Le président du Mali en ballottage

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Le chef de l’Etat de ce pays en première ligne face aux djihadistes dans le Sahel, Ibrahim Boubacar Keïta, est bien placé pour remporter le second tour du 12 août.

Il faudra un second tour à la  présidentielle malienne , le 12 août, pour savoir qui aura en charge la sécurité de ce pays clef pour la stabilité du Sahel. Le président en exercice, Ibrahim Boubacar Keïta, n’a pas pu l’emporter dès le premier tour du 29 juillet, selon les résultats officiels publiés vendredi. IBK, ainsi que l’appellent tous les Maliens, devra affronter  Soumaïla Cissé, qui l’avait déjà poussé à un second tour en 2013, où il l’avait finalement emporté avec 77 % des voix. Le chef de l’Etat sortant, qui a suivi une formation de lettres en France et qu’un diplomate qualifie de « seul chef d’Etat au monde utilisant l’imparfait du subjonctif dans ses discours », a obtenu 44 % des voix.

Bilan mitigé

Cette mise en ballottage est logique au vu du bilan sécuritaire et économique mitigé d’IBK, en raison de son indécision manifeste. On peine à citer une réforme d’envergure, hormis celle, avortée, de la Constitution. Le niveau de vie, un des plus bas de la planète, n’a pas vraiment progressé, même si Mamadou Samaké, sociologue et enseignant à l’université de Bamako, pointe les réalisations dans le domaine social et la construction de routes. L’accord de paix de 2015 entre Bamako et la rébellion touareg dans le nord de ce pays désertique de 8 millions d’habitants n’est jamais entré complètement en vigueur.

La sécurité est assurée, tant bien que mal, par l’armée malienne avec l’aide de Paris, qui avait  empêché in extremis l es djihadistes de s’emparer de Bamako début 2013. La France maintient toujours sur zone 4.500 soldats via l’opération Barkhane, au côté du dispositif G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad). Un appui français qui est une variante régionale de la théorie des dominos chère au Henry Kissinger des années 1970. Comme quoi laisser les djihadistes prendre le contrôle de régions entières leur donne les moyens de se renforcer et d’implanter des califats islamistes. Les milliers de djihadistes sévissant encore dans le nord du Mali ont d’ailleurs réussi à perturber le scrutin dans des centaines de bureaux de vote il y a huit jours, sans toutefois faire de victimes.

Un second tour sans grand suspense

Cette insécurité représente, sans surprise, le dossier prioritaire pour les Maliens. Soumaïla Cissé peut se targuer, lui, d’avoir plutôt une expertise sur le plan économique en tant qu’ancien ministre des Finances et ex-président de la Commission de l’union monétaire d’Afrique occidentale. Il aura de toute façon beaucoup de mal à rattraper son retard sur IBK dans une semaine, au vu de son score décevant de 17 %. Il dispose de peu de réserve de voix car aucun des 20 autres candidats ne dépasse 8 %. Les deux tiers d’entre eux pourraient toutefois le supporter puisqu’ils dénoncent, comme Soumaïla Cissé, des fraudes. Un ralliement qui sera vraisemblablement insuffisant.

Yves Bourdillon
@yvesbourdillon / par lesechos.fr

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Source : Maliweb

Maliweb

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