Soumaila CISSE, un opposant qui n’inspire pas confiance

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Candidat « malheureux » au 2e tour de l’élection présidentielle de 2002 et 2013 respectivement face à Amadou Toumani Touré et Ibrahim Boubacar KEITA, l’ingénieur en informatique Soumaila CISSE continue de convoiter le fauteuil présidentiel. Figure de proue de l’opposition démocratique et républicaine depuis 2013, le Président de l’Union pour la Démocratie et la République (URD) ne rate aucune occasion pour se légitimer auprès des maliens. Tous les « échecs » du pouvoir sont exploités lors des sorties fortement médiatisées en vue de ternir son image. Il n’est certainement pas seul dans cet exercice démocratique. Mais du rang des leaders dissidents de l’ADEMA-PASJ, il est unique à ce jour à pouvoir se mesurer de manière remarquable sur l’arène politique à Ibrahim Boubacar KEITA. Par son apposition viscérale au pouvoir, l’on est souvent tenté de croire à un renouveau politique avec un certain Soumaila CISSE après plus de deux décennies de vie démocratique dont il fut un acteur politique déterminant. Plusieurs fois ministre sous Alpha Oumar Konaré et soutien précieux du Président Amadou Toumani TOURE, Soumaila CISSE pourra-t-il marquer la rupture après plus de 25 ans de gouvernance dont les résultats sont connus ? Pour répondre à cette question, il sera nécessaire de faire une rétrospective sur le parcours d’un homme qui côtoie le pouvoir depuis 1992. Soumaila CISSE, un acteur clé de la gestion du Président Alpha Oumar Konaré Militant de l’ADEMA PASJ, Soumaila CISSE a occupé les hautes fonctions au sein de l’Etat dès le lendemain de l’investiture d’Alpha Oumar Konaré, vainqueur au sortir du scrutin présidentiel de 1992. D’abord Secrétaire Général de la Présidence de la République, le rôle de Soumaila CISSE comme bien d’autres leaders politiques du même bord était stratégique dans la gestion des affaires du pays. Très proche du Président Alpha Oumar Konaré (AOK) qui le faisait confiance, Soumaila CISSE fut une année après promu Ministre des finances jusqu’à la nomination de l’actuel Président de la République IBK comme Premier ministre en 1994. Il fut confirmé et même renforcé dans le gouvernement IBK comme Ministre en charge des finances et du commerce jusqu’en 1997, marquant la fin du premier quinquennat du Président AOK. Après la réélection du candidat AOK, Soumaila CISSE fut maintenu à son poste de Ministre des Finances jusqu’en 2000, année de tourmente au sein du parti présidentiel, l’ADEMA-PASJ, déchiré par des conflits de leadership pour la succession d’AOK. A regarder ce parcours de Soumaila CISSE, d’aucuns pourraient penser que le maintien de l’homme à des postes stratégiques pendant presque les dix (10) ans d’AOK est une preuve de sa compétence. Nous en avons, pour notre part, beaucoup de réserves. L’espoir né de la « révolution » de mars 1991 a été très vite estompé par les acteurs majeurs qui accédèrent presque tous au pouvoir sous la bannière de l’ADEMA qui venait de se transformer en parti politique. Pendant 10 ans de règne, le bilan légué par Alpha Oumar KONARE n’est pas fameux. Sur les plans de l’éducation, de la sécurité et de la défense, la justice, etc, le Peuple est resté sur sa faim. D’ailleurs, certains analystes situent la crise actuelle du Mali à partir de cette période qui n’a malheureusement pas été mise à profit pour bâtir une véritable société démocratique, les textes existant déjà. Les grands chantiers ne furent pas ouverts. Pour ceux qui admettent que ce fut le cas, il faut reconnaitre qu’ils n’auront pas produit les résultats escomptés. Alpha Oumar KONARE et son équipe ont légué des bases démocratiques très fragiles à la postérité. A cet héritage, il est injuste de ne pas associer le nom de Soumaila CISSE en tant leader de l’ADEMA-PASJ et titulaires de postes stratégiques pendant cette période. Fier de sa participation à l’exercice du pouvoir d’AOK, Soumaila CISSE ne réclamait-il l’héritage de ce mentor lors de son investiture en 2011 au palais de la culture ? Soumaila CISSE, un bourreau de la démocratie au Mali S’il y a un fait qui fait l’unanimité aujourd’hui, c’est l’échec criard de notre du mouvement