Soumeylou Boubèye Maïga, la résurrection d’un Tigre

1

Viré du ministère de la Défense puis nommé au Secrétariat Général de la Présidence avant d’être nommé Premier ministre fin décembre 2017, au fil des ans, Soumeylou Boubèye Maïga s’est forgé une personnalité, forçant le respect du président IBK et de ses proches.

«Stratège», le qualificatif lui va comme un gant. De tous les hommes politiques maliens, il est le moins loquace, mais le plus redoutable. Sa force, il la puise dans sa discrétion et son carnet d’adresses bien fourni à l’international. Leader du mouvement démocratique, compagnon de longue date du président Ibrahim Boubacar Keïta, l’ancien patron de la Sécurité d’État (un des rares civils à occuper ce poste) est à l’apogée de sa carrière politique. Cinquième Premier ministre d’IBK, nommé à sept mois de la fin d’un premier quinquennat mouvementé et à bout de souffle ou presque, l’ancien journaliste a eu le mérite de redresser la barre.

En fin décembre 2017, lorsqu’il arrivait à la tête du gouvernement, tout était improbable. Avec une situation sécuritaire délétère au Centre et au Nord du pays, un financement incertain du processus électoral et une opposition exigeante et très mesquine, peu d’observateurs avaient parié sur la possibilité de tenir l’élection présidentielle dans le délai constitutionnel.

Mais SBM y a cru et a pu relever le défi avec brio, sans trompette, ni tambour.

Tel un bouclier, il a réussi à contenir les agitations répétées de l’opposition en mettant en échec toutes ses stratégies.

Autre exploit: parmi ses prédécesseurs, il est le seul à pouvoir fouler le sol de l’Adrar des Ifoghas (Kidal) depuis l’élection d’IBK en 2013 sans coup de feu, ni effusion de sang . Grâce à ses bons rapports avec Paris et Alger, deux acteurs clés de la médiation internationale dans la crise malienne, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Soumeylou Boubèye Maïga a pu calmer les ardeurs des anciens rebelles et des groupes d’autodéfense.

Pourtant, des moments de bas, le bourreau de l’ex junte de Kati en a connu. Ministre de la Défense en 2014, il avait été remercié par le président IBK à l’issue de la visite de l’ex Premier ministre Moussa Mara à Kidal. Et cela, pour avoir refusé de suivre la délégation , pour affirme-t-on, des raisons de «santé». Humilié, le Tigre encaisse le coup et demeure malgré tout loyal au président de la République. Mais le tribunal de l’histoire finit par rendre son verdict en sa faveur. Il sera blanchi par la commission d’enquête parlementaire qui instruit l’ouverture d’une enquête judiciaire contre le chef du gouvernement d’alors, Moussa Mara.

Le cran d’homme d’État

A la différence de beaucoup d’hommes politiques maliens, SBM a le cran d’homme d’État. «Il parle peu, mais agit beaucoup. C’est un homme discret et pragmatique », commente un conseiller à la Présidence.

Alors mis à la touche depuis plus d’un an, après une prestation au compte de l’Union Africaine dans la crise Centrafricaine, SBM a un plan pour signer son retour dans la haute sphère de l’État. Jurant sa loyauté au président IBK, en juillet 2016, il organise une conférence de presse et détaille carte à l’appui, la situation sécuritaire du pays. Coup de poker! Sa sortie médiatique fait écho au ministère de la Défense et à la Sécurité d’État. Franc succès: à peine un mois plus tard, en août 2016, il est nommé Secrétaire général de la Présidence de la République et devient le maître à penser de l’exécutif.

De ce poste éminemment stratégique, il balise le terrain avant de prendre fonction à la tête du gouvernement. Mieux, il est désormais le cœur du régime, l’indispensable de l’ère IBK.

Lassina NIANGALY

Source : aBamako

aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here