Ibrahim Boubacar Keïta officiellement à la tête du Mali pour les cinq prochaines années

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Bamako, 20 août 2018 (AFP) - Le président malien sortant Ibrahim Boubacar
Keïta a été officiellement déclaré vainqueur de l'élection présidentielle et
entamera début septembre un deuxième mandat de cinq ans, dans un pays toujours
confronté à la menace jihadiste malgré cinq années d'intervention militaires
internationales.
"Je proclame élu" Ibrahim Boubacar Keïta, a déclaré dans la matinée la
présidente de la cour constitutionnelle, Manassa Danioko, dont les décisions
sont sans appel.
Au cours d'une audience retransmise à la télévision publique ORTM, elle
avait auparavant rejeté toutes les requêtes introduites par le candidat de
l'opposition, Soumaïla Cissé, les jugeant irrecevables ou infondées par manque
de preuves.
M. Keïta, 73 ans, a obtenu 67,16% des suffrages au second tour le 12 août,
pour 32,84% à Soumaïla Cissé, un ancien ministre des Finances de 68 ans, a
annoncé la magistrate en ne retranchant qu'un centième au score du président
sortant annoncé par le ministère de l'Administration territoriale jeudi
dernier.
Avec ses 41,70% des suffrages récoltés au premier tour, il disposait d'une
confortable avance sur Soumaïla Cissé (17,78%) lors d'un second tour qui n'a
pas passionné la population, le taux de participation n'ayant été que de
34,42% au second tour, selon la cour constitutionnelle.
- 'Fraude honteuse' -

M. Cissé, qui à la présidentielle de 2013 avait très rapidement reconnu sa
défaite face à "IBK", avait cette fois rejeté "catégoriquement" les résultats
provisoires, les qualifiant de "mascarade", "fruit pourri d'une fraude
honteuse". Selon ses propres calculs, il a "remporté cette élection avec
51,75% des suffrages".
"Nous rejetons ces résultats", a déclaré à l'AFP son bras droit, Tiébilé
Dramé, dans une première réaction après l'arrêt de la cour. "La cour
constitutionnelle a rendu un arrêt confirmant la fraude et la manipulation des
résultats", a déclaré M. Dramé, joint par téléphone.
"Elle avait l'occasion de rendre un arrêt se fondant sur la vérité des
urnes. Elle a préféré rendre service au régime", elle s'est "inféodée au
pouvoir en validant le bourrage d'urnes et le trucage des résultats, sources
d'instabilité", a-t-il ajouté, en précisant que M. Cissé s'exprimerait après
la grande fête de la "tabaski", comme on appelle en Afrique de l'Ouest l'Aïd
el-Kebir, qui se déroulera mardi au Mali.
Le chef de file de l'opposition a appelé ses partisans à "résister" au
cours d'une manifestation ayant rassemblé samedi à Bamako un bon millier de
personnes.
M. Keïta, qui s'est quant à lui jusqu'ici contenté de "remercier du fond du
coeur" les Maliens sur sa page Facebook, devrait s'exprimer plus tard dans la
journée.
Pour son second mandat, qui débutera le 4 septembre, il aura en priorité la
lourde tâche de relancer l'accord de paix conclu en 2015 avec l'ex-rébellion à
dominante touareg.
L'accord avait été signé après l'intervention de l'armée française qui, en
2013, avait repris le contrôle du nord du Mali, où les jihadistes avaient
instauré la charia pendant un an.
Sa mise en oeuvre accumule les contretemps et n'a pas empêché les violences
de se propager du nord vers le centre du pays et vers le Burkina Faso et le
Niger voisins.
Le scrutin à deux tours, qui s'est déroulé le 29 juillet et le 12 août, n'a
pas passionné une population lassée par la persistance des attaques
jihadistes, auxquelles se mêlent souvent des violences intercommunautaires.
Près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté bien que
le Mali soit redevenu le premier producteur africain de coton et que son
économie enregistre une croissance supérieure à 5% depuis plusieurs années.

- Recherche d'un mouton -

Depuis plusieurs jours, la plupart des Maliens ont en outre l'esprit occupé
par la recherche d'un mouton et la préparation de la "tabaski".
Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes
jihadistes liés à Al-Qaïda, en grande partie chassés ou dispersés par une
intervention militaire lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France, qui
se poursuit actuellement. Malgré l'accord de paix, les violences ont progressé.
Dès l'annonce des résultats provisoires jeudi dernier, le président
français, Emmanuel Macron, avait félicité par téléphone le vainqueur,
provoquant la colère de l'opposition.
M. Macron avait "réitéré l'engagement de la France à se tenir aux côtés des
autorités et du peuple malien pour surmonter le défi de la lutte contre le
terrorisme et favoriser l'investissement et le développement économique",
selon l'Elysée.
siu/mrb/jpc

Source : aBamako

aBamako

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