Billet d’indignation : Le Mali n’est pas l’Afghanistan

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Depuis ce week-end une cabale médiatique est lancée contre le Mali dans la presse française. L’élément déclencheur d’un journaliste chroniquant sur la situation du Mali. De son bureau parisien, Vincent Hervouet entreprit de réaliser sa chronique géopolitique sur la situation du Mali, le vendredi 26 janvier 2018, dans l’émission de Patrick Cohen sur Europe1. Si ce n’était qu’une chronique ! Indexer pour annexer ? Une intention installée dans le ton du journaliste, martellement appuyé, limpide, chaque mot ingénieusement choisi. Salir le Mali. Ses mots du point de vue de la sémantique sont expressément incisifs, dans le dessein de convaincre. L’emballement politico-médiatique mis en scelle (selle aussi). Une chronique à charge contre un pays fragilisé, le but étant de fragiliser davantage un président en manque de confiance qui peine à rassurer son opinion public sur la problématique sécuritaire, de surcroît un pays dont l’opinion se trouve également divisée sur son président. Le ton est donné si IBK se représente le Mali sera mis à feu et à sang. Eh merde France de quoi je me mêle ? Une manipulation de l’opinion publique française sur l’instabilité du Mali dont les enfants donnent de leur vie dans la crise malienne. Profiter de la fissure pour placer ses pions. Nous savons comment des cafés de Saint-Germain aux studios parisiens de radios privées françaises se concoctent la manipulation de masse. Ces grands groupes sont détenus par des hommes d’affaires qui ont des intérêts financiers au Mali. Le martellement médiatique en une journée peut convaincre une opinion nationale qui paie aussi de sa tribu qu’urgentissime se présente l’intervention imminente dans le Sud du Sahara. Envahir le Mali ? Nous vous voyons venir. Le Mali n’est pas l’Afghanistan ! France, le Mali est notre demeure, nous ne la laisserons pas brûler par quelque pyromane qui voudra jouer aux pompiers après. Ni de pompiers, ni médecin urgentiste, nous nous en sortirons. Soit la France et le Mali ont des intérêts communs, en partenaires égaux réfléchissent ensemble pour sortir le Mali du pétrin, soit la France et le Mali devront se dire au revoir un temps pour que chacune des parties retrouve son esprit. Le Mali ne deviendra pas le nouvel Afghanistan indexé de la communauté internationale pour sauver le soldat colonial. Non, nous refusons. Quel est le projet de la France pour la sortie de crise au Mali ? Le projet est-il de convaincre que le Mali serait devenu cet Afghanistan ? Convaincre l’opinion internationale, comme dans le cas de l’Irak que firent les USA, de la Libye que fit Nicolas Sarkozy qu’il faut une descente imminente au Mali pour régler la crise ? Venue en amie en janvier 2012, elle se met à dos tout un peuple. Cette technique du choc qui consiste à diaboliser avant tout acte interventionniste, jamais dans le Mali millénaire, quand Paris était Lutèce, Koumbi Saleh était, fonctionnait déjà sur un système étatique et juridique établi, Tombouctou recevait des savants du monde autour des grands pôles universitaires des humanités et des sciences. Le Mali tient debout et tiendra Ce Mali qui tient encore sur ses colonnes vertébrales malgré des secousses se trouve fort de l’histoire des savants de Timbuktu. Nous défendrons notre Mali et nous ne nous laisserons pas faire. La France de la droite dure et de sa droite molle veut diaboliser notre patrie. Eh bien nous ne nous laisserons pas faire. L’islam s’est établi sur sa diversité religieuse, c’est cela qui nous vaut l’honneur de notre laïcité initialement écrit dans les tariq d’Ibn Batouta. Nous ne nous laisserons pas couvrir du drap du salafisme et du jihadisme. Cela n’est pas ignorer les problèmes du Centre et du Nord objectivement traités par l’intelligentsia malienne. Les disciples insoumis de Jaurès ne vous laisseront pas mener votre projet sordide de diabolisation du Mali. Pourquoi les pays de la Francophonie peinent à se développer ? Problème de management dès le départ ? Dans les cercles de discussion