Présidentielle 2018: le vrai poids des chefs religieux

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Dans la présidentielle de juillet, le poids des leaders musulmans s’annonce déterminant, bien qu’en théorie, le pays se dise laïc. Une chose paraît sûre : contrairement à 2013, leur choix ne se portera pas, cette année, sur IBK. Ce dernier ne s’entend plus, en effet, avec le Chérif de Nioro qui a été chargé par les autres dignitaires religieux de leur désigner un candidat pour Koulouba. En fait, après qu’il s’est dit déçu par IBK, le Chérif était dans la logique de ne plus appeler à voter pour un candidat. Il n’a quitté cette logique que sous la pression de Mahmoud Dicko, président du Haut conseil islamique: celui-ci lui a fait valoir que la patrie se trouvait en danger et qu’en renonçant à choisir un candidat, les musulmans risquaient de faire le lit d’un candidat opposé à l’islam et aux intérêts du pays. L’ayant compris, les candidats potentiels font le siège de Nioro. Parmi les derniers à y être vus, on compte Mountaga Tall et Moussa Sinko Coulibaly. On nous parle aussi d’émissaires envoyés par Soumaila Cissé pour tâter le terrain. Les leaders musulmans sont-ils unis ? La réponse est qu’ils s’entendent sur un minimum syndical. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le Cherif, soufi hamalliste, constitue le trait d’union entre des leaders religieux d’idéologies opposées comme Mahmpoud Dicko (musulman wahhabite) et Ousmane Madani Haidara (musulman soufi). C’est ce qui explique qu’IBK n’arrive pas à s’attirer les faveurs officielles de Haidara après sa brouille avec le Chérif. Les leaders musulmans ont-ils un véritable poids électoral ? La réponse va de soi. Ils ont déjà fait la preuve de leur énorme capacité de mobilisation. D’abord, en 2009, ils ont rassemblé au Stade du 26 Mars des centaines de milliers de personnes pour faire avorter le Code de la Famille concocté par l’ex-président ATT. Ensuite, ils ont réédité cet exploit en 2012 pour ôter au président de la Transition, Dioncounda Traoré, l’envie de limoger le Premier ministre Cheick Modibo Diarra. Enfin, tous les ans, une marée humaine envahit le Stade du 26 Mars à l’appel d’Ousmane Madani Haidara qui y fête le Maouloud. Et si IBK lui-même a bénéficié, en 2013, du soutien français, c’est en partie parce que la France a eu peur que la stabilité au sud du pays ne soit menacée si le candidat choisi par les chefs musulmans n’était pas élu. Les consignes des chefs religieux seront-elles suivies ? Encore une fois, la réponse est positive. En effet, les disciples du Chérif comme ceux de Haidara voient en eux, non pas de simples prêcheurs ou maîtres coraniques, mais bien des Guides spirituels auxquels il ne faut pas désobéir, sous peine de déplaire à Dieu. D’où l’impossibilité de débattre avec eux de la moindre erreur de leurs mentors. Et dans le cas particulier de Haidara, il dispose d’un réseau d’information et de transmission de consignes extrêmement efficace à l’échelle du pays et même en dehors. Abdoulaye Guindo et Tiékorobani Sur le même thème Source : aBamako aBamako

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