Rentrée annuelle du REAO : La politique industrielle du Mali en debat

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La rentrée annuelle du Réseau de l’entreprise en Afrique de l’Ouest (REAO-Mali) s’impose d’année en année comme un cadre innovant d’échange constructif, de sensibilisation, de mobilisation autour de la problématique de l’entreprise entre politiques, milieux d’affaires, Partenaires techniques et financiers (PTF) et experts à la notoriété internationale. Le but est de permettre l’harmonisation de la politique nationale industrielle en vue de l’adoption d’une démarche stratégique cohérente et inclusive pour une transformation structurelle de notre économie par la maîtrise de la chaîne de valeur des différents secteurs prioritaires ciblés en termes de potentiels et de niveau de production. L’édition 2018, tenue vendredi dernier à l’hôtel Azalaï Salam, était présidée par le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga. On notait la présence du ministre du Développement industriel, Mohamed Ali Ag Ibrahim, du ministre de l’Economie et des Finances, Dr Boubou Cissé, du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies au Mali, Mahamat Saleh Annadif, de l’ambassadrice de France au Mali, Evelyne Decorpsdu et du président du patronat malien, Mamadou Sinsy Coulibaly. «Quelle politique industrielle pour développement accéléré du Mali ?», tel était le thème de la conférence animée par Dr Carlos Lopes et le modérateur était Mossadeck Bally. Une thématique d’actualité. En effet, l’Union africaine s’apprête à signer les accords sur la zone de libre échange économique, qui verra l’intégration économique du continent avec une libre circulation complète dans la région. Les experts conviennent aujourd’hui de la nécessité d’une transformation structurelle de nos économies. Ce changement de cap suppose la création de la valeur ajoutée et la maîtrise des chaines de valeur. En la matière, il est admis qu’un pays, pour espérer prétendre à l’émergence, doit avoir une pression fiscale de plus de 30 %. Son industrie doit contribuer à hauteur de plus 30 % à sa croissance. Il faudrait, pour ce faire, avoir de la lucidité dans les choix et une cohérence de vue de l’ensemble des acteurs concernés pour créer toutes les infrastructures nécessaires à l’atteinte de cet objectif. Si au Mali l’obstacle principal semble lié à l’absence d’infrastructures adéquates pour soutenir «l’engament volontariste de nos industriels», la question de choix stratégique se pose aussi. C’est ce qu’a laissé entendre le président du REAO-Mali. «Nous devons avoir une vision en concentrant les efforts sur les avantages comparatifs», a dit Houd Baby, avant de rappeler que le Mali est le premier producteur de coton, de riz et de bétail au sein l’UEMOA… Mais, il reste le plus grand importateur de lait de cette même zone. Faute d’énergie, les entreprises maliennes tournent aujourd’hui à 50 % de leur capacité installée. Aussi, l’Etat n’accorde que 0,01 % de part du budget au secteur de l’industriel, a indiqué M. Baby, avant de souhaiter un changement de politique à ce niveau. La problématique ainsi posée, le conférencier développera le thème du «dîner débat» sous le regard admiratif d’une assistance visiblement d’accord avec ses analyses diagnostiques. Dr Carlos Lopes campera, d’entrée de jeu a planté le décor en exposant à la lumière les insuffisances qui entravent le décollage industriel de nos Etats et qui biaisent les programmes et projets de développement. A ce titre, le Bissau-guinéen et professeur de l’Université de Panthéon-Sorbonne rappellera que seul une dizaine de pays africains ont des comptes nationaux à jour. A cause, selon lui, des imprécisions liées à l’état des économies en termes de grandeur et de qualité. Un autre problème est la maîtrise de l’état de civil. Selon l’analyste, près de la moitié de nos populations n’ont pas de pièces d’identification. A cela il faut ajouter la méconnaissance du territoire et du régime foncier. Par conséquent, les diagnostics sont faussés. Les planifications sont faites non sur la base de connaissances réelles, mais sur la base de projections émanant très souvent des institutions de Breton Wood. Aussi, la qualité des diagnostics est fortement entachée à cause de cette absence de statistiques fiables. C’est dans ce cadre qu’il faudrait, selon le conférencier, situer le débat sur l’industrialisation. L’éminent économiste du FMI, Bakary Traoré, a, lui, salué cette ébauche de concertation qui est en train de s’installer entre l’exécutif et le secteur privé. Selon lui, c’est sur cette base que la Corée du Sud a réussi son industrialisation en concentrant ses efforts sur la production de perruque et d’urée (engrain) à partir d’urines collectées au niveau des marchés. Prenant la parole à son tour, le ministre de l’Economie et des Finances dira que la création du guichet unique au sein de l’Agence pour la promotion des investissements (API-Mali) a amené à trois jours le délai de création d’une entreprise au Mali. Le code des investissements est aujourd’hui très attractif et très généreux en ce qui concerne l’industrie minière, a-t-il également rappelé. Toutefois, des défis restent à relever en termes de réalisation d’infrastructures, a souligné Dr Boubou Cissé, en citant comme exemple les zones industrielles dont la plupart ont été détournées de leur vocation pour en faire des centres commerciaux ou des maisons à usage d’habitation. La mise en valeur d’autres ressources (eau, électricité, la téléphonie…) n’a pas suivie, a révélé le ministre, ajoutant que pour résoudre en partie le déficit énergétique, l’Etat malien va investir 260 milliards de FCFA dans des projets énergétiques pour les trois ans à venir. Comme solution pour un développement industriel accéléré, Dr Carlos Lopes propose à notre pays d’investir sur le long terme, en focalisant ses efforts sur un certain nombre de chaînes de valeur spécifiques aux domaines oû il excelle pour ajouter de la valeur. Pour le conférencier, les autorités maliennes peuvent aussi opter pour la création de parcs industriels qui peuvent fournir des produits de forte consommation (domaine agricole par exemple). Dans son intervention,, le Premier ministre a rappelé les différentes phases de l’industrialisation de notre pays : l’étatisation, la desétatisation et la privatisation. Aujourd’hui, les défis restent les mêmes, à savoir la réalisation d’infrastructures, l’amélioration de la qualité des ressources humaines, le renforcement de la relation entre distributeurs et industriels nationaux, a détaillé Soumeylou Boubèye Maïga. Selon lui, le rôle de l’Etat est la création d’un environnement propice au développement des activités de l’entreprise. Il s’agira, par exemple, d’assurer la sécurité et la stabilité nationale et institutionnelle pour permettre à notre pays de continuer à se développer dans un contexte démocratique permettant l’amélioration des conditions de vie de la majorité de nos populations. Cheick M. TRAORE Source : aBamako aBamako

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