Que cache la visite du Premier Ministre malien à Kidal?

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Les acteurs de premier plan impliqués dans la crise du nord du Mali ont offert, lors de la visite éclair du Premier Ministre Malien, un spectacle ahurissant aux populations maliennes restées perplexes. D’abord le silence assourdissant de la France, acteur principal du conflit qui s’est effacée derrière la MINUSMA. Elle a tout fait pour cacher son jeu d’alliance avec son protégé, le MLNA-CMA. La MINUSMA a joué le spectacle en offrant sa flotte de transport héliporté et en assurant la sécurité de la délégation du Premier Ministre, confinant l’armée malienne, comme à l’accoutumée, en dehors de Kidal. Son chef, en accueillant la délégation officielle, a joué au propriétaire des lieux. L’alliance jihadiste de Iyad Ag Ghali ne s’y est pas trompée en balançant une salve de roquettes sur le camp de Barkhane et de la MINUSMA à Kidal comme pour se rappeler à leur bon souvenir. Mais ce sont surtout le Premier Ministre Malien et le MLNA-CMA qui ont fait le show médiatique de circonstance. Le Gouvernement en cette période de pré-campagne électorale avait besoin de rassurer les Maliennes et Maliens quant à l’appartenance de Kidal au Mali. Il prit soin de se risquer à aller dans d’autres parties de la région Nord du Mali comme s’il s’agissait d’une tournée banale. Mais pourquoi à Kidal dut-il se résoudre à abandonner son escorte militaire et à ne passer que quelques heures (quatre selon une source officielle), et sortir son carnet de chèques, pour amadouer la gloutonnerie légendaire des seigneurs de guerre kidalois ? Des sources non officielles parlent d’au moins 200 millions de FCFA. Saura-t-on jamais les termes du deal passé ? Un examen attentif des quelques images diffusées par les soins du MLNA-CMA permet de comprendre le désarroi provoqué par l’initiative gouvernementale. La France et la MINUSMA pouvaient-elles se permettre de refuser d’accéder à la demande des autorités, dans le contexte actuel du discrédit jeté sur l’efficacité de leur présence et de leur passivité voire collusion avec les groupes rebelles aux yeux des populations ? Barkhane et Minusma étaient obligés d’assurer le service minimum en y contraignant leur encombrant allié. Il est évident que le MLNA-CMA est en perte de vitesse à Kidal. Après avoir procédé à une certaine épuration ethnique à Kidal, entrainant un exode important des populations noires, l’économie de la ville s’est effondrée. L’insécurité a fait fuir les services essentiels de l’Etat : banques, écoles, centres de santé, eau et électricité. Le racket systématique pratiqué par les groupes rebelles a achevé de ruiner la popularité du mouvement. N’eût été le soutien français, il y a belle lurette que les Kidalois se seraient débarrassés du MLNA-CMA. L’appel à la mobilisation lors de la visite du Premier Ministre a drainé peu de monde. Les cris timides « Azawad, Azawad ! » de quelques irréductibles agitant quelques drapeaux n’ont pas suffi à donner le change. La mise en scène a surtout dissipé les derniers doutes quant au renoncement effectif du groupe rebelle à son projet funeste de partition du Mali. Mais la France surtout et la MINUSMA qui en portent la responsabilité aux yeux des populations. Tant que la France continuera à interdire l’accès de Kidal à l’armée malienne, elle ne pourra pas se prévaloir de l’amitié des Maliennes et des Maliens. Bien au contraire, elle restera à leurs yeux une armée d’occupation. L’ONU en faisant sienne la vision française de la crise malienne condamne la MINUSMA à l’impopularité sur le terrain. Mais il revient surtout à l’Etat malien de le dire et de s’assumer. Il en est loin et le restera tant qu’il continuera à tirer sa légitimité du soutien des puissances étrangères et non de celle de sa population. par notre correspondant au Mali: Seiba Kaba Diané Source : aBamako aBamako

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