Le président Recep Tayyip Erdogan en visite d’état au Mali : La Turquie, un bon partenaire économique

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Né le 26 février 1954 dans le quartier historique de Kasimpasa, dans le district de Beyoglu sur la rive européenne d’Istanbul, Recep Tayyip Erdogan doit ses deux prénoms à son mois de naissance du calendrier musulman, rajab, et à son grand-père paternel, Tayyip, qui est dans son enfance son prénom d’usage. Troisième de sa fratrie, il est issu d’un milieu qu’il considère lui-même comme modeste, son père étant capitaine de navire sur les lignes de transport de passagers du Bosphore. C’est cet homme politique et homme d’Etat, qui a été le Premier ministre de la Turquie de 2003 à 2014, année à laquelle il est élu président de la République de la Turquie, que le Mali reçoit ce vendredi. C’est un repère important dans la coopération entre les deux pays, surtout que cette visite d’Etat intervient à quelques semaines du Salon international de l’Industrie du Mali, prévu pour les 19, 20 et 21 avril et dont la Turquie est l’invité spécial. Il y a bien des raisons de s’inspirer de l’exemple de la Turquie devenue la 1ère puissance économique du Moyen-Orient, la 7è puissance économique européenne et la 16è puissance mondiale. C’est au niveau local que commence l’itinéraire politique de Recep Tayyip Erdogan, notamment avec son élection au poste de maire d’Istanbul en 1994, qu’il perdra en 1998, suite à un emprisonnement de dix mois pour avoir lu un poème du nationaliste turc Ziya Gökalp dans la province de Siirt. C’est d’ailleurs après cette douloureuse expérience qu’il va fonder, en 2001, le Parti de la justice et du développement (l’AKP) qui devient, un an après, la première force politique turque en obtenant en 2002 la majorité à la Grande Assemblée nationale. Nommé Premier ministre en 2003, il amende la Constitution (celle de 1982) pour que le chef de l’État soit directement élu par les citoyens. Il prône en même temps une intégration de la Turquie au sein de l’Union européenne et tente de réformer l’économie nationale. Au fil des ans, la popularité de Recep Tayyip Erdo?an ne cesse de monter pour lui permettre de consolider ainsi sa majorité parlementaire, lors des élections législatives de 2007. Des élections législatives anticipées afin de mettre fin à la crise qui a révélé la division du pays, entre une opposition kémaliste pro-laïque et les partisans du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan regroupés au sein de l’AKP. Erdogan, en fin stratège, a fait jouer sa popularité, notamment en déclarant devant les 42 millions d’électeurs qu’il prendrait sa retraite politique si son parti n’était pas en mesure de gagner les élections législatives avec une majorité confortable pour gouverner seul la Turquie. Sa stratégie a payé puisque ces élections ont abouti le 22 juillet à une victoire très nette de son parti, l’AKP, qui recueille 46,66 % des voix. Deux autres formations, le Parti républicain du peuple (CHP) de centre gauche et le Parti d’action nationaliste (MHP) d’extrême-droite, obtiennent respectivement 20,85 % et 14,29 % des voix, franchissant ainsi la barre des 10 % nécessaires pour entrer au Parlement. Ce scrutin a permis à 27 députés indépendants, issus de formations politiques liées à la défense des intérêts des minorités kurdes pour la plupart, d’accéder à l’Assemblée. Recep Tayyip Erdogan confirme qu’il reste le maître du jeu politique en remportant avec la majorité absolue les élections législatives de 2011. Mais à partir de cette époque, son régime sera considéré – à tort ou à raison- comme étant autoritaire, voire dictatorial. A cela s’ajoutent des soupçons de corruption pesant sur son proche entourage politique et personnel et il ne parvient pas aussi à régler la question kurde, une des grandes priorités nationales. L’ensemble de ces griefs constituent un terreau fertile à la contestation, avec la bénédiction de certains milieux d’activistes à l’International ayant déclenché une campagne anti- Erdogan. Mais Erdogan récuse les accusations d’islamisme et se déclare “démocrate conservateur” ou “démocrate musulman” (en référence aux démocrates chrétiens européens), il s’affirme respectueux de la démocratie et de la laïcité et relègue la religion à la sphère privée. Erdo?an se dit proche des partis chrétiens-démocrates européens. Il continue d’ailleurs de bénéficier de la confiance du peuple turc car il est élu président de la République de Turquie le 10 août 2014, avec 51,8 % des