démocratique attesté par le coup de force militaire de mars 2012 qui chassa celui qui fut considéré jusqu’ici comme l’icône de la démocratie malienne. Il s’agit de l’ex-président Amadou Toumani TOURE. Candidat de l’ADEMA-PASJ en 2002, Soumaila CISSE réussit à passer au 2e tour de l’élection présidentielle face à l’indépendant Amadou Toumani TOURE qui arriva finalement en tête. Habitué aux délices du pouvoir, Soumaila CISSE se rangera du côté du nouveau Président Amadou Toumani TOURE à qui, il apportera tout son soutien. Pour quelle contrepartie ? Cela se saura plus tard. Le Président ATT enverra Soumaila CISSE pour représenter le Mali à la commission de l’UEMOA et parrainera sa candidature pour prendre les rênes de cette institution sous régionale. En 2007, Soumaila CISSE s’abstient de se présenter à l’élection présidentielle en vue de soutenir la réélection d’Amadou Toumani Touré. Contrairement à 2002, où sa détermination était farouche avec des actions grandioses marquées par la distribution des motos ici et là dans le cadre de sa campagne. Certainement, beaucoup de maliens, témoins de cette histoire politique récente de notre pays s’en rappellent. Les principaux partis politiques dont l’URD de Soumaila et à l’exclusion du RPM, coalisent pour réélire Amadou Toumani TOURE avec le slogan « Takokelen » (une victoire en un seul tour du scrutin). En fin de mandat à son poste de Président de la commission de l’UEMOA, Soumaila CISSE regagne définitivement le Mali pour étaler son ambition afin d’être le dauphin d’Amadou Toumani TOURE qui arrivait au terme de ses deux mandats conformément aux dispositions constitutionnelles. Comme sous Alpha Oumar Konaré, Soumaila CISSE a joui pendant les 10 ans de règne d’Amadou Toumani TOURE qui l’a propulsé au-devant de la scène internationale en échange de son silence et soutien politique à tous les niveaux. Nous comprenons ensemble que Soumaila CISSE fut au cœur de la gestion des affaires du Mali de 1991 jusqu’au moment où survint le coup de force d’un autre mars mais cette fois de l’an 2012. Cet acte a mis à nu la fragilité d’un Etat qui n’existait que de nom. Le laxisme a rongé cet appareil jusqu’à le rendre incapable de repousser la moindre menace qui venait à l’interroger. Les défaites successives des forces armées maliennes insuffisamment formées, équipées,… face à la rébellion au nord du pays, ont permis de comprendre que l’Etat malien n’était pas préparé à la guerre. Pendant 20 ans, Soumaila CISSE en tant leader politique, chef de parti politique a apporté son soutien indéfectible à une certaine vision de gestion du pays qui s’est soldée par un échec cuisant. Ne savait-il pas ? Ou a-t-il préféré garder le silence radio sur des faits dans l’espoir de mieux servir son ambition présidentielle ? La réponse par oui à la deuxième question correspond mieux aux attitudes d’un homme (Soumaila CISSE) qui jure de couronner sa carrière politique en occupant le poste de Président de la République. Le coup de force militaire étant une remise en cause des 20 dernières années de gestion de notre pays, pouvons-nous dès lors considérer un acteur clé de cette période comme l’espoir d’un changement de cap de gouvernance ? Certainement non ! Quel qu’il soit le sentiment contraire qu’il peut susciter dans ce sens par certaines prises de positions respectueuses de la fameuse formule : le médecin après la mort ! Est-il logique que celui qui contribue à créer un problème, puisse être aussi un acteur pour sa solution ? En d’autres termes, peut-on être à la fois pompier et pyromane ? La raison dira non ! Soumaila CISSE, un opposant qui n’inspire pas confiance Battu par l’actuel Président de la République, Soumaila CISSE inscrit son action au sein de l’opposition pour sa survie politique. Désormais, il guettera tous les agissements du pouvoir pour y relever des déraillements. Cet exercice est démocratique dans une perspective de bonne gouvernance. Cependant, dans le cas d’espèce de Soumaila CISSE, deux questions deviennent nécessaires à poser. D’abord, Soumaila CISSE est-il sincèrement à la recherche d’une meilleure gestion des affaires publiques lorsqu’il s’attaque au pouvoir ? Ensuite, les maliens peuvent-ils réellement attendre de Soumaila CISSE, une amélioration de la gouverne collective ? En réponse à toutes les deux questions, il y a lieu une fois encore d’émettre beaucoup de réserves. Soumaila CISSE a été contraint d’aller à l’opposition. En 2002, lorsqu’il décida d’accompagner le Président Amadou Toumani Touré, Soumi champion était sûr de compter sur le retour de l’ascenseur. Ce n’était pas forcement le même cas de figure avec l’actuel Président Ibrahim Boubacar KEITA visiblement très peu enclin à certains compromis. Produit d’une école politique dont les paradigmes sont de plus en plus révolus à cause des mutations sociales actuelles,Soumaila CISSE a compris que son destin présidentiel se joue maintenant. Bien de gens de sa génération politique savent qu’ils l’objet de désaveu de la partd’une nouvelle race de citoyens qui subissent les conséquences de leurs actes. Ils réclament un renouveau qui ne sera pas possible avec les anciens. Surtout ceux d’entre eux qui ont eu les franches occasions pour prouver leurs capacités. Ceux dont Soumaila réclame l’héritage politique à savoir Alpha Oumar KONARE et Amadou Toumani TOURE se sont non seulement retirés définitivement de la scène politique nationale mais aussi sont voués aux démons par une majorité de maliens qui s’impatientent à cueillir les fruits de la démocratie. Le choix de l’opposition n’est point la résultante d’une conviction digne de ce nom mais un passage obligé pour Soumaila CISSE qui a besoin de flouer son passé complice aux douleurs actuelles que le Mali supporte au plus profond de son âme. La sensibilité soudaine du vieil homme politique Soumaila CISSE aux problèmes essentiels des maliens est bouleversante pour ceux qui sont familiers à son parcours. C’est-à-dire plus de 20 ans, cet homme a brillé par son mutisme sur les dysfonctionnements qui ont fini par écrouler l’Etat. Extraordinairement, aujourd’hui il se présente à ses compatriotes comme un sauveur qui lève le ton sur le moindre problème. Il va jusqu’à demander aux maliens de l’essayer comme si ces derniers ont une mémoire de lièvre. Beaucoup de citoyens maliens sont conscients que Soumaila CISSE ne pourra leur proposer mieux. L’homme est sous influence des pratiques de plus de 20 ans comme c’est le cas d’ailleurs de bien d’autres de ses camarades. Difficilement, Soumaila CISSE pourra s’y soustraire. Le même esprit force les pratiques identiques. Les espoirs sont très minces voire inexistants pour attendre que Soumaila CISSE s’occupe des problèmes de base que notre pays connait depuis plus de deux décennies. Ce chef de parti politique a épousé une certaine vision de gestion des affaires nationales qui nous vaut de nos jours ce qui n’est dissimulé à aucun citoyen malien. Les maliens doivent-ils accepter que celui qui a fait partie du problème s’invite comme acteur dans sa résolution ? La politique n’accepte pas de brouillon. Tous les actes posés répercutent d’une manière ou d’une autre sur l’avenir. C’est pourquoi, la règle d’or reste et demeure la cohérence. Dieu seul sait jusqu’à quel degré Soumaila CISSE en manque. Les liens politiques historiques de Soumaila CISSE vont malheureusement peser dans ses choix. Alors que nombre de maliens ne portent plus dans leur cœur les références politiques (allusion ci-dessus) de Soumaila CISSE à qui, il doit sa carrière. Le devoir de reconnaissance risque d’emporter sur la prise en charge des vraies préoccupations des populations. Sommes-nous dans un schéma de rupture ou de continuité avec Soumi champion ? A vous de juger désormais ! Ce qui est sûr, à la lecture de la conjoncture globale actuelle du Mali, il est aisé de comprendre que l’essentiel pour toute nation, est en danger : l’éducation, la sécurité des personnes et de leurs biens, la défense du territoire national, la justice pour tous, etc. Donc, l’heure n’est plus au règlement de comptes historiques ou de jouir du pouvoir parce que c’est notre tour. Mais de s’attaquer aux vrais problèmes de la nation. Elle doit être mobilisée par un leadership conscient de son rôle face à l’histoire d’un Peuple aujourd’hui agressé de l’intérieur comme de l’extérieur. O.D Source : aBamako aBamako

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