Face à la situation politique et sécuritaire : Le cinéaste Cheick Oumar Sissoko sort de son silence

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La semaine nationale des Martyrs a été mise à profit par la Coordination des organisations du Mouvement démocratique (COMODE) pour organiser une conférence débat sur le thème: «Le Mouvement démocratique face à la situation politico-sécuritaire actuelle, rôle et perspectives.» L’événement a eu lieu, samedi 24 mars 2018, à la Pyramide du souvenir. Pour animer ce panel, la COMODE a fait appel à une figure emblématique du Mouvement démocratique, qui a été aux avant- postes dans la lutte contre la dictature militaire et l’avènement de la démocratie au Mali. Il s’agit plus précisément du cinéaste de grande renommée Cheick Oumar Sissoko, ancien président du CNID-Association. Au présidium se trouvaient certains responsables dont le président de la COMODE, Boubacar Mintou Touré dit Mitterrand ; Cheick Oumar Sissoko, conférencier et le président de l’Association pour la défense des victimes de la répression (ADVR), Abdoulaye Dembélé et le modérateur Mamoutou Keïta, inspecteur des arts et de la culture. Plusieurs cadres du Mouvement démocratique ont fait le déplacement pour participer aux débats. Il s’agit de Tiébilé Dramé, de Djiguiba Keïta dit PPR, de Pérignama Sylla, de Mohamed Cheick Tabouré, Mohamed Touré, Madame Sy Kadiatou Sow et Nancoma Keïta. La cérémonie débuta par le chant en chœur de l’hymne national par les membres de l’Association des pionniers du Mali. Cette étape a été suivie par le discours de bienvenue du président de la COMODE et de la remise d’attestation de reconnaissance aux représentants de la famille de Maître Demba Diallo ; de Ahmadou Sékou Kansaye, initiateur de l’ADVR. Ensuite, le modérateur de la conférence a présenté une biographie sommaire du conférencier Cheick Oumar Sissoko. Cinéaste de son état, homme de culture et homme politique, Cheick Oumar Sissoko a été vice- président du CNID-Association, en 1990, puis président du CNID- Association, en 1992, président du Mouvement SADI, en 1996, du parti SADI de 2001 à 2014, ancien ministre de la Culture et de l’Education sous ATT, de 2002 à 2007, et actuellement président de la Fédération panafricaine des cinéastes (FPC). Dans son exposé liminaire, Cheick Oumar Sissoko a fait le survol historique de la situation du pays de la période coloniale à l’indépendance en passant par la première République jusqu’au coup d’Etat militaire du 19 novembre 1968 qui s’étendra pour vingt-trois (23) longues années. Il a également retracé les longues luttes menées par les démocrates et patriotes pendant la dictature militaire. Dans son exposé, le conférencier a mis en avant les acquis de la révolution de mars 1991 qui a consacré l’instauration du multipartisme avec une subvention pour les partis politiques, la libération de la presse avec à la clé une subvention annuelle pour les organes de presse. Pour cet homme de culture d’une grande hauteur d’esprit, le Mouvement démocratique a échoué et n’a pas été en mesure d’entretenir l’enthousiasme populaire née de la révolution de mars 1991 pour un véritable décollage économique et social. Selon ses dires, le Mouvement démocrate n’a pas réalisé loin s’en faut ce que la démocratie suppose: le droit à la vie, à l’éducation, à la santé, à une justice égale pour tous, au logement, à un environnement sain, et à des élections libres et transparentes. En outre, le conférencier a également pointé du doigt la démocratisation de la corruption sous le Mouvement démocratique en s’appuyant sur un rapport de 1998 de la Banque mondiale qui a révélé vingt- et- un (21) nouveaux milliardaires dont quinze (15) fonctionnaires d’Etat, la poursuite des politiques économiques et sociales du dictateur Moussa Traoré avec plus de zèle et la soumission de notre pays au Programme d’ajustement structurel (PAS). Pour étayer son propos, il a mis l’accent sur la privatisation tous azimuts des secteurs vitaux de l’Etat: les sociétés et entreprises d’Etat, les banques, les mines, la communication, l’énergie, etc. Pour Cheick Oumar Sissoko, la préoccupation de la classe politique au pouvoir de 1992 a maintenant a été de s’enrichir, de privilégier ses intérêts personnels au détriment des intérêts du pays. Pour lui, dés 1992, deux (02) objectifs ont été mis en avant: la constitution d’une base politique et sociale (recrutement à tour de bras dans l’administration publique, et des anciens dignitaires de l’UDPM pour gagner la majorité parlementaire) et la constitution d’une base économique avec le foncier, l’immobilier: ACI 2000, BHM, la téléphonie mobile (Malitel, Ikatel et Orange). Par ailleurs, le cinéaste a vivement dénoncé la duplicité de cette classe