L’officialisation du tamazight : un danger pour l’identité algérienne

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Solon auquel on avait demandé : “Quel est la meilleure Constitution?”.Solon avait répondu : “Dites-moi d’abord pour quel peuple et à quelle époque ?”.

Deux ans après l’officialisation du dialecte Tamazight par le régime politique algérien, le paysage linguistique est bouleversé. La Constitution telle qu’enrichie par les amendements adoptés par le Parlement, le 7 février 2016, marque un tournant dans l’histoire du pays. Le débat continue de  s’articuler autour de plusieurs grandes  questions identitaires.

Quelles sont les retombées de l’officialisation du Tamazight ? Quelle est la réalité linguistique de l’Algérie ? Comment construire une Algérie nouvelle tournée vers la modernité ?  Comment consolider l’unité du peuple algérien autour de son identité arabe ? Comment réhabiliter l’identité nationale ?

Chaque pays  œuvre à inscrire sa langue dans le mouvement de l’Histoire. La notion de modernité se conjugue de façon différente selon les Etats. La constitutionnalisation du Tamazight, promue langue officielle va  à contre-courant de l’histoire. Une revendication linguistique source de tension. L’Arabe et le Tamazight ne peuvent être placés au même niveau, car l’Arabe est une langue et le Tamazight est un dialecte. De plus, la langue Arabe est dotée d’un prestige inégalé au sein du Maghreb. Selon les observateurs de la vie politique, un des objectifs  de l‘officialisation du Tamazight  est  de sauver certaines de ses  variantes en voie de disparition, cependant  les  tendances actuelles dans l’enseignement et l’apprentissage des langues indiquent que, le  multiculturalisme qui caractérise la société algérienne se reflète dans la diversité linguistique.

De mon point de vue, la diversité linguistique  constitue une menace d’éclatement de la société. Des désaccords sont profonds et le traitement de la question nécessite l’approbation du peuple. La consécration du tamazight en tant que langue officielle, a donné naissance à  un clivage identitaire basé sur l’instrumentalisation  de notions telles que la langue, le peuple, la nation.

Plusieurs  partis politiques algériens crées entre 2012 et 2013 dits d’opposition  se sont réjouis de l’officialisation du Tamazight. Ces formations politiques ont plaidé pour la reconnaissance du dialecte à des fins bassement politiciennes. L’officialisation du tamazight ne scelle pas  son appropriation par tout le peuple algérien : la proclamation d’un statut officiel dans la Constitution n’est pas une constante nationale et une éventuelle révision constitutionnelle peut empêcher sa non-reconnaissance  .Dans le cadre d’un régime non démocratique, le vivre ensemble est une construction imaginaire et l’absence d’un référendum contribue à l’instabilité politique.

Le régime politique algérien s’inscrit dans les pas du savant  algérien Abdelhamid Ben Badis qui a  affirmé que ‘‘Le peuple algérien est amazigh, arabisé par l’Islam’”.Une déclaration hautement discutable qui souligne le déni d’identité .Pis,  certains mouvements contestataires appellent à la reconnaissance officielle de l’origine du peuple algérien. La phrase prononcée par Ben Badis n’engage que lui-même ainsi que ceux qui le soutient, car chaque citoyen à titre individuel est libre de revendiquer ses origines.

 

A l’image de l’organisation politique  subversive ‘’MNLA ‘’, les  berbéristes osent revendiquer la  propriété de l’Algérie voire de l’Afrique du nord, alors que le premier édifice politique bâti par l’Etat numide n’a englobé  qu’une partie du Maghreb, tout en notant que  le ‘’berbère ‘’ n’était ni la langue officielle d’un Etat berbère ni une  langue de civilisation, et n’a pas franchi  l’étape  dans sa transformation en langue  écrite. De plus, les Etats résultaient d’alliances mouvantes créées au gré des luttes et des conquêtes,  ce que feignent d’ignorer les berbéristes.

N’en déplaise aux berbéristes, le printemps Arabe qu’a connu la Tunisie a permis de reléguer le ‘’printemps berbère’’ de 1980, au rang d’une simple agitation circonscrite à une région de l’Algérie. Sur le plan démocratique, la Tunisie a devancé l’Algérie.

Face aux principaux défis  auxquels fait face la nation algérienne : le devenir de la langue française et  la définition du peuple autochtone. L’officialisation du dialecte servira les intérêts des francophones algériens qui peuvent appeler à la reconnaissance de la langue de Molière  comme langue nationale voire langue officielle. La constitution algérienne ouvre la brèche pour les locuteurs de français et les défenseurs du Tamazight, empêchant ainsi de matérialiser les valeurs  historiques  et identitaires du peuple.

Force est de constater que l’absence d’un Etat de droit en Algérie fragilise la cohésion nationale et alimente les idées des mouvements berbéristes et  les activités d’Organisations Non-Gouvernementale (ONG) au sein de l’Instance permanente de l’ONU sur les questions autochtones (UNPFII). Néanmoins, la déclaration  sur les droits des peuples autochtones adoptée en 2007 par l’ONU, soulève un certain nombre de problèmes concernant la reconnaissance et la protection juridiques  des peuples autochtones, en ce qui concerne leurs terres, territoires et ressources.

Ainsi, le régime politique algérien a prouvé son échec dans le traitement des problèmes du pays. Seule la légitimité des institutions politiques permettra  de réaliser  des réformes concrètes au service des citoyens. L’occasion d’opérer une transition démocratique permettra d’entretenir de bonnes relations entre  les Algériens de toutes origines.

Benteboula Mohamed-Salah Géographe

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Source : Maliweb

Maliweb

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