Présidentielle : IBK abuse des moyens de l’Etat !

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Soit le Président IBK est de mauvaise foi et agit par conséquent en pure politicien, soit il est abreuvé par de l’information juridique frelatée. Sa sortie improvisée récente au Palais de Koulouba devant les représentants de la jeunesse pour la remise du rapport du Forum de 2016 sur l’emploi des jeunes n’aura été qu’une cacophonie assourdissante d’antiphrases servies à tour de bras aux Maliens les moins incrédules. C’est bien connu : les antiphrases ont toujours été l’exercice favori de ceux qui s’emmurent généralement dans le déni de vérité et de réalité. En effet, le Président IBK abandonné de tous y compris certains des siens, sevré de la moindre perspective de second mandat présidentiel, s’emmure de plus en plus dans les antiphrases du déni des échecs de son lamentable et calamiteux quinquennat enveloppé dans la carapace noire de la corruption généralisée, des surfacturations et des malversations de deniers publics y compris en matière d’équipements militaires. Comme s’il se moquait comme d’habitude des Maliens qu’il regarde toujours d’en haut du reste, il a encore le courage de lâcher : « Lorsque je suis parti à Ségou pour l’inauguration de certaines infrastructures, ils ont dit que je suis en campagne. C’est pourquoi en partant récemment vers l’aéroport pour l’inauguration du SIAGRI, je me suis dit qu’ils vont imaginer que je me rends encore dans une autre ville pour la campagne. Cependant, je leur réponds que je ne suis pas en campagne, je suis en train d’accomplir une fonction régalienne pour la simple raison que je suis présentement le chef de l’Etat, chef suprême des armées, président du Conseil supérieur de la magistrature, Grand maître des ordres nationaux jusqu’au 4 septembre 2018. Par contre, ceux qui m’accusent d’être en campagne, ce sont plutôt eux qui sont en campagne. Car la loi dit qu’aucun acte allant dans le sens d’une candidature ne doit être posé avant la convocation du collège électoral. Plusieurs d’entre eux ont déclaré leur candidature et son déjà en campagne. C’est regrettable de voir que nombre de candidats qui aspirent à être président de la République ne connaissent même pas les lois qui régissent une campagne électorale”. Ces propos illustrent parfaitement le divorce définitivement consommé entre IBK et les Maliens qui subissent au quotidien les excentricités et les écarts de langage d’un régime aux abois. Ces propos tenus par le Président -candidat IBK totalement déconnecté des ressentis et des réalités du pays, ne méritent pas plus que du mépris des Maliens. Vous êtes bel et bien en campagne, Monsieur le Président-candidat IBK, avec les moyens de l’Etat en prime Il y a belle lurette et c’est de notoriété publique, que le Président-candidat IBK a transformé le Palais de Koulouba- siège de la République- en QG personnel de campagne électorale où l’on traite beaucoup plus de stratégies électoralistes et d’alliances partisanes que de dossiers de la République et de l’Etat. Le Président IBK se souvient très probablement de la leçon d’éthique républicaine infligée à lui et ses députés par les populations de Kéniéba. Une leçon qu’il semble manifestement avoir bien assimilée, puisque depuis cette grandiose marche républicaine, les balais incessants d’opportunistes venant prêter allégeance à IBK a cessé. IBK spécialisé dans les antiphrases pense-t-il sérieusement qu’il est pris au sérieux par les Maliens quand il déclare ne pas être en campagne électorale ? Campagne électorale ou précampagne, toujours est-il que l’équation des débats électoraux ne se pose pas dans les mêmes termes pour le Président en exercice et les autres candidats potentiels. Contrairement aux autres candidats, les enjeux de cette période de précampagne en ce qui concerne le Président candidat IBK sont liés à la rupture d’égalité du fait que depuis un certain temps, lui-même et sa majorité abusent de manière grotesque, des moyens médiatiques, financiers, matériels et logistiques publics de l’Etat au vu et au su de tous. Les statuts de chef de l’Etat, chef suprême des armées, président du Conseil supérieur de la magistrature, Grand maître des ordres nationaux exhibés par IBK dans le cadre de ce qu’il qualifie de fonctions régaliennes, dissimulent assez mal les activités de campagne électorale qu’il mène, lui et sa clientèle politicienne, avec les moyens de l’Etat dont ne dispose aucun des candidats potentiels actuels qu’il voue aux gémonies. Quel qualificatif le Président-candidat IBK donne-t-il aux réunions politiques qu’il continue d’organiser dans les locaux du Palais de Koulouba aux frais de la République ? Oui, au mépris de la Constitution du Mali, le Président-candidat IBK est bel et bien en campagne électorale avec