enregistrement et de certification des listes des combattants va commencer. Et que cela aura un impact positif, non seulement sur les prochaines échéances électorales. Info-Matin : Aujourd’hui, certains responsables de groupes armés exigent des garanties pour leur désarmement, qu’en pensez-vous ? Zahabi : S’agissant de la question des garanties exigées par certains groupes armés pour intégrer le processus de DDR, je pense que cette question relève du dilatoire. Car il n’y a pas plus de garantie actuellement que l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale. Il n’y a pas de garanties supplémentaires ! Restons optimistes, le temps est très court. Nous pensons que si tout le monde s’y met, on peut positivement changer la situation et améliorer du coup, la sécurité et les conditions de vie des populations qui ont trop souffert de cette situation d’insécurité. Propos recueillis par Abdoulaye OUATTARA
Source : Africatime Africatime

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