Mahamat S. Annadif SUR LA Présidentielle 2018: « ne jetons pas de l’huile sur le feu »

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À quelque mois des élections présidentielle et législatives, les attaques des adversaires politiques contre le pouvoir font rage, alors que notre pays reste encore très fragile, cinq ans après l’occupation de 2/3 du territoire par des narco djihadistes. Toutes les astuces sont bonnes pour mettre dos à dos le pouvoir et le peuple, et amener le président en exercice à abdiquer pour la prochaine course pour Koulouba. En observateur et garant de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger, le chef de la MINUSMA, Mahamat Saleh Annadif, émet des réserves et se montre plus prudent, à la différence des politicards qui veulent tout peindre en noir. En tout cas, dans un entretien qu’il a accordé à Mikado FM, il se réjouit déjà des concertations entre la classe politique dans la perspective des élections qui auront lieu en cette année 2018. Cinq ans après l’occupation djihadiste, il faut reconnaître que beaucoup reste encore à faire pour que notre pays redevienne un havre de paix. L’État peine toujours à étendre son autorité sur l’ensemble du territoire, l’insécurité résiduelle empêche le retour de l’administration partout et avec elle les services sociaux de base. ‘’Les autorités de l’État nous parlent d’insécurité résiduelle et d’éléments égarés, mais comment voulez-vous croire à la paix quand des gens sont tués en pleine rue et que nous souffrons de la mauvaise gouvernance’’, s’interroge un élu de Tombouctou devant un confrère du Figaro ? Si la plupart des chefs qui dirigeaient la ville sous l’occupation d’Aqmi, la branche sahélienne d’Al-Qaïda ont été éliminés, il n’en demeure pas moins que certains ont pu passer au travers des mailles du filet. C’est le cas de Houka Houka. Arrêté en 2013, il dirigeait la justice islamiste à Tombouctou sous le règne d’Al-Qaïda et procédait à ce titre à des amputations au nom de la charia. Il a été libéré deux ans plus tard dans le cadre des négociations entre le Gouvernement et les groupes rebelles non djihadistes, témoigne-t-on. Depuis, le petit juge coupe des membres dans son fief de Zouera et réclame l’ouverture d’écoles coraniques. Des attaques terroristes continuent de faire des victimes au niveau de la population civile et militaire, y compris au sein du contingent de la MINUSMA au Centre et au Nord du pays. On se rappelle à ce titre, les dernières attaques meurtrières à Youwarou et Boni le jeudi dernier, à Soumpi, le samedi et Ménaka le dimanche dernier. Mais le plus grand danger actuellement est sur le front politique où le chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé, met au compte du Gouvernement actuel, tout le mal de notre pays. Soumaïla Cissé et l’opposition, d’une manière générale, semblent être déjà dans une logique de contestation des résultats du scrutin présidentiel : ‘’Les Maliens ont été dupés’’ », affirme-t-il. ‘’Le régime sortant est dans l’obligation d’organiser des élections libres et indépendantes, sous peine de prendre la responsabilité historique de laisser le pays plonger dans le chaos. Après 5 ans d’échec, les Maliens doivent pouvoir choisir et se prononcer’’, a déclaré M. CISSE, tout en réclamant un audit du fichier électoral, le mardi dernier lors de sa présentation de vœux à la presse. Des reproches bien injustes et souvent des contre-vérités sont orchestrés pour détourner l’attention de l’opinion. Ces derniers jours, certains parlaient même de sanctions du Conseil de sécurité contre le gouvernement du Mali pour n’avoir pas fait suffisamment pour la mise en œuvre de l’Accord pour la paix. Selon le ministre des Affaires étrangères, Tiéman Hubert COULIBALYaly, il n’en est rien. S’il y a retard dans la mise en œuvre de cet Accord, les responsabilités se trouvent ailleurs : ‘’le Gouvernement du Mali a fourni des efforts réels pour la mise en œuvre de cet accord et continue de le faire. Il y a un chronogramme qui a été convenu entre les parties maliennes. Nous savons que nous n’avons pas d’options politiques alternatives à cet accord. Mais il faut que toutes les parties jouent le jeu. Aujourd’hui, comment veut-on mettre fin à un conflit si les parties signataires n’acceptent pas de désarmer ? Quand allons-nous commencer le cantonnement ? Quand les listes seront-elles fournies pour cela ? Et par rapport au processus politique, il ne vous a pas échappé que nous avons reporté les élections prévues en décembre pour le mois d’avril afin d’obtenir le plus d’inclusion, en direction de ces mouvements signataires ». Du côté de la MINUSMA, l’on ne semble pas vouloir se laisser distraire. Le chef de la MINUSMA, Mahamat S. Annadif, se réjouit du dialogue politique enclenché par le régime. Selon lui, le Mali est dans une situation de post conflit et il ne faut pas commettre l’erreur imparable, ‘’les Maliens, leurs partenaires, nous les Nations Unies ne doivent pas ajouter de l’huile sur le feu’’ avant de poursuivre : ‘’nous sommes en train de régler une crise, il ne faut pas que les élections provoquent une nouvelle crise. C’est en cela que nous disons qu’il faudrait aller à des élections apaisées, transparentes, faire en sorte que tout le monde accepterait les résultats’’, a-t-il conseillé dans un entretien confié à la radio onusienne, Mikaido FM. Il note que depuis la formation du nouveau gouvernement, la concertation tant souhaitée n’a pas fait défaut : ‘’que cette concertation existe au niveau du gouvernement, quand j’écoute les déclarations du chef de l’opposition, quand j’écoute les déclarations du Premier ministre, quand j’écoute les discussions du Conseil de sécurité des Nations Unies, tout le monde est unanime pour qu’il y ait le maximum de concertations, le maximum de consensus pour qu’on aille vers des élections apaisées. Vous avez écouté le chef de file de l’opposition qui dit, ‘’ratons tout, sauf ces élections’’. Bon, je crois que c’est ce consensus que nous recherchons tous et nous avons vraiment encouragé le gouvernement pour avoir reporté les élections locales dans le temps pour permettre une concertation plus large qui puisse prendre en compte les préoccupations des uns et des autres’’, a-t-il clarifié. Si les élections régionales, locales et communales partielles ont été reportées pour plus de consensus, la tenue, à date, de la prochaine présidentielle et des législatives constitue un véritable défi démocratique pour les autorités nationales à relever à tout prix. Par Sidi DAO Source : aBamako aBamako

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