voix au premier tour, à l’issue de la première élection du chef de l’État turc au suffrage universel direct. Il affiche son ambition de renforcer les pouvoirs de la fonction présidentielle en modifiant la Constitution. Mais son parti, l’AKP, perd la majorité absolue aux élections législatives de juin 2015. Sûr qu’il peut reprendre la situation en mains, Erdo?an crée les conditions d’élections anticipées, cinq mois après. Effectivement, l’AKP renoue avec la majorité absolue au scrutin législatif anticipé de novembre 2015. Dès le début de sa présidence, une dérive autoritaire du pouvoir est soulignée, soutenue par une vaste campagne à l’Etranger, notamment à travers des médias puissants du monde envahis par les thuriféraires d’un de ses grands adversaires, Fetullah Gülen. Dans ce contexte, le 15 juillet 2016, une tentative de coup d’État militaire, finalement repoussée, menace le pouvoir d’Erdo?an. Celui-ci appelle ses partisans à braver le couvre-feu décrété par les putschistes. Quelques jours plus tard, il fait licencier des dizaines de milliers d’employés du secteur public (armée, médias, enseignement, magistrature). Au 29 juillet, plus de 18 000 personnes ont été placées en détention et 50 000 se sont vu confisquer leur passeport. Ces actions renforcent les accusations de dérive autoritaire du pouvoir turc. Le 16 avril 2017, un référendum constitutionnel, adopté à une courte majorité, transforme le régime parlementaire en régime présidentiel, en supprimant le poste de Premier ministre pour instituer à la place un poste de vice-président. La justice est réformée alors que la constitution de 1982 garantit l’indépendance de celle-ci : dans ce projet de révision constitutionnelle, le président et le Parlement interviendront directement dans la nomination de membres du Haut-Conseil des juges et procureurs (Hsyk), chargé de nommer les magistrats. Les épurations reprennent aussitôt après le scrutin, notamment dans les rangs de la police où des poursuites sont engagées contre 11 000 policiers. Mais la réussite économique de Recep Tayyip Erdogan à la tête de la Turquie fera taire ses détracteurs car ce diplômé de la Faculté des sciences économiques et commerciales de l’Université de Marmara, ensuite joueur de football semi-professionnel de 1969 à 1982, est parvenue à faire de la Turquie la première puissance économique du Moyen-Orient devant l’Iran et l’Arabie saoudite, la 7e puissance économique d’Europe et la 13e puissance économique mondiale. Membre du G20 et de l’Union douanière, la Turquie a officiellement entamé ses négociations d’adhésion avec l’Union européenne en octobre 2005. L’AKP poursuit la politique entreprise par les anciens gouvernements, c’est-à-dire mettre fin au protectionnisme d’État et libéraliser les échanges commerciaux, en abaissant les droits de douane, et en supprimant les quotas sur les importations. La Turquie est un pays industriel ou l’agriculture occupe une place importante dans la production de la richesse nationale. La valeur ajoutée de l’industrie représente 26,6 % du PIB contre 63,7 % pour les services et 9,6 % pour l’agriculture. La vitalité de l’économie turque s’explique par, d’une part, la présence d’un grand marché intérieur (75 millions de consommateurs) : la consommation privée est soutenue et son pouvoir d’achat augmente. La Turquie affiche un taux de croissance du PIB par habitant de 7,8 % contre 1,4 % au Royaume-Uni par exemple. Ensuite, des investissements importants : ces derniers représentent une part importante du PIB en 2010 (20 % contre 17,3 % en Allemagne par exemple). L’économie turque est une économie relativement ouverte. Les échanges extérieurs représentent 48 % du PIB contre 22 % au Brésil et 88 % en Allemagne. L’Union européenne est le premier partenaire commercial du pays. La Turquie a l’une des plus grosses agricultures d’Europe Orientale et du Moyen-Orient. Depuis1950, la production agricole a beaucoup augmenté grâce, entre autres, à la mécanisation, à une meilleure variété de plantes et à l’utilisation de meilleurs engrais. Les paysans représentent environ 29 % de la population active et vivent dans les régions les plus modestes de Turquie. D’importants investissements gouvernementaux sont en cours en Turquie pour moderniser l’agriculture. L’industrie turque est développée, mais mal répartie à travers le territoire car 22,8 % de la population active vit de l’industrie qui reste concentrée dans les grandes villes turques. Istanbul et la région de Marmara abritent le quart des emplois industriels