Issouf Koné, auteur du livre ” au nom du thé du sucre et du grin ” : “A travers ce livre, je voulais lancer un appel aux dirigeants du pays de penser à cette jeunesse afin qu’elle puisse, un jour, être utile à la nation”

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Le landernau littéraire malien connait, ces deux dernières années, l’émergence de plusieurs jeunes écrivains qui ont décidé de prendre leur plume pour peindre la société malienne et conscientiser sa jeunesse. Le dernier ouvrage en date de cette nouvelle génération d’ecrivains est la pièce de théâtre intaillée ” Au nom de thé, du sucre et du grin ” du jeune Issouf Koné éditée chez Innov Editions. Un jeune très actif et polyvalent car en plus d’être écrivain, il est rappeur, journaliste et bloggeur. Saisie par le nom de l’ouvrage, la Rédaction d’Aujourd’hui-Mali s’est entretenue avec son auteur. Aujourd’hui-Mali : Parlez-nous de votre ouvrage dont le nom retentit dans le monde littéraire malien ces derniers temps ! Issouf Koné : ” Au nom du thé, du sucre et du grin ” est une pièce de théâtre qui peint et critique la société malienne en générale mais qui s’intéresse plus particulièrement à la jeunesse de notre pays qui aujourd’hui manque de repères. Une jeunesse censée prendre la relève qui passe le clair de son temps au grin. Une jeunesse démissionnée. Cependant, certains jeunes sont au grin parce qu’ils n’ont pas d’opportunités de travail. Ces jeunes conscients sont souvent au grin contre leur gré, contrairement à d’autres qui s’y refugient en fuyant leur responsabilité. C’est cette réalité-là que j’évoque en général dans le livre. J’essaie aussi de dire à la jeunesse que le grin est une sorte de piège. Car étant fréquemment au grin, nous perdons l’essentiel de notre temps à ne rien faire de constructif pour notre avenir. Il est vrai que le grin n’est pas qu’un lieu de prise de thé et de bavardages inutiles. Il peut aussi être un lieu d’échanges et d’information lorsque des sujets importants y sont abordés. Le premier aspect du livre évoque le temps que la jeunesse passe inutilement au grin au lieu d’aller se consacrer à des choses plus importantes pour son avenir. Et dans un deuxième temps, je décris le grin car il est aujourd’hui un lieu de rassemblement où tous les sujets de notre société sont débattus tels que le chômage, le terrorisme, la politique, la religion. Et là, le grin devient un endroit idéal d’échanges et de débats car nous pouvons y rencontrer des personnes cultivées dont les conseils peuvent nous être utiles. Dans le troisième acte du livre j’aborde le thème de la politique qui reste un thème de débats, surtout à l’approche des élections. Dans cette partie, je dénonce cette jeunesse inconsciente et corrompue qui vend son vote aux politiques. J’essaie à travers cette partie de dessiller les yeux des jeunes sur leur choix lors de l’élection d’un président. J’invite la jeunesse à faire des choix positifs pour le bonheur du peuple malien ainsi que pour l’avenir du pays qui ne se dissocie pas de sa jeunesse. Quelles sont les raisons qui ont motivé l’écriture de ce livre ? Je pense que la jeunesse du pays doit se dire que le Mali lui appartient et que c’est à elle de faire du Mali le pays de rêve. Mais ce qui m’a le plus motivé à écrire ce livre, c’est le fait que la jeunesse soit livrée à elle-même, abandonnée par les dirigeants du pays qui ne se soucient plus de son avenir. Je pense que c’est un devoir pour les dirigeants du pays de penser à l’avenir de la jeunesse qui va de pair avec celui du pays. Regardez-vous-même le nombre d’étudiants qui terminent chaque année avec les études pour ensuite dire bonjour au chômage. De mon point de vue, c’est un droit pour ces jeunes formés par l’Etat d’avoir du boulot et un devoir pour les dirigeants de leur en donner. Je veux également, à travers ce livre, lancer un appel aux dirigeants du pays de penser à cette jeunesse afin qu’elle puisse, un jour, être utile à la nation toute entière. Le non de votre livre a surpris plus d’un, alors dites-nous pourquoi le choix de ce nom ? Vous savez, je suis un grand fan de la littérature et j’aime beaucoup les jeux de mots. Je crois qu’un ouvrage, c’est d’abord son titre. Aujourd’hui, on a l’impression que les jeunes Maliens ne jurent que par le thé, le sucre et le grin. J’ai fait un peu référence à la trinité chez les chrétiens “Au nom du père, du fils et du saint esprit”. Je crois que ce sont le thé, le sucre et le grin qui définissent aujourd’hui la jeunesse malienne. Nous voyons aujourd’hui les jeunes dans tous les coins de rues autour du thé et ce à tout moment car elle ne travaille pas. C’est une réalité malheureusement dominante dans notre société aujourd’hui. J’ai voulu trouver un titre accrocheur et apparemment cela a plutôt marché. Pourquoi le choix théâtral parmi les autres genres littéraires ? Pour ce qui est le choix du théâtre, je pense que c’est parce que je trouve que le théâtre est plus vivant par rapport au roman et la poésie. Dans le théâtre, les personnages sont là, les répliques aussi. Donc on a vraiment la vivacité et c’est surtout ce côté-là que j’aime bien. C’est le genre littéraire que j’ai le plus adapté à ce livre. Avec le théâtre on sent plus la scène que lorsque c’est en roman ou en poésie. J’aime bien les autres genres littéraires, mais j’ai trouvé que le message que ce livre apporte aura plus d’impact s’il est transmis par le théâtre. La pièce a-t-elle été déjà été mise en scène ? Pas encore ! Elle n’est pas encore sur scène, mais je suis déjà en collaboration avec des férus du domaine. Nous comptons commencer la mise en scène très prochainement. Quel message avez-vous à l’endroit de la jeunesse malienne ? J’invite la jeunesse au travail, à faire des sacrifices non seulement pour son bien-être, mais aussi pour l’honneur du pays. Notre quotidien ne doit pas se résumer au grin. Il faut qu’on prouve aux ainés que nous avons milles raisons d’avoir leur attention, que nous aussi nous voulons apporter quelque chose à notre pays. Si la jeunesse est l’avenir du pays, nous devons donc donner une meilleure image de cet avenir. Réalisé par Youssouf Koné Source : aBamako aBamako

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