Interpellation des journalistes de Maliactu : L’Etat policier et son rouleau compresseur contre les journalistes

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Le site dont les journalistes ont été interpellés hier mercredi, « maliactu.net » avait publié un article en début de semaine, dans lequel la démission d’un ministre était demandée par un Collectif « Le Collectif BI-TON ». Cet appel à la démission intervenait à la suite de la diffusion d’une vidéo à caractère pornographique à laquelle, le nom du ministre était associé. « Nous lui demandons de démissionner du gouvernement pour la sérénité de l’action publique. Compte tenu des graves accusations qui sont portées, et pour la sérénité de l’action publique, nous pensons qu’il n’a pas d’autre choix que de démissionner », peut on lire dans cet article publié par maliactu.net. Il sera très difficile pour les Maliens qu’un ministre qui fasse l’objet de telles accusations soit maintenu au gouvernement, ajoutait l’article, signé par le Président dudit collectif. Hier mercredi, cet article avait été raillé du site, sans que l’on puisse en savoir les raisons. Au même moment surgissaient dans les locaux du site maliactu.net, des hommes en civil, sans signe distinctif apparent, mais portant des armes, et transportés dans un véhicule civil. Trois hommes sont ‘’enlevés’’ manu militari, sans que l’on sache par qui, pour quelle raison et pour quelle destination ? Les journalistes Salif Diarra, Aliou Hasseye et Issa Coulibaly venaient d’être enlevés par des hommes armés, sans convocation ni mandat d’amener, à bord d’un véhicule immatriculé AS7335MD, a pris soin de relever la rédaction du journal. Jusqu’à 16 h, aucune nouvelle des journalistes. Des sources sécuritaires et des renseignements nous édifient qu’ils n’étaient pas à la SE. Nos communications avec le président de la maison de la presse, Dramane Alou Koné en dehors du Mali pour un traitement, ont aidé à trouver les bonnes pistes. Aucune trace des journalistes à la Brigade chargée des mœurs et de l’enfance. A la Brigade d’Investigation judiciaire (BIJ), les journalistes du Républicain et du Réseau Média et droits de l’homme (RMDH) n’étaient pas les seuls à être convaincus que nos confrères de maliactu.net étaient là, dans les geôles de la BIJ. Des avocats défenseurs des droits de la presse étaient sur la même piste. Ainsi que le jeune journaliste coriace ABC. Mais « vos confrères ne sont pas là », pour nous y convaincre, nous eûmes le droit de faire un tour devant les cellules de garde à vue. Ils ne sont pas là, mais un détenu en boubou nous interpelle : « Eh, vous êtes journalistes ! Ecoutez, je suis le président de la ligue des droits de l’homme, regardez ce qu’on me fait… ». Le geôlier met rapidement fin à notre conversation. « Je passerai vous voir au Républicain », s’est-il résigné. Mais, sorti de la BIJ j’ai passé l’information à qui de droit : le président de la ligue des droits de l’homme est en garde à vue à la BIJ. C’est en sortant de là qu’un appel de Niamey nous affirme qu’il s’agit d’une affaire judiciaire, sur plainte du maire de Koumane dans le cercle de Niafunké, à propos d’une vidéo à caractère pornographique. On s’achemine vers 19h. Un tour au commissariat du 14ème arrondissement. Puis un coup de fil à la Direction générale de la police nationale. « Vos confrères n’ont pas été enlevés, il s’agit d’une unité d’enquêtes, suite à une plainte. Pour le moment ils ne sont pas en détention, mais on leur a pris les téléphones». Quoi qu’il en soit, nous y voyons un lien diabolique entre un article d’appel à la démission du ministre et une plainte subite d’un maire pour chantage à propos d’une obscure vidéo à caractère pornographique. Au Républicain, nous condamnons l’escalade dans l’arbitraire et l’intimidation du pouvoir, de quelque ordre qu’il soit, contre les journalistes, dans le but d’affaiblir la liberté d’expression et de la presse. Nous soutenons et encourageons la rédaction de maliactu.net, à ne céder à aucun chantage du pouvoir, sous les couleurs d’une plainte fantoche, qui ne vise que l’affaiblissement de la presse en marche au fur et à mesure qu’approche les échéances électorales. B.Daou Source : aBamako aBamako

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