du pays. L’industrie du textile est l’une des plus actives (soie, coton et laine), avec la filature et le tissage du coton dans des régions comme la Cilicie ou l’Égée. La force de l’industrie turque est qu’elle est aux normes européennes et s’adapte rapidement aux innovations technologiques, sa faiblesse est qu’elle crée peu de licences, les investissements pour la recherche et développement (R&D) sont encore faibles comparés à l’Europe. Autre grief formulé contre l’industrie turque, c’est qu’elle produit essentiellement sous licence, d’où des valeurs ajoutées plus faibles que dans la zone de l’Union européenne. Mais la sidérurgie s’est beaucoup développée en Turquie, alimentant l’industrie automobile et l’industrie ferroviaire grandissante. C’est un secteur fortement exportateur. Les raffineries de pétrole, la chimie lourde et les fabrications d’engrais et de matières plastiques sont également des secteurs en pleine expansion. Des sociétés comme Beko ou Vestel sont des acteurs majeurs en Europe dans les secteurs de l’électronique grand public. Elles produisent notamment des téléviseurs et de l’électroménager ; fortement exportatrices, elles commencent à s’attaquer au marché des autres continents. La Turquie est également classée au troisième rang mondial dans le secteur de la construction navale. La Turquie, de par sa position stratégique, se présente comme un couloir énergétique important depuis quelques années. En effet, le pays tire profit de plusieurs oléoducs pétroliers traversant son territoire pour alimenter les marchés européens, comme celui de l’Oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui achemine le pétrole de la mer Caspienne vers l’Europe, d’autres projets d’oléoducs, notamment russes, sont à l’étude et comportent parfois des tensions entre les différents acteurs géopolitiques. La Turquie est un pays stable et sûr pour le transport énergétique dans un environnement géostratégique tendu. L’industrie de la construction et du bâtiment est un des grands secteurs d’activité en Turquie. En effet, les sociétés de constructions turques ont une bonne implantation sur les marchés étrangers : Europe de l’Est, Russie, Azerbaïdjan, Asie Centrale, Irak et Moyen-Orient. Elles s’intéressent de manière croissante aux marchés grec, maghrébin et africain. Les entreprises turques gagnent des parts de marché grâce à leur politique de livraison “clé en main”, elles gèrent ce qu’elles construisent comme la gestion des aéroports par le géant du secteur, TAV, en Europe de l’Est (Budapest, Tbilissi) et dans les pays musulmans (Tunis, Alger, Aden), des centres commerciaux (Russie, Hongrie, Roumanie, Asie centrale). L’industrie militaire turque, née après la guerre de Chypre, après avoir connu un développement moindre dans les années 1980, a pris un élan dans la conception et dans la recherche et développement depuis la fin des années 1990. Le matériel produit comprend un large éventail d’armes d’assaut, de chars, d’avions, de canons et de véhicules blindés. Plusieurs de ces produits sont exportés et sur le fichier clients on trouve : les États-Unis, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Bahreïn, l’Italie, l’Espagne, l’Irak, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Turkménistan, les Pays-Bas, la Russie, le Kazakhstan et le Rwanda. Pourquoi pas ensuite, le Mali parmi ces clients ? De toute façon, en matière sécuritaire, la Turquie, par la voie de son ambassadeur, a déclaré sa détermination à accompagner les forces de sécurités et de la protection civile, dans la mise en place des dispositifs sécuritaires efficaces pour un chantier de paix et de développement durable au Mali. Cette déclaration a été faite par le diplomate turc le mardi 24 janvier 2017, lors de la remise au ministre de la Sécurité et de la protection civile d’un don du gouvernement turc composé de 20 véhicules 4X4 neufs, d’une valeur d’environ 45 millions de Fcfa chacun, pour une somme globale de 900 millions de franc CFA. En un mot comme en mille, la coopération entre la Turquie et le Mali s’est beaucoup intensifiée ces dernières années et en faisant de la Turquie l’invité spécial de la première édition du Salon international de l’industrie au Mali, c’est un acte fort pour la diversification des axes d’une coopération en voie de consolidation car des accords lient déjà les secteurs privés des deux pays. Amadou Bamba NIANG

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Source : Maliweb Maliweb

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