Mali : des succès tactiques ne font pas une victoire stratégique

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Alors que Macron exige des « victoires », la ministre des armées dévoile que 450 terroristes ont été « neutralisés » depuis 2014. En décembre dernier, lors d’une réunion consacrée au G5 Sahel à la Celle Saint-Cloud, Emmanuel Macron exigeait « des victoires au premier semestre 2018 ». Quand le chef demande, les militaires obéissent. Aujourd’hui, les armées lui donnent ces « victoires », sans que cela ne présage d’une issue heureuse. Alors que se tient ce vendredi 23 février une nouvelle réunion sur le G5 Sahel à Bruxelles, la ministre des armées Florence Parly dévoile au Parisien le chiffre de « 450 djihadistes tués par les Français au Sahel » depuis le début de l’opération Barkhane le 1er août 2014. Auxquels il convient sans doute d’ajouter les combattants ennemis « neutralisés » durant l’opération Serval qui l’avait précédée. « Rien que sur les douze derniers mois, 120 ont été tués et 150 remis vivants aux autorités maliennes », précise le Parisien, qui ajouté que 22 tonnes de matériel ont également été débusquées. Récemment, l’amiral Isnard, à la tête du Commandement des opérations spéciales (COS), donnait d’autres chiffres au magazine Raids, parlant de 100 membres des GAT (Groupes armés terroristes) « neutralisés » (tués ou faits prisonniers) en 2017. Bref, un certain flou demeure… Qu’importe d’ailleurs puisqu’il faut crier victoire. La semaine dernière, le 16 février, le chef d’état-major des armées publiait un rare communiqué pour « féliciter les forces françaises qui, dans la nuit du 13 au 14 février 2018, ont conduit un raid audacieux contre les groupes armés terroristes dans la région du nord-est du Mali ». « Vingt-trois terroristes, dont des chefs d’Ansar Eddine ainsi que d’Al Mourabitoune ont été tués ou capturés dans cette opération », qui s’est déroulée dans un secteur très proche de la frontière algérienne. Et l’on apprend aujourd’hui qu’ » une dizaine de djihadistes ont été neutralisés », samedi dernier, dans une autre opération. Il fut un temps, pas si lointain, où l’état-major des armées refusait de communiquer des bilans chiffrés sur les pertes de l’ennemi… Mais les ordres de l’Elysée ont changé depuis lors. Que faut-il en penser sur le fond ? L’armée française, dont l’excellence n’est plus à démontrer, remporte - et c’est heureux - des succès tactiques sur le terrain. 4 000 hommes, sans compter les forces spéciales de Sabre, des moyens aériens et de renseignement, l’aide de nos alliés américains et la participation des armées locales, parviennent à donner des coups sérieux à des groupes ennemis dont les effectifs se situent entre 500 et 800, selon une source militaire française. Mais ces succès tactiques débouchent-ils sur une victoire stratégique et une solution politique durable ? Il est permis d’en douter. Les relations avec les autorités maliennes sont au plus bas et en privé les militaires français évoquent une situation insurrectionnelle dans la région de Gao. Dans le Monde, le président IBK est obligé de préciser : « Nous ne négocierons pas avec les djihadistes », alors qu’il est - à juste titre - soupçonné par les Français de discuter avec des certains groupes armés. Le rôle de l’Algérie reste ambigu et les armées du G5 Sahel n’ont en réalité guère envie de travailler ensemble, malgré toutes les déclarations d’intention. Cette communication française sur la victoire permet de mettre la pression sur nos alliés, européens et arabes, pour qu’ils financent plus largement le G5 Sahel, sur le thème : regardez le boulot que nous faisons de notre côté. Elle offre aussi au président de la République les bases pour construire un narratif (storytelling) permettant d’envisager un désengagement progressif et partiel de ce théâtre. C’est, sans doute, la meilleure chose à faire, comme hier en Afghanistan - où malgré les 80 morts français, les centaines de blessés et les trois milliards dépensés la situation reste toujours aussi mauvaise. Dans un article remarquable publié par le Monde/Afrique, un collectif de douze chercheurs spécialistes de la région estime que « la France doit rompre avec la rhétorique martiale qui prévaut au Sahel ». On y lit notamment ceci : « Le refus de la France de dialoguer avec les groupes dits djihadistes nie les réalités de terrain : des canaux de communication, directs ou non, sont d’ores et déjà établis au Niger, au Burkina Faso ou au Mali. (.) Qu’on les juge opportuns ou pas, la réalité est là et la France court le risque de se retrouver du mauvais côté de l’Histoire en maintenant sa position de fermeté ». Et ceci encore : « Sur le plan régional, en menant des opérations aux abords de la frontière algérienne, la France prend également le risque de s’éloigner encore davantage d’une Algérie déjà échaudée par la présence militaire française à Tessalit et par la création du G5 Sahel auquel elle n’appartient pas. » Comme d’habitude : mieux vaut réfléchir que de crier Cocorico. Ou au minimum ne pas être dupe de ses cocoricos. Source : aBamako aBamako

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