Mali: aggravation de l’insécurité dans le nord et le centre du pays

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A l’approche de l’élection présidentielle en juillet 2018, la situation sécuritaire s’aggrave dans le nord et le centre du Mali, rapporte Amnesty International. Les violences émanent des groupes djihadistes. Mais l’armée est aussi soupçonnée d’exactions après la découverte de charniers, selon AI. Ce qu’elle dément. Interview de Gaëtan Mootoo, chercheur de l’organisation pour l’Afrique de l’Ouest. Où en est la situation sécuritaire au Mali? On constate une insécurité grandissante dans le nord et du centre du pays, où les civils sont coincés entre les soldats et les groupes armés. Dans le Nord, la ville de Kidal est ainsi occupée par un groupe armé. A Tombouctou et Gao, l’administration malienne est présente. Mais autour règne l’insécurité. Laquelle gagne aussi le centre du pays. Beaucoup d’éléments armés, qui se réclament d’Ansar Dine, font régner la terreur dans certaines localités. Le Sud, lui, est plus calme. Mais il n’est pas à l’abri d’attaques. D’une manière générale, on constate depuis le début de l’année une augmentation des décès par des mines antipersonnel artisanales. Amnesty International a ainsi pu vérifier que 65 personnes, dont des enfants, avaient été tuées par des explosifs improvisés. Les civils vivent dans la peur. Ceux qu’on appelle là-bas les forains, qui travaillent sur les foires et marchés, délaissent ces lieux. Ce qui a un impact sur l’économie. Dans un communiqué publié le 3 avril 2018 Amnesty évoque des violences «commises par les forces armées»… En 2017, déjà, un rapport de l’ONU mettait l’accent sur des violations des droits de l’Homme et des exécutions sommaires. Le 25 mars dernier, on a retrouvé six corps dans une fosse commune. Des témoins ont confirmé que c’était ceux de personnes arrêtées trois jours avant dans le village de Dogo (centre) et portées disparues. Un peu plus tôt, le 21 février, lors d’une cérémonie de baptême dans le village de Daresalam, des soldats ont arrêté neuf hommes. Les deux Bambaras ont été relâchés tandis que les sept autres, tous Peuls, n’ont pas réapparu. Comme je l’ai déjà dit, la violence émane aussi des groupes armés. Ils pratiquent ainsi des enlèvements. Huit personnes sont ainsi détenues en otages, notamment la Française Sophie Pétronin et une religieuse colombienne. Des Maliens ont été relâchés peu de temps après leur arrestation. Militaires français l'opération Barkhane à In-Tilit nord-est Mali Militaires français de l'opération Barkhane à In-Tilit (nord-est du Mali) le 1er novembre 2017. © DAPHNÉ BENOIT / AFP Les groupes armés s’attaquent aussi aux écoles… Lors de l’occupation des villes du Nord par ces groupes en 2012, les établissements scolaires ont été fermés. Même après l’opération Barkhane en 2013, il a été difficile de rouvrir certains de ces établissements. Des groupes armés font pression sur les directeurs pour que la culture occidentale ne soit pas enseignée. Ils intimident aussi les professeurs. Résultat: 715 écoles ont dû être fermées dans le nord et le centre du pays. Celles-ci accueillaient plus de 214.000 élèves (pour une population totale de 17,9 millions d’habitants). L’opération Barkhane se révèle-t-elle un échec? Je n’ai pas de réponse à apporter par rapport à cela. Comment peut-on le mesurer? Ce qu’on peut dire, c’est que le problème sécuritaire n’a pas été réglé. Un accord pour la paix et la réconciliation au Mali a été signé en 2015. Mais aujourd’hui, il faudrait que les musiciens relisent la partition! Car l’application de cet accord a pris du retard. On attend ainsi toujours la réouverture des écoles, la mise en place de patrouilles mixte, ainsi que l’installation d’une commission d’enquête sur les exactions. Pour autant, quelques éléments vont dans le sens d'une amélioration. Notamment la comparution devant la Cour pénale internationale à La Haye d’un homme (Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud, NDLR) qui aurait été membre d’un groupe armé (Ansar Dine, NDLR). Source : aBamako aBamako

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