dirigeante qui continue à battre le haut du pavé avec la prétention de diriger et de le sortir de la crise dont elle est la première responsable. Poursuivant ses propos, l’initiateur de la mise sur pied de la coordination des organisations démocratiques assume sa part de responsabilité dans la situation actuelle du pays. En tant qu’ancien ministre et du Parti SADI, il reconnaît que la participation du Parti SADI dans le gouvernement ATT fut une erreur grave car elle était basée sur des intérêts partisans au détriment de l’intérêt supérieur de la nation. Evoquant les points d’échec du Mouvement démocrate, le conférencier a évoqué l’absence de concertation entre les membres de la Coordination des organisations démocratiques pour dégager une position commune avant de rencontrer les responsables militaires regroupé au sein du Comité national de réconciliation (CNR). Dans cette perspective, il dit avoir instruit à son camarade Oumar Soumaré de convoquer les camarades du Mouvement démocrate pour la tenue de cette rencontre qui n’a jamais eu lieu. Concernant la dégradation de la situation sécuritaire du pays, le conférencier a fait savoir à son auditoire que le président de la République Amadou Toumani Touré avait été alerté par les services secrets maliens à travers un document confidentiel avant de regretter le fait que ce dernier n’a pris aucune mesure concrète pour faire face à cette menace. En bon visionnaire, le sage Cheick Oumar Sissoko prédit que le Sahel sera truffé dans les prochaines années de combattants de l’Etat Islamique qui seront défaits en Europe et en Amérique et en appelle à des reformes politiques et militaires pour faire face à cette nouvelle menace. Dans son réquisitoire, le cinéaste Cheick Oumar Sissoko a déploré dans le contexte actuel la présence des cadres de l’armée dans l’administration et dans les représentations diplomatiques et consulaires et la résurgence des conflits inter-communautaires au centre du pays qui représentent pour les magistrats et préfets, des fonds de commerce et une source intarissable de fortune. Pour le conférencier, ces agents de l’Etat gèrent ces litiges non pas sur la base de la règle de droit mais sur la base des rapports financiers. Comme proposition de sortie de crise, le conférencier dit ne point disposer de recettes miracles. Il a appelé de tous ses vœux à la mise en place d’une assemblée constituante pour mettre le pays sur la voie de la démocratie parlementaire, estimant que les députés de l’Assemblée nationale dans sa configuration actuelle constituent des faux représentants du peuple. Pour cet homme politique doté d’un calme olympien et d’un sens aigu des analyses, les cadres du mouvement démocratiques doivent continuer à se retrouver pour échanger autour de nouvelles perspectives pour le développement social et économique de notre pays. Pour le vice-président du parti présidentiel, le Rassemblement pour le Mali (RPM), cette retrouvaille doit se faire sur la base des valeurs et des individualités et non sur des bases partisanes car pour lui, les partis ne recèlent plus de valeurs positives. Pour lutter efficacement contre la corruption et la délinquance financière, l’ancien ministre Nancoma Keïta appelle désormais à l’abrogation de la loi sur la prescription de l’action publique qui permet à l’élite politique de détourner les deniers publics et de se mettre à l’abri de toute poursuite pénale au- delà de dix (10) ans. Concernant la tenue de l’élection présidentielle du 29 juillet 2018, le conférencier, pour sa part, estime que le pouvoir gagnera beaucoup à travailler à créer des meilleures conditions (sécurisation et pacification de l’ensemble du pays) avant toute élection et d’inviter les forces politiques et sociales à soutenir le président de la République qui sera issu de cette élection en raison des enjeux de la situation politique actuelle. Dans les questions- réponses, certains participants et notamment Mohamed Touré du Congrès national d’Initiative démocratique-Faso Yiriwa Ton (CNID-FYT) et Souleymane Koné des Forces alternatives pour le Renouveau et l’émergence (FARE-An Ka Wuli) ont déclaré ne point partager les thèses du conférencier sur le bilan du Mouvement démocratique. Pour Souleymane Koné, le combat pour le retour à la normalité constitutionnelle suite au coup d’Etat du capitaine Amadou Haya Sanogo est à mettre à l’actif du Mouvement démocratique qui s’est opposé à cette forfaiture. Dans sa réplique, le conférencier a fait savoir aux panelistes qu’il ne demande pas une convergence de vue autour de ses convictions profondes mais seulement susciter le débat entre acteurs du Mouvement démocrate. Alpha SIDIKI SANGARE Source : aBamako aBamako

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