aujourd’hui au Mali se pose une question capitale, pourquoi l’Afrique anglophone décolle, se développe quand celle francophone arrive à peine à sortir des guerres fratricides ? Disciple de la coresponsabilité, aucun amalgame ne me fera admettre que tout est de la seule faute de l’ancienne puissance coloniale. Et si on remontait à la gestion coloniale ? Oh seigneur les discours qui ramènent à l’esclavage et le colonialisme ne sont pas une tasse de thé appréciée, mais des questions méritent de se poser. Et si on n’avait pas nourri et mis en place ces fichus réseaux d’influence de la France-Afrique, ce réseau de barons mafieux qui pillent ce continent riche de ses propres ressources avec la complicité des enfants indignes de l’Afrique, où en serons-nous ? Le modèle de coopération et de collaboration est à revoir sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest francophone. Le Mali n’est pas l’Afghanistan nous ne vous laisserons pas mener ce projet diabolique macéré, je ne sais dans quel fût. Ce vin ne sera pas tiré. Chers Maliens soyons prêts et disons notre vérité pour éviter notre déclin. Formons ce rempart intelligent autour de notre nation pour éviter que la digue que l’on veut écrouler sur nous ne cède pas. Le Mali est un Etat souverain et aucun pays fusse-t-il ancienne puissance coloniale ne peut le contraindre à quoi que ce soit. Au-delà de l’indignation, nous résistons et résisterons. Et si le Mali doit dire merde à la France, elle le fera. Chère France, sans doute que nos chemins se sépareront à l’aube de 2018. Ces mots qui filent sous ses doigts sont aussi français, francophile je suis, francophone, je suis, française elle l’est. Le Mali a besoin de ses enfants, ils répondront présent bi, chini, chini kênê, fô ka djiyen wili : anytime, anywhere, for ever. Le Mali n’est pas l’Afghanistan, en remontant le fil encore et encore du film de Naomi Klein, La technique du choc, figé dans le cerveau et dans le cœur, qui explique comment ces grandes puissances arrivent à démunir le monde soit par un creuset important d’inégalité sociale, de la famine, la peur et de la guerre. Une fois les ingrédients du choc réunis endiamo el diablo. Et voilà, la locomotive anti-développement lancée figeant l’humain dans la peur, la peur de ne pas y arriver, la peur de la guerre, la peur de manquer, la machine peut broyer encore et encore. La France n’est pas le seul pays au monde, nombre de pays lui ont tourné le dos, s’il advenait que nous prenions cette décision ce ne sera pas une première. Les anciennes colonies tournent en rond, tétanisées dans le dilemme de couper le cordon ombilical ou rester sous la protection. Eh ben, à un moment donné, quand il faut y aller, il faut y aller. La position inconfortable de l’enfant zèbre La France met ce jour tous ses binationaux maliens et français ou français et maliens dans l’embarras. Ces êtres écartelés entre deux rives, la destinée des enfants zèbre. Ils assistent tiraillés par le sentiment de ne trahir ni l’un, ni l’autre pays. Mais des deux parents quand l’un déconne, l’enfant a le devoir de rappeler celui qui déraille. Pour ce coup tu dérailles chère France. La France a contribué à former des êtres que nous sommes ; quand vient à dire la vérité, cela se doit. Voilà une position bien inconfortable de prendre la plume contre le père quand la mère se trouve menacée. La France ne facilite pas la tâche à ses autres enfants. Chère France, sache que chaque impair commis, que chaque pas vers la stigmatisation du cher Mali, vous compromettez la vie au Mali de milliers de français dont nous faisons partie. Le Mali n’est pas l’Afghanistan, j’accuse, je refuse, le Mali n’est pas l’Afghanistan ne le sera pas. Jeunes du Mali prenez la plume, mots contre mots, disons Non du haut de la Falaise de Bandiagara. Nous ne sommes pas un petit peuple, chaque peuple à sa destinée, souffrons de prendre la nôtre entre nos mains. Qu’enfin sorte notre Mali rêvé ! Dia Djélimady Sacko

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Source : Maliweb Maliweb

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