les moyens de l’Etat dans des conditions flagrantes de rupture d’égalité avec les autres candidats. Jamais dans l’histoire du tournant démocratique du Mali, ni sous Alpha, ni sous ATT, l’ensemble de l’appareil d’Etat allant du gouvernement aux administrations publiques en passant par les médias publics dont l’ORTM, n’a été autant instrumentalisé à des fins politiciennes d’une réélection très hypothétique du Président-candidat IBK. Le «Salon de l’action gouvernementale » (MALIGOV) : un moyen détourné de financement public de la campagne électorale du Président-candidat IBK Dans sa dernière parution, le journal « Aujourd’hui-Mali » fait état d’un évènement planifié pour les 4 et 7 juillet 2018 sournoisement dénommé « Salon de l’action gouvernementale » (MALIGOV). Le journal précise : « Afin de mettre en lumière les différentes réalisations, trois agences de communications, Modus Conseils, BPMG et “Voodoo Creative” s’apprêtent à organiser à Bamako du 4 au 7 juillet dans un grand hôtel de la place le Salon de l’action gouvernementale dénommé Maligov ». Il poursuit : « Espace d’échanges et de débats, ce Salon visera essentiellement à mettre en lumière l’action publique et les besoins des populations dans le but d’améliorer l’image des organismes publics et privés. Maligov, selon les organisateurs, sera une rare occasion pour partager et diffuser des informations relatives aux réalisations en direction des collectivités locales décentralisées. Il s’agira aussi de remonter les informations de la base vers les gouvernants sur les besoins réels des populations… ». Le clou de ce cirque est que le Salon, selon le journal, sera « aussi et surtout l’occasion de mettre en vitrine le travail gouvernemental et donner plus de visibilité à l’action du chef de l’Etat en direction de la diversité culturelle nationale ». En pleine période officielle de campagne électorale s’il vous plait ! Même les Républiques les plus bananières et autres Etats voyous de la planète n’admettraient pas une telle activité de sabotage de la campagne électorale de l’élection présidentielle du 29 juillet 2018. De quels droits les trois agences de communications Modus Conseils, BPMG et “Voodoo Creative”, se permettent-elles de venir organiser au Mali en pleine campagne électorale, un « Salon de l’action gouvernementale » pour vanter les actions du Président-Candidat IBK ? Quelles sont les personnes ou institutions publiques qui se cachent derrière cette scandaleuse initiative ? Quelle éthique républicaine peut admettre qu’en période officielle de campagne électorale, tout l’appareil d’Etat à travers les départements ministériels, les collectivités territoriales, les entreprises publiques et parapubliques, les projets et programmes gouvernementaux, soit ainsi instrumentalisés au service d’un spectacle de propagande au profit des seuls intérêts personnels du Président-candidat ? Même quand la horde d’opportunistes du camp présidentiel continue de le croire, les Maliens ne sont pas dupes pour ne pas comprendre parfaitement qu’en réalité, ce Salon n’est rien d’autre que le salon des propagandes de la campagne électorale du Président-candidat IBK. Un salon illégalement sponsorisé qui aurait plutôt dû se dénommer « Salon de la campagne électorale du Président-candidat », en abrégé MALI-IBKOV. Si ce n’est effectivement pour des fins de campagne électorale sur sponsorisation publique illégal, quelle est la justification d’un Salon de ce genre du 4 au 7 juillet 2018 qui déborde allègrement sur la période de campagne électorale officielle. Voilà un Président de la République sans bilan qui encore une fois, instrumentalise l’appareil d’Etat en le mettant au service de ses intérêts partisans dans le but de s’inventer de toute pièce des résultats inexistants aux fins d’une très hypothétique voire impossible réélection. Si la CENI assumait un tant soit peu ses responsabilités, elle devrait purement et simplement interdire cette manifestation illégale qui incarne de manière brutale la rupture d’égalité entre le Président-candidat et les autres candidats présidentiels. Quand IBK méconnait la Constitution et la loi électorale : nulle part dans le droit malien, il n’est dit qu’aucun acte allant dans le sens d’une candidature ne doit être posé avant la convocation du collège électoral Pour un néophyte du droit comme IBK, c’est toujours un exercice périlleux que de prétendre interpréter la loi. Dans cette prétention démesurée, il a trébuché sur la loi électorale et s’est noyé dans un océan d’approximations. Pour le paraphraser à l’envers, nous dirons qu’il est regrettable et surtout inquiétant de voir que le Président de la République ne connait même pas les lois qui régissent une campagne électorale au Mali. Le Président IBK méconnaissant la loi électorale, fait l’amalgame entre la campagne électorale et la précampagne électorale. Or, la campagne électorale au sens large ou précampagne, ne se confond pas avec la campagne officielle. Seule la campagne électorale et non la précampagne, fait l’objet de règlementation par la loi N°2016-048 du 17 octobre 2016 modifiée par la loi N° 2018-014 du 23 avril 2018 portant loi électorale en son article 70. Si vous ne le savez pas Monsieur le Président IBK, souffrez qu’on vous apprenne une fois pour toute que nulle part dans la constitution ou la loi électorale, il n’est dit qu’aucun acte allant dans le sens d’une candidature ne doit être posé avant la convocation du collège électoral. Le Président de la République n’a pas le droit de tordre ainsi le cou aux textes de la Républiques en leur prêtant ce qu’elles ne disent pas. D’ailleurs, cela n’aurait aucun sens si l’on empêchait toute activité allant dans le sens d’une candidature avant la convocation du collège électoral. Comme dans tous les pays démocratiques du monde, jusqu’à la date officielle de campagne électorale, il y a ce qu’on appelle une période généralement non règlementée qualifiée de période de précampagne électorale. Cette période à laquelle le Président-candidat fait allusion, constitue celle qui, à juste titre et sans aucune atteinte à la loi électorale, est mise à profit par les candidats qui peuvent ainsi, de longs mois avant l’élection proprement dite, organiser des réunions publiques, des entretiens divers et intervenir dans les médias. La précampagne électorale qui s’inscrit naturellement dans les activités politiques normales des candidats potentiels et partis politiques, permet à la fois de se faire connaître du grand public et de se frotter aux autres candidats dans le but de construire sa crédibilité et se préparer pour la période officielle de campagne électorale. On a même vu dans certains pays, des partis politiques élaborer des guides de précampagne électorale, comme pour signifier, au grand dam du Président IBK, que cela n’a absolument rien d’illégal. Jusqu’à l’ouverture officielle de la campagne électorale dont la date est illégalement fixée au 7 juillet au lieu du 8 juillet par le gouvernement du Président IBK qui prétend pourtant professer des leçons de légalité, nous nous trouvons en précampagne et non en campagne électorale comme le pense à tort le Président-candidat. IBK peut-il prendre l’engagement de respecter la loi électorale en interdisant tout Tee-shirts lors de son investiture prochaine ? Si IBK est si soucieux au moins pour une fois, du respect de la loi, nous prenons ici l’opinion publique à témoin pour juger de sa bonne foi. Les prochaines manifestations politiques publiques au nom du candidat IBK seront-elles respectueuses de l’alinéa 1er de l’article 72 de la loi n° 2016-048 du 17 octobre 2016 portant loi électorale modifiée par la loi n°2018-014 du 23 avril 2018 ? Il faut savoir que cet alinéa interdit tout tee-shirt et autres cadeaux à partir de la convocation du collège électoral. L’alinéa 1er de l’article 72 de la loi électorale ainsi libellé : « Les pratiques publicitaires à caractère politique et commercial (offre de tissu, de tee-shirts, d’ustensiles de cuisine, de stylos, de porte-clefs, de calendrier), ainsi que leur port et leur usage, les dons et libéralités en argent ou en nature à des fins de propagande pour influencer ou tenter d’influencer le vote durant la campagne électorale sont interdits dès la convocation du collège électoral ». Comme on peut le lire, les interdictions en question sont effectives à compter de la convocation du collège électoral intervenue le 27 avril 2018 avec le Décret illégal N°2018-0398. Depuis cette date, nul n’a plus le droit de porter un tee-shirt à l’effigie d’un parti politique ou d’un candidat quelconque. La question se pose avec d’autant plus de gravité qu’il s’agit d’une obligation dont la violation est sanctionnée d’un (1) an à cinq (5) ans d’emprisonnement et d’une amende de 100.000 à 1.000.000 francs. C’est ce qui résulte de l’article 128 de la loi électorale qui dispose ainsi qu’il suit : « Quiconque par des pratiques publicitaires à caractère politique et commercial (offre de tissus, de tee-shirts, ustensiles de cuisine, de stylos, de porte-clefs, de calendrier) ainsi que leur port et leur usage, dons ou libéralités en argent ou en nature…..aura influencé ou tenté d’influencer le vote d’un ou plusieurs électeurs….sera puni d’un an à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 100.000 à 1.000.000 francs…. ». IBK qui donne des leçons erronées de légalité va -t- il faire respecter cette disposition de la loi électorale ? Wait and see ! Dr Brahima FOMBA Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako(USJPB) Source : aBamako aBamako

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