Le président du parti YELEMA, l’ex-PM Moussa Mara : «Le Gouvernement a la lourde responsabilité de rendre apaisés les scrutins»

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Jeune cadre politique que certains observateurs qualifient de « jeune loup aux dents longues » tant il a marqué le terrain politique du pays et en particulier en commune IV du district où il est difficile à battre, le président du parti YELEMA (changement), Moussa Mara, ne se fait pas prier pour sillonner le pays à la rencontre de ses compatriotes. Dans cette interview exclusive, l’ex-Premier ministre du président IBK (tombé en disgrâce) analyse la situation sociopolitique du pays. «LePrésident n’a pas rempli les espoirs, qui étaient sans doute trop importants, placés en lui… », commente-t-il. Comment se porte le parti YELEMA, après sa sortie de la CMP ? Le parti se porte assez bien et attire de nombreux Maliens de l’intérieur et de la diaspora. Chaque jour, nous accueillons de nombreux cadres et autres citoyens convaincus que les principes, idées et projets de YELEMA sont les mieux à même de sortir notre pays des difficultés actuelles. Des dizaines d’élus, indépendants ou d’autres partis, dont des maires, ont rejoint notre parti, venant grossir nos rangs et renforcer notre dynamique vers le pouvoir. Il est incontestable que la trajectoire de YELEMA est ascendante. Quel commentaire faites-vous de la décision du CNID de suspendre ses activités au sein de la CMP ? Je ne commente pas la décision prise par un autre parti en termes de positionnement. Je note cependant que plus le temps avance, plus la majorité actuelle perd des adhérents. Cela montre bien qu’elle a du mal à se trouver des perspectives porteuses pour ses membres. Il est rare, pour ne pas dire exceptionnel, qu’un régime au pouvoir n’arrive pas à conforter sa base politique. Pensez-vous que si IBK est candidat, il pourra battre son record de 2013 de plus de 70% des voix? Cela n’est pas souhaitable et encore moins réaliste. Essayez vous-même de sonder nos compatriotes et vous verrez leur niveau de rejet du pouvoir actuel. Le Président IBK a bénéficié d’un courant exceptionnel de soutien des Maliens en 2013, toutes composantes confondues. Analysez aujourd’hui ses soutiens politiques et comparez-les avec ceux de 2013, vous verrez qu’ils se sont réduits. Faites le même exercice dans la société civile, vous aurez le même constat. Etes-vous d’avis avec les politiciens qui soutiennent que le bilan du président IBK est catastrophique ? Chacun emploiera le qualificatif qui lui semble le plus approprié. Il est cependant incontestable que le Président n’a pas rempli les espoirs, qui étaient sans doute trop importants, placés en lui. Son bilan est plus proche de l’échec que du succès. Est-ce possible pour un candidat de remporter la présidentielle dès le 1er tour ? Un président sortant, comme cela a été le cas de Alpha et ATT, peut légitimement nourrir de telles ambitions compte tenu de facteurs favorables (leviers administratifs en main, moyens financiers importants, réseaux de soutiens dans toutes les couches et sur tout le territoire, envergure nationale, visibilités…) mais il y a des conditions à cela. Il doit avoir une base politique large, avoir en face de lui peu d’adversaires crédibles et solides et bénéficier d’un minimum de soutiens populaires ou, à tout le moins, d’une certaine neutralité ou indifférence du peuple. Cela n’est pas le cas du Président actuel. En face de lui, à l’heure actuelle, il est difficile d’imaginer un candidat pouvant nourrir l’ambition de gagner au premier tour mais les conditions peuvent changer dans les semaines à venir. Si un candidat arrive à se hisser à la tête d’un grand rassemblement politique, porter un projet novateur, communiquer de manière habile pour susciter l’adhésion des Maliens très déçus, il pourra imprimer une dynamique favorable pouvant permettre une victoire significative, au premier ou au second tour. C’est ce qui avait porté IBK en 2013. Êtes-vous confiant sur la tenue du scrutin avec la crise sécuritaire actuelle ? Cela ne doit pas se poser sous forme de confiance ou pas. Je suis conscient que les conditions sécuritaires actuelles rendent difficile la tenue du scrutin dans des conditions similaires au passé et que, sans doute, cela sera encore le cas dans six mois. Mais il n’y a pas d’alternative à la tenue du scrutin. Tout autre scenario serait catastrophique pour le pays. Nous devons donc nous organiser pour tenir des élections les plus acceptables possibles, dans les conditions sécuritaires les moins mauvaises possibles. Pensez-vous que la force du G5 Sahel peut lutter efficacement contre le terrorisme et le grand banditisme dans le Sahel de façon générale et en particulier au Mali ? Oui bien sûr, mais sur les zones définies comme celles à privilégier par cette force, en l’occurrence les zones frontalières. Ce n’est déjà pas mal si on arrive à rendre les frontières étanches, ce qui limitera les marges de manœuvre de ces groupes et les affaiblira. Mais on ne gagnera contre le terrorisme que par la mise en place de dispositifs nationaux efficaces qui lient les forces armées, une administration rendant des services équitables, un corps social renforcé et une bonne implication des légitimités traditionnelles et religieuses locales. Comment expliquer que les militaires s’invitent dans le débat politique ? Les militaires comme les religieux, qui sont aussi décriés, sont avant tout des citoyens maliens préoccupés par le sort du pays. Ils ont la latitude de s’exprimer et d’agir dans la mesure où les lois sont respectées. Je crois que c’est le cas jusqu’à présent. La vraie question est plutôt comment les politiques traditionnels sont tellement décriés que les Maliens cherchent dans d’autres couches de la société leur salut ? La multiplication des mouvements politiques et l’irruption de nombreux profils nouveaux sur la scène politique participe du même principe. Sur cette question comme sur d’autres, il faut voir les responsabilités au niveau des politiques et non ailleurs. Faites-vous confiance à l’actuelle CENI, pour l’organisation d’une élection libre et transparente ? Ce n’est pas la CENI qui organise les élections, elle exerce une partie des rôles de supervision et de centralisation des résultats. C’est l’administration qui est au cœur du dispositif en collaboration avec les autres acteurs comme la Délégation générale aux élections. La composition de la CENI est équilibrée et les acteurs politiques l’acceptent. L’administration a l’expérience des scrutins. De 1991 et aujourd’hui, notre pays a organisé 17 consultations électorales majeures (présidentielles, législatives, locales) qui se sont globalement bien passées, hormis le cauchemar de 1997. Il faut lui faire confiance. Le Gouvernement a néanmoins la lourde responsabilité de rendre apaisés les scrutins de cette année en renforçant la confiance des acteurs politiques au système. Je conseille aux autorités de formaliser le cadre de concertation et de faire en sorte qu’il se réunisse au moins deux fois par mois pour traiter de toutes les préoccupations de la classe politique (audit du fichier, situation des 900 000 cartes NINA non affectées, identification électronique des électeurs dans les bureaux de vote…). En agissant de manière ouverte et transparente et en associant les acteurs au processus, on créera les conditions de scrutins apaisés en 2018. Le Gouvernement doit en faire sa priorité. Réalisé par Paul N’GUESSAN Source : aBamako